Accueil Info Info en continu Angers. Il a escaladé la cathédrale, elle y a passé son enfance : vos témoignages et photos

Angers. Il a escaladé la cathédrale, elle y a passé son enfance : vos témoignages et photos

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photo la cathédrale d’angers, joyau du patrimoine. © josselin clair / co 1

La cathédrale d’Angers, joyau du patrimoine. © Josselin CLAIR / CO

L’édifice domine la cité angevine et fait partie du quotidien des habitants. Vous nous avez adressé vos clichés et vos témoignages marquants liés à la cathédrale.

À l’occasion de la sortie d’un ouvrage sur la construction et les trésors de la cathédrale Saint-Maurice d’Angers, notre rédaction vous a proposé de nous faire parvenir vos photographies et évoquer vos souvenirs. En voici une sélection.

Une ascension nocturne

Il est près de 22 heures un soir de septembre dernier quand Sico (nom d’emprunt) et ses acolytes arrivent furtivement – ce qu’ils font est illégal – devant l’édifice. Âgé de 23 ans, il a déjà escaladé une trentaine de cathédrales, il n’avait pas encore coché celle d’Angers sur sa «to do list». Informés par un ami d’un indice, les trois jeunes, deux hommes et une femme, s’apprêtent à grimper relativement confiants.

Nous avons vite déchanté, raconte celui qui travaille comme couvreur pour des bâtiments historiques. Il y avait malheureusement d’une part pas mal de passage, un éclairage assez important et pour finir un manque de prises flagrant et la pierre utilisée était relativement glissante, friable. Seuls deux entreprennent la montée, cette cathédrale n’est pas offerte, commente le jeune homme.

L’ascension démarre par ciel clair pour les deux grimpeurs équipés de baudriers, attentifs tant à nos gestes qu’au moindre mouvement dans la rue. Ils atteignent la coursive en quatre minutes seulement.

Accessibles, les combles dévoilent des plans architecturaux anciens. Dehors, la vue est imprenable. Les gens regardent rarement en l’air, mais d’en haut, on découvre tous les détails de l’architecture gothique, les toits d’Angers à perte de vue, la Maine, les lumières de la ville… et le calme, se souvient Sico.

Après un rapide repérage des lieux, les deux amis dînent puis déroulent leurs sacs de couchage. Pas le temps de veiller, il faut récupérer. Car la passion de ces casse-cou réside aussi dans la photographie. Au lever du soleil, ils immortalisent le panorama. Aux extrémités de chaque côté du transept étaient apparentes deux rangées de marches nous permettant une promenade sur le faîtage, à peine une rangée de tuiles sur laquelle avancer, un pied devant l’autre.

Une fois les clichés en boîte, le duo descend en rappel, discrètement, en quelques secondes à peine. Si le jeune homme a déjà eu des déconvenues avec la police, il estime mettre en valeur le patrimoine. On veille toujours à ne pas endommager les bâtiments. On voit des choses qui ne sont pas accessibles au public, une ville sous un autre angle, sans touriste, sans aucun bruit. C’est sûr : nous sommes privilégiés.

Une enfance dans la chaleur des cierges

Cela fait 23 ans que Laurie n’habite plus à Angers. Désormais en Allemagne, elle évoque son enfance angevine avec nostalgie. À ses neuf ans, sa famille emménage dans l’ancienne gendarmerie située à côté de la cathédrale, son père étant militaire.

Ça fait drôle aujourd’hui de voir l’endroit où j’habitais déserté, raconte-t-elle. C’était un bâtiment magnifique.

À la sortie du collège, situé à seulement 50 mètres, Laurie arpentait seule le quartier. Mes deux parents finissaient le travail assez tard et ma sœur avait déjà quitté le foyer. Alors j’allais souvent dans la cathédrale. Issue d’une famille non croyante, elle a pourtant été scolarisée dans des établissements catholiques, ce qui a forcément joué dans son attrait pour la religion.

Dans les yeux d’un enfant, une cathédrale c’est forcément impressionnant. Et comme j’étais seule, je m’y sentais protégée. Il y a une ambiance, une chaleur avec les cierges qui se consument, un silence qui me rassuraient. Alors parfois elle s’asseyait sur les bancs en bois et priait, d’autres fois elle faisait le tour de la nef.

« Parfois j’allais dans la chapelle qui était souvent ouverte, je m’y sentais bien, c’était plus intime. »

La petite fille avait aussi ses moments de jeu, toujours dans le quartier. La gendarmerie était un lieu très fermé, presque un enclos. Alors sortir juste devant la cathédrale, c’était comme un sentiment de liberté, mais protégée.

Au moment du goûter, elle dévorait avec malice des viennoiseries. On achetait des pains au chocolat énormes à la boulangerie Gourmandise pour seulement 7 francs. Avec ses deux petits chiens au bout de leur laisse et une copine de son âge, elle dévalait à toute vitesse les escaliers de la montée Saint-Maurice, cheveux et rire d’enfant au vent.

Ces marches sont spectaculaires. Une fois j’allais si vite que j’ai failli me ramasser, s’amuse-t-elle aujourd’hui. J’ai eu la trouille de ma vie !

Depuis, elle retourne voir sa famille angevine de temps en temps, avec toujours cette nostalgie dans les yeux. J’ai emmené mon compagnon à la cathédrale pour lui montrer où je passais mes journées. Forcément, ça fait toujours quelque chose.

 
Camille RIVIECCIO   Courrier de l'Ouest  

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