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Angers. Le patron de Nameshield cède son entreprise florissante à ses salariés... |
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Angers, le 18 avril 2019. Jean-Paul Béchu, 64 ans, a fondé Nameshield en 1994. © Archives CO – Sébastien GAUDARD
Courtisé par des fonds d’investissement, Jean-Paul Béchu a préféré vendre à l’ensemble de ses cent salariés l’entreprise à succès qu’il dirigeait depuis 27 ans. Un choix humaniste.
Peu connue du grand public, Nameshield est pourtant l’une des fiertés du monde numérique angevin. L’entreprise gère les noms de domaine et la protection internet de grandes marques internationales, depuis sa création en 1994 par Jean-Paul Béchu. L’entrepreneur visionnaire a débuté avec 8 000 €, c’est-à-dire pas grand-chose, alors qu’internet n’en était qu’à ses prémices. Vingt-sept ans plus tard, la société compte parmi ses clients des groupes du CAC 40 comme L’Oréal, BNP Paribas, Schneider Electric, mais aussi Blablacar ou Leboncoin, et emploie une centaine de salariés dans un immeuble cossu du centre-ville d’Angers.
Une telle success-story n’a pas laissé indifférents fonds d’investissement et concurrents étrangers, qui y sont allés de leurs offres pour tenter de mettre la main sur cette pépite numérique française au cours des dernières années. C’était compter sans l’engagement humaniste de Jean-Paul Béchu. Au moment d’acter son départ, le dirigeant de 64 ans a préféré vendre la totalité de ses parts à ses salariés. Une évidence.
« Le capital humain est la richesse la plus précieuse d’une entreprise »
Plusieurs raisons ont concouru à ce choix. D’abord, nous avons un métier stratégique, il faut protéger les informations qui passent chaque jour sur nos serveurs
, explique l’homme d’affaires. Ensuite, ajoute-t-il, je voulais partager ce succès avec mes collaborateurs, dont certains travaillent avec moi depuis plus de vingt ans. La trajectoire de Nameshield n’aurait pas été la même sans eux
. Pour lui, le capital humain est la richesse la plus précieuse d’une entreprise
. Or, les fonds d’investissement sont obligés d’avoir des rendements importants, et n’ont que peu d’intérêt pour ce capital humain
.
En décembre 2019, Jean-Paul Béchu a donc chargé un petit groupe de cinq collaborateurs de déterminer les contours du projet de reprise. Chaque employé a été interrogé pendant une heure sur ses aspirations, et a été amené à voter. Les partenaires financiers de Nameshield ont suivi avec enthousiasme, sans suspense
. Depuis le 27 décembre 2020, 100 % des salariés sont donc actionnaires de l’entreprise.
L’intelligence collective au service du bien commun
Avec ce fonctionnement participatif, le patron a voulu casser le schéma classique de l’entreprise, qu’il juge complètement dépassé
. Aujourd’hui, estime-t-il, les jeunes aspirent à autre chose. L’intelligence collective doit permettre davantage de lucidité et d’engagement pour le bien commun. C’est ça, l’entreprise de demain
.
Le bien commun, justement, le sexagénaire compte désormais s’y consacrer pleinement à travers le développement de son fonds de dotation, Esperancia. La structure détient 10 % des actions de Nameshield, qui lui reverse moins de 1 % de son chiffre d’affaires pour financer des actions dans les domaines de la réinsertion et de l’enfance. On veut embarquer d’autres entreprises à nos côtés. Les associations sont en train de perdre leurs financements publics, c’est à l’entreprise de prendre le relais
, plaide-t-il. Jamais à court de projets, Jean-Paul Béchu s’apprête également à lancer un fonds d’investissement en capital retournement, tourné vers les entreprises en grave difficulté.