|
Angers. Kengo Kuma, architecte de la galerie de la cathédrale : « Un respect pour la pierre »... |
4
Selon le jury réuni le 13 octobre dernier autour du préfet, du maire et de l’évêque d’Angers, la galerie dessinée par Kengo Kuma, destinée à protéger les décors sculptés polychromes du XIIIe siècle à l’entrée de l’édifice, « s’intègre harmonieusement à un bâtiment patrimonial majeur ». Ce porche de 21 mètres de longueur sera livré en 2024. © Kengo Kuma & Associates
Trois mois après avoir remporté le concours de la galerie du portail de la cathédrale Saint-Maurice, Kengo Kuma, architecte japonais de renommée mondiale, revient pour la première fois sur ce qui l’a inspiré dans ce projet. Entretien exclusif.
Vous vous étiez déplacé à Angers il y a une petite dizaine d’années à l’occasion du concours de l’ancien projet du centre de congrès. Quel souvenir gardez-vous de cette visite ?
Kengo Kuma : « L’approche de la cathédrale Saint-Maurice m’avait laissé une image saisissante. J’avais été impressionné par son portail. Découvrir en photos son aspect polychrome lui donne davantage une sensation de sérénité. »

Kengo Kuma. JUNYA OKADA
Vous aimez choisir les matériaux avant de concevoir et de dessiner. Est-ce que cela a été déterminant dans ce projet ?
« Oui. La pierre était LE matériau. À Angers, sa présence joue en parfaite harmonie avec l’ensemble du paysage urbain. »
Après les périodes de l’art roman et de l’art gothique, vous dites que cette galerie sera une « troisième couche dans le temps » apportée à cet édifice religieux. Comment réussir ce mariage des styles ?
« C’est la passion du travail des artisans tailleurs de pierre qui est transversale à ces trois couches de temps : le roman, le gothique et le présent. Nous visons à exprimer un respect pour la pierre de notre temps. »

La construction sera réalisée en pierre calcaire pour rappeler l’usage du tuffeau. Kengo Kuma & Associates
Les lignes de la galerie sont sobres. Est-ce que le procédé de construction est plus complexe ?
« L’expression de la construction sera celle de la pierre, telle un fin monolithe. Afin d’y parvenir, un procédé technique innovant est actuellement à l’étude. »
Vous aimez les bâtiments qui respirent, où l’air circule. Est-ce que cela sera le cas sous cette galerie ?
« La conservation des polychromies nécessite une protection physique mais aussi une ventilation naturelle. Nous avons répondu à cette demande en mettant en valeur le portail et en favorisant l’accueil des visiteurs par l’expression architecturale de portes ouvertes. »
Votre projet a suscité beaucoup de commentaires, tous très tranchés : on adore ou on déteste. Êtes-vous surpris par ces réactions ?
« Fusionner l’ancien et le moderne est inhabituel. De tels doutes étaient prévisibles. Nous n’avons donc pas été surpris par ces réactions. »

La galerie donnera sur la place Mgr-Chappoulie qui sera réaménagée par la Ville. Kengo Kuma & Associates
Vous dites que la pandémie a inspiré votre travail, en vous incitant à réfléchir autrement à la relation entre Dieu et les hommes. Est-ce que ce projet prend au final une dimension particulière à vos yeux, dans un contexte où la vie semble plus fragile que jamais ?
« En effet. Cette pandémie nous amène définitivement à reconsidérer la relation entre les dieux et les hommes. Je pense qu’il est crucial pour nous, à ce stade, de repenser profondément à l’époque du roman et du gothique, comme nous le faisons dans ce projet, et de chercher le moyen de faire face à ce changement. Le projet à Angers sera en ce sens un travail des plus significatifs. »
Téléchargez la nouvelle appli des médias du groupe Sipa Ouest-France