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Mondial 2014 : Les Brésiliens entre colère et fatalisme... |
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L'humiliation subie par la Seleçao a traumatisé les supporters brésiliens. © Photo : AFP.
Très lourdement défaits par les Allemands en demi-finale de leur Coupe du Monde, les Brésiliens accusent le coup après ce revers historique.
« Honte », « Désastre »,« humiliation », « horreur », « catastrophe ». Les mots ne manquent pas aux Brésiliens pour définir leur premier sentiment après la claque reçue par la Seleção contre l'Allemagne, en demi-finale de la Coupe du Monde.
Le début de Mondial avait été poussif pour la sélection auriverde mais, depuis vendredi et la victoire, méritée, du Brésil contre la Colombie, les Brésiliens avaient repris espoir et attendaient ce match contre l'Allemagne avec impatience.
Tout un pays à l'arrêt
A 17h, heure locale, les bars étaient bondés, les écrans géants pris d'assaut, les magasins fermés et les rues désertes. Tout un pays s'arrêtait pour supporter son équipe nationale en route vers la finale de sa Coupe du Monde.
Depuis le début d'après-midi, la pluie, discrète depuis le début du Mondial, avait fait son apparition à Rio de Janeiro. Pas de quoi décourager les cariocas qui allait pourtant recevoir une douche froide après seulement une vingtaine de minutes de jeu. 5 à 0. « Incroyable » pour tout le monde. « Un miracle » pour Marcus, supporter allemand. « Une honte nationale » pour Arnaldo, ingénieur brésilien.
Le Brésil était KO et les rues de Copacabana retrouvaient leur animation à mesure que les bars se vidaient et que les milliers de supporters massés sur la célèbre plage se dispersaient. Nous n'étions alors même pas encore à la mi-temps mais les cariocas en avaient déjà assez vu comme ça. « Je crois que la meilleure chose que j'ai à faire, c'est de rentrer à la maison et de m'occuper de mon travail », avouait Aline, brésilienne professeur de français.
La Seleção descendue en flammes par ses supporters
La suite du match n'allait évidemment rien changer et le Brésil s'inclinait lourdement, à domicile, plongeant ainsi tout un peuple dans une véritable dépression. « On va avoir un jour de deuil, un mercredi de deuil. Tout le monde va critiquer toute l'équipe », ajoutait Aline. Une prévision qui ne mettait pas longtemps à se confirmer sur les réseaux sociaux et dans la rue, à l'image d'Arnaldo. « Le Brésil n'a jamais eu autant de personnes incompétentes sur le terrain », regrettait l'ingénieur.
Fred, l'ex-attaquant lyonnais, tête de turc des supporters brésiliens depuis de longs mois déjà, devait avoir les oreilles qui sifflaient. Le gardien Julio César, héros lors de la qualification aux tirs au but contre le Chili, et Hulk, transparent mardi, n'étaient pas épargnés non plus. L'entraîneur Felipão, idole depuis son titre mondial avec la Seleção en 2002, est aussi une cible de choix pour les cariocas exprimant leur colère. « C'est la pire génération de tous les temps pour le Brésil », lâchait João, étudiant.
Bagarre sur la plage
La violence ne se retrouvait pas seulement dans les propos mais aussi dans les gestes lorsque une bagarre entre supporters mécontents éclatait sur la plage de Copacabana, nécessitant l'intervention de la police, avec tirs de sommation, pour ramener le calme.
Malgré la déception, de nombreux cariocas tenaient à rester dignes et n'hésitaient pas à reconnaître le mérite des Allemands. « Ils sont disciplinés, ils ont un plan de jeu, ce que nous nous n'avons pas. Ils nous ont donné une véritable leçon de football, c'était une démonstration », commentait Arnaldo.
« On savait que ce serait difficile mais pas à ce point-là. Les Allemands avaient plus d'expérience et c'est important dans ce type de match », analysait Aline.
Les Allemands presque gênés de leur domination
« Nous avons joué contre une équipe talentueuse et bien organisée. Une fois menés de plusieurs buts, nous ne pouvions plus y croire », expliquait Daniel, comptable. « Ils ont gagné car ils ont joué avec le maillot de Flamengo », rigolait João en faisant allusion au club de football le plus populaire du Brésil et dont les couleurs sont le rouge et noir.
Les Allemands, eux, de leur côté se montraient presque gênés d'infliger une telle correction aux Brésiliens sur leurs terres et multipliaient les « desculpa » (excusez-nous) en direction des locaux.
Des conséquences politiques indécises
Une dérision dont certains faisaient preuve pour envisager la suite des événements, à l'instar de cette tablée de cariocas chantant, après le cinquième but allemands, « Dilma va tomber, Dilma va tomber », souhaitant ainsi l'échec de la présidente sortante Dilma Roussef lors des prochaines élections. « J'espère que Dilma ne remettra pas la coupe à Messi à la fin, sinon ce sera le pire, une catastrophe », ironisait Alberto.
La dimension politique de cette défaite revenait d'ailleurs dans la bouche des Brésiliens qui se montraient malgré tout indécis sur les jours, semaines et mois à venir. « ça va être intéressant d'analyser comment va se dérouler le processus social et politique. Il y a eu beaucoup de manifestations critiquant les budgets immenses pour construire les stades et on va voir ce que ça va donner jusqu'aux élections d'octobre prochain », prévient Aline. « Au moins, Dilma ne pourra pas se servir d'une victoire de la Seleção pour sa campagne pour les élections », se console quant à lui João.
Vers un Brésil-Argentine explosif ?
Les plus optimistes se tournent alors vers le prochain match du Brésil, samedi pour la troisième place. « J'accepte la lutte de cette équipe pour la troisième place », lance Christian, attaché de presse.
Beaucoup se mettront à supporter les Pays-Bas ce mercredi pour éviter l'humiliation suprême de voir les archi-rivaux argentins prendre part à la finale en plein Maracanã.
Une autre raison poussent de nombreux Brésiliens à troquer désormais le jaune et vert pour l'orange : « si les Allemands gagnaient, ils auraient quatre titres mondiaux et ne seraient donc plus qu'à une étoile de nous. Les Pays Bas n'en n'ont aucune. C'est pour ça que je préfère que ce soit eux qui gagnent », annonce, pragmatique, Jorge, employé d'hôtel.
Si ce désir était exaucé, le match pour la troisième place verrait le Brésil affronter l'Argentine et revêtirait alors un enjeux particulier : la suprématie continentale à défaut de la suprématie mondiale.