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Municipales 2026. Comment l’extrême droite a-t-elle réalisé une percée dans cette commune de Maine-et-Loire... |
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La liste de Jean-Eudes Gannat (extrême droite) obtient 1 517 voix, soit 21,72 des suffrages exprimés, à Segré-en-Anjou-Bleu. © CO
Pour la première fois, des candidats d’une liste étiquetée officiellement d’extrême droite ont été élus au Conseil municipal de Segré-en-Anjou-Bleu (Maine-et-Loire), dimanche 15 mars, avec 21,72 % des suffrages. Ils seront sept à siéger, dont Jean-Eudes Gannat, figure identitaire angevine. Leur liste réalise notamment ses meilleurs scores dans d’anciennes cités minières. Quelles sont les raisons d’une telle percée, notamment à Nyoiseau ?
Pour la première fois, une liste officiellement étiquetée extrême droite se présentait à l’élection municipale à Segré-en-Anjou-Bleu, ce dimanche 15 mars. À sa tête Jean-Eudes Gannat, figure identitaire de l’Anjou, ne cachant pas son ambition de prendre Segré
à la maire sortante Geneviève Coquereau (divers). Entre les deux, la liste conduite par Raphaël de la Salmonière (divers droite), conseiller municipal de l’opposition.
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Tout au long de la soirée de dépouillement, la tension était palpable en mairie, les électeurs scrutant le tas de bulletins noirs. Oh la la ! Non mais ce n’est pas possible !
entendait-on autour des tables, à chaque bulletin Gannat annoncé. Après la proclamation des résultats de la moitié des 21 bureaux de vote, le doute ne subsistait pourtant quasiment plus que la liste de Geneviève Coquereau Segré-en-Anjou-Bleu, la force du collectif
emporterait le scrutin dès le premier tour, écartant de fait une éventuelle fusion des opposants à la liste sortante. Restait une inconnue, les deux outsiders oscillant chacun leur tour aux 2e et 3e places.

Mariette Lorenzi et Jean-Eudes Gannat (2e et 3e). Gannat
Le tiercé a placé Geneviève Coquereau à 52,31 % (3 653 voix), suivie de Raphaël de la Salmonière à 25,97 % (1 814 voix) et Jean-Eudes Gannat à 21,72 %. Ce score inédit, soit 1 517 voix, du candidat ultradroite, a suffi à ternir le triomphe modeste
de la maire sortante.
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Gannat suivi dans des fiefs miniers
La liste Gannat « Faire entendre la voix des Segréens »
arrive en tête dans le bureau de Nyoiseau, ancienne cité minière, avec 37,50 % des suffrages (156 voix contre 145 à celle de la majorité sortante) représentant plus de 10 % du total de ses voix. Une commune déléguée d’où sont issus une majorité des colistiers de l’outsider. Beaucoup d’illustres inconnus, des gens que l’on n’a jamais vus
, déplorait une élue sortante à propos de cette formation.

La liste Gannat a obtenu son meilleur score à Nyoiseau, où cette candidature ne faisait pas l’unanimité. CO
La liste Gannat est 2e dans six autres bureaux : les deux bureaux de Noyant-la-Gravoyère, ancien fief socialiste ; Montguillon où réside son chef de file, L’Hôtellerie-de-Flée, Châtelais et Aviré.
Jean-Eudes Gannat avait déjà été candidat dans l’arrondissement, en 2021 : estampillé divers droite à l’élection départementale, il n’avait obtenu que 97 voix à Segré-en-Anjou-Bleu. Comment expliquer sa percée, et donc celle de l’extrême droite, à une élection municipale ?
Son programme et sa campagne, très orientés sur les questions sécuritaires, migratoires et sur l’isolement de la ruralité, tendaient aussi la main aux déçus de la commune nouvelle. Il proposait de redonner de l’autonomie aux villages. Cela a semble-t-il trouvé écho à Nyoiseau.

Mariette Lorenzi. Faire entendre la voix des Segréens
L’exception nyoisienne
En deuxième position sur la liste Gannat, Mariette Lorenzi a été élue à Nyoiseau de 2008 à 2020, maire de 2014 à 2015 où elle a été battue. Non encartée, elle a jugé le programme de son chef de file très intéressant
. Elle dit s’être présentée à ses côtés à la demande de Nyoisiens
. Ils étaient exaspérés de la situation de la commune : sa gestion, l’absence de réel projet. Si les choses avaient suivi leur cours, l’école serait faite, il y aurait eu deux lotissements, le centre bourg serait méconnaissable, on aurait de l’habitat senior. J’aurais peut-être augmenté l’endettement mais au moins les Nyoisiens en auraient eu pour leur argent. Là au bout de dix ans ils n’ont rien, si ce n’est une 3e mairie à 400 000 €
, avance-t-elle, en ajoutant la fermeture annoncée de la boulangerie l’été prochain. La couleur politique de la liste ne l’a pas arrêtée : Je suis une pragmatique. Je regarde les faits
, dit celle qui considère que les sept sièges obtenus dimanche soir récompensent un travail de fond réel
des colistiers.
Sollicité, le maire délégué de Nyoiseau Denis Bélier n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet et renvoyé l’analyse à Geneviève Coquereau. Je ne m’explique pas vraiment
cette percée, a répondu la maire. J’ai du mal à l’analyser et je pense que ce n’est pas récent. Cela s’est ancré. Il y a forcément un terroir, vu le nombre de sympathisants qui ont pu accueillir des parachutages de gens qui ne viennent pas du Segréen. Il y a des lieux de rencontres. Il y a plusieurs décennies, Nyoiseau était plutôt une commune qui était à gauche
.
Geneviève Coquereau reconnaît qu’ effectivement, il peut y avoir dans la commune des choses de faites qui ne plaisaient pas. Les gens votent en opposition quand ils ne sont pas d’accord. C’est aussi un vote en contradiction et M. Gannat a surfé là-dessus
.