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Olivier Pickeu : « Je suis dans ma vie, en plein dedans »

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photo olivier pickeu va retrouver demain olivier létang, qu’il voulait faire venir à angers en 2006 comme directeur financier. © philippe renault 1

Olivier Pickeu va retrouver demain Olivier Létang, qu’il voulait faire venir à Angers en 2006 comme directeur financier. © Philippe Renault

Le Stade Rennais reçoit Angers, ce samedi à 20h au Roazhon Park. Discussion à bâtons rompus avec Olivier Pickeu, manager général du Sco depuis 2006, gagneur invétéré, visionnaire au sens littéraire du terme.

Ancien attaquant de talent passé par Caen, Montpellier, Toulouse, Amiens, Lille, Le Mans ou encore le Stade de Reims, Olivier Pickeu est depuis 2006 manager général d'Angers Sco. Un club qu'il est parvenu à faire passer du National à la Ligue 1. Echange à bâtons rompus avec un homme qui s'est fait sa place dans le football français et que le Stade Rennais va accueillir ce samedi en championnat (20h).

Aimée Saussay, votre professeure de français au collège Salengro à Houplines, vous a fait faire du théâtre, convaincue que vous aviez un don pour devenir acteur. Vous avez réussi.

(rires) Cette dame m’a marqué comme peu d’autres professeurs. À cet âge-là, j’étais un peu perturbé, je n’avais pas mon père. Le théâtre me calmait, me permettait de me concentrer. Et de jouer un rôle. Madame Saussay était exceptionnelle. J’avais 14 ans, je ne pensais qu’à frapper dans le ballon, à devenir pro. Elle me canalisait. Elle venait me chercher en plein milieu de la récréation pour que j’aille répéter. Elle m’a emmené dans des champs pour que je crie « Agathe, je t’aime ! »(rires). J’en ai gardé un souvenir impérissable. J’avais joué Le Fantôme de Canterville (nouvelle d’Oscar Wilde). Elle m’avait laissé un petit mot que j’ai gardé très longtemps sur moi. Dessus, elle m’avait écrit l’homme que je pouvais devenir, malgré les envies extravagantes que j’avais à l’époque.

Quel était le contexte dans ce Nord, à Houplines ?

Le Nord. Milieu ouvrier. Je n’avais qu’une envie, c’était de partir de chez moi. Ce que j’ai fait à l’âge de 16 ans. J’aimais tout dans le Nord. Mais il fallait que je parte. J’avais envie de manger le monde. Quand je dis « manger le monde », c’était vraiment manger le monde. Je voulais faire le tour du monde, aller à la rencontre du monde, me cultiver, ne me mettre aucune limite. J’avais des rêves, plein de rêves.

Dont celui de devenir footballeur professionnel, ce que vous « revendiquez » auprès de votre maman dès l’âge de cinq ans.

Oui, c’est vrai… (rires). C’était comme ça : « Maman, je serai pro. » Elle : « Oui, mais si tu ne réussis pas… » Moi : « Pourquoi tu me dis ça, maman ? Je serai pro. » Quand je suis allé passer le test à l’INF (Vichy à l’époque, avant qu’il ne devienne l’INF Clairefontaine), il y avait mille personnes, des barbus et tout. Moi, je n’étais pas encore formé. Ma mère qui me dit de ne pas avoir peur. Et moi : « Mais maman, je ne repartirai plus d’ici ». Il était hors de question de rentrer chez moi tant que je n’aurais pas réussi. Du lundi au mercredi, il y a un gros écrémage, il reste 400 gamins. Le 30 avril, anniversaire de mon frère, j’apprends que je passe la première étape. Le 2 mai, anniversaire de ma maman, je suis pris en stage. Là, on est 35, ils en gardent 22. Ça dure un mois. Ma mère doute. Et moi, je lui dis : « Même si ça ne va pas, je ne rentre pas. Je suis parti pour réussir. » Et je ne suis jamais rentré. J’ai fait trois ans là-bas et je suis devenu pro.

« J’essaie de rester profondément moi, même si j’endosse un costume »

Vous êtes un instinctif ?

À 14 ans, on passe quelques jours en Normandie avec ma mère. On a un camping-car, on est face à la plage de Deauville. Elle me dit : « Tu veux faire un mini-golf ? » Je refuse, disant que c’est pour les touristes ces choses-là. Et je la regarde et lui dis : « Je vais me marier ici avec une Deauvillaise et je t’emmènerai dans ce palace-là ». Le Royal était juste devant nous. Quand je signe mon contrat à Caen, je rencontre Sophie. Elle travaille alors au nouveau casino du groupe Barrière, à Ouistreham. Je sais que j’ai ma future femme face à moi. Je lui demande où elle est née. Réponse : à Deauville. On s’est marié à Deauville en 1994. Au lendemain de la noce, au petit-déjeuner, j’ai demandé à tous les proches de venir prendre le petit-déjeuner, tôt. Et j’ai ouvert les volets en disant à ma mère : « Regarde, à 14 ans, on était en face, et je t’avais dit que je me marierai ici ». Voilà. (rires)

Très instinctif, donc. Du moins, a minima, avec des certitudes.

Oui… Il y a des ressentis, des trucs qui montent en toi, parfois. À 5 ans, à 14 ans. Il n’y a pas d’âge. C’est comme ma prof de français, qui était persuadée que je deviendrai acteur. Elle n’avait pas tort… Aujourd’hui, finalement, je suis perpétuellement dans un rôle d’acteur, en fait. Je suis lucide (sourire)… Quand tu es avant-centre, tu joues déjà quelque chose. Encore plus, sans doute, quand tu manages un club. Tu dois faire le caméléon entre le centre de formation, les pros, la presse, les partenaires, les salariés. Tous les jours, et même si j’essaie de rester profondément moi, j’endosse un costume. Ce métier, c’est, in fine, vendre un spectacle. Il faut animer. Je ne cours pas après l’animation, j’ai même plutôt tendance à me cacher de l’extérieur. Mais dans mon club je ne me cache pas. Si ça doit s’animer en interne, ça s’anime.

Dès 28 ans, alors que votre carrière se termine, vous êtes à Lille et vous voulez déjà devenir manager général. Mais vous aviez déjà tout théorisé ?

Bien avant cela, même. Mon petit frère, Benoît, devient champion de France universitaire d’athlé sur 800 m et 1500 m. Il se cherche. De mon côté, je rêve qu’il travaille un jour avec moi. On prend une décision, parce que quand tu n’as pas ton père, c’est avec les frères et sœurs que tu les prends. On décide de l’envoyer à Bordeaux pour ses études. Et à 28 ans, je lui dis que je veux devenir manager général. Ce poste n’existait pas vraiment en France. Lui, quand je lui demande, me dit qu’il aimerait être préparateur physique. Cette discussion a mis au jour son envie. Il a passé tous ses diplômes, les a eus avec mention alors que c’était un peu compliqué pour lui. Il a lié son projet au mien pour qu’on puisse se retrouver.

Ce qui se réalise en 2007.

En 2006, je deviens manager général du Sco. Je lui ai demandé de passer, en plus, son diplôme européen de prépa physique. Il a commencé à travailler avec Claude Puel, à Lille. Je lui ai dit que, du côté d’Angers, on allait remonter en Ligue 2 à la fin de la saison. J’en étais convaincu… Jean-Louis Garcia, notre coach, craque sur Ben alors qu’il nous avait rejoints lors d’un stage. Et on commence l’aventure en 2007, presque dix ans après notre discussion… (silence)… Il m’arrive plein de choses comme ça. Je ne sais pas si tout cela est bizarre. Aujourd’hui, je me dis juste que c’est ma vie. J’essaie d’être attentif aux rencontres que je fais, à mes sensations, mes envies. Et j’avance.

« Je crois qu’on est footballeur à vie, oui. Moi oui »

Vous aviez une maîtrise de votre vie de footballeur mais déjà une vision de la suite.

Manager, ça voulait dire construire. J’avais besoin de ça, d’être au cœur d’un projet que tu vois évoluer. Je n’avais pas les moyens d’investir pour un club, ni l’envie, d’ailleurs. Il me fallait donc la confiance d’un président pour pouvoir mener une politique, définir un organigramme, faire progresser des infrastructures. Je l’ai trouvée avec Willy (Bernard). Angers Sco était alors proche du dépôt de bilan. Quand je signe mon contrat, je dis à Willy : « Demain, on sera en Ligue 1 ici. »

Jean-Louis Garcia, il y a quelques semaines, a dit dans une interview : « Olivier a une qualité très importante pour un coach, c’est de te laisser penser que tu es le meilleur ». Manager c’est manipuler ?

(rires)… Si on la lit comme ça, on peut imaginer qu’il y a une forme de manipulation. Mais, c’est tout sauf ça. Manager, c’est amener des solutions. C’est mettre en place un organigramme, des gens compétents qui se sentent dans les meilleures conditions de travail possibles pour exprimer leurs talents. Ça passe par les associations, la confiance, les outils, etc. Est-ce de la manipulation ou juste de l’envie de travailler dans ces conditions-là ? Tous les choix que Jean-Louis a pu faire, je les ai validés, bien évidemment. On est monté en Ligue 2. On a fait 10e, 7e, 5e, demi-finaliste de la Coupe de France. Il est ensuite parti à Lens, qui jouait la montée en Ligue 1.

Êtes-vous footballeur à vie ? Est-on footballeur à vie ?

(silence)… Oui. Oui. Il y a deux options quand tu embrasses une carrière. Soit tu la finis dégoûté, une sorte d’overdose. Ce qui est arrivé à pleins d’amis que je côtoie toujours. Soit tu es piqué. Chez moi, ça coule dans mes veines comme une certitude. C’est là que je me sens le mieux. Le foot ne me quittera jamais une seule journée.

Reste-t-il une once de passion du jeu chez les joueurs ?

J’y crois, bien sûr. Je n’aime pas trop les discours de vieux cons. Tout va vite et s’accélère, oui. Les modes d’expression, la connaissance des joueurs, la communication, sont différents et c’est intéressant. Il faut être conscient du discours qu’on doit avoir avec cette nouvelle génération ou alors il faut arrêter. En 2050, ils n’auront probablement plus de crête sur la tête mais ils auront autre chose. Ça ne m’inquiète pas. Au contraire, je considère que ça permet d’être très vivant. Bon… « Retire ta casquette quand même et soit poli ! » (rires)… Il faut garder les bases.

« Je vis dans une chapelle. C’est là que je me retrouve »

Vous avez des moments pour la solitude ?

(silence)… Je me retrouve souvent seul face à des choix. Il faut alors qu’on me laisse, le temps que je trouve les mots pour qu’ils soient compris, acceptés. Après, il y a aussi les moments de solitude que je recherche, quand j’ai besoin de me retrouver moi. C’est souvent à la maison. Je vis dans une chapelle. C’est là que je me retrouve. J’aime beaucoup François Damiens, l’acteur belge. Il racontait dans un récent reportage être parti dix-huit jours sur un bateau avec un collègue. Et je me disais : « Quelle chance ». Pour l’instant, moi, je ne peux pas me le permettre. Je ne suis pas seul. Je suis dans les compromis de la vie. Mais j’aimerais le faire, avec mon épouse, mon fils.

Vous aimeriez qu’il reste quoi, à la fin ?

Franchement, je n’y pense pas. Je ne suis pas à la recherche d’une plaque. J’ai juste envie de vivre des moments, des rencontres. Je veux profiter des gens. Je suis dans ma vie, en plein dedans. J’ai envie de travailler, d’atteindre mes objectifs avec le président Chabane. Je n’ai pas fini.

Vous donnez l’impression que vous ne serez jamais vieux.

(rires) Entre mon fils qui a huit ans, les joueurs, les émotions, j’ai une vie contemporaine. Je dois encore faire attention à la façon dont je m’habille ! (rires)… Ça va. Vraiment, ça va.

 
Recueilli par Mathieu COUREAU   Ouest-France  

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avatar Durand D.
Olivier Pickeu : « Je suis dans ma vie, en plein dedans »
Durand D.

Bel interview pour un homme à qui le Sco Angers doit beaucoup et nous Angevins on ne peut qu'en être fier

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