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Mondial 2014 : Le Roy : « Attention au trio Emunike - Odemwingie - Musa »... |
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Claude Le Roy assure : "Je pense que l'équipe de France a une marge." © Reuters
Spécialiste du foot africain, le Breton est actuellement au Brésil où il commente des rencontres du Mondial. Il sera d'ailleurs ce soir à Brasilia pour voir France - Nigeria.
Claude, vu de France on craint surtout l'attaque du Nigeria. À raison ?
Il va falloir être vigilant sur un point : la qualité de puissance du Nigeria, avec Emunike à droite, Musa sur la gauche et Odemwingie qui vient s’intercaler dans les espaces. Ils ont un ailier droit qui est comme un trois quart aile de rugby, qui raffute, qui se sert de sa puissance pour faire des différences, c’est Emunike. Il a quand même posé des problèmes à tous les défenseurs depuis le début de la Coupe du monde, il est en confiance, il fait de grosses différences athlétiques. Puis de l’autre côté, il y a l’adresse de Musa, qui avait fait une grosse Coupe d’Afrique, qui confirme, avec dans les intervalles l’ancien Lillois Odemwingie qui s’est retrouvé dans la liste des 23 à la dernière minute mais qui réalise un début de Coupe du monde incroyable, ce qui n’est pas étonnant vu ses qualités de base, son intelligence. Ce trio-là peut poser des problèmes à une jeune défense française. Il va falloir faire preuve de beaucoup de concentration.
"Matuidi peut jouer un très grand rôle tactique dans cette rencontre"
Sur le plan défensif, le Nigeria semble moins redoutable…
Ils ont un gardien de but exceptionnel, Vincent Enyeama, qui ne fait que confirmer ses qualités techniques, son sens tactique, ses qualités de vitesse d’intervention, de vitesse gestuelle. C’est un super gardien. En revanche, devant lui, c’est beaucoup plus statique, ça va moins vite. L’équipe de France, par ses attaquants et surtout ses milieux qui aiment venir manger des espaces dans le système défensif adverse, va poser des problèmes au Nigeria. Blaise Matuidi, en particulier, peut jouer un très grand rôle tactique dans cette rencontre.
"Le Nigeria reste le champion d'Afrique en titre..."
On entend dire que l’équipe de France n’a pas la culture africaine…
Il y a tellement longtemps que je répète qu’il serait bien que l’équipe de France joue plus souvent contre des sélections africaines… Premièrement, cela ferait plaisir à la population d’un continent où elle est adorée. Et ce serait un pays qui rendrait un petit peu de bonheur à des pays qu’il avait fait colonies. J’ai en mémoire un match nul France - Cameroun au Stade de France et la défaite face au Sénégal au Mondial 2002 (0-1). Là, ce ne sera pas un match d’ouverture ni de poules mais un huitième de finale du Mondial. Ce n’est pas le prestige de l’adversaire qui doit motiver l’équipe de France mais le désir d’écrire sa propre aventure. En plus, le Nigeria est un immense pays de 120 millions d’habitants, géant footballistique, pas en palmarès mais en potentiel, et reste quand même le champion d’Afrique en titre, ce qui n’est pas rien.
"On n’arrive pas complètement à situer tactiquement le Nigeria"
Avec à sa tête un sélectionneur africain, ce qui est singulier…
Stephen Keshi est un francophone, qui a joué à Anderlecht, à Strasbourg, a été le sélectionneur du Togo. Il a été privé de Coupe du monde en 2006 avec le Togo dans les derniers mots car on lui avait retiré l’équipe qu’il avait qualifiée pour mettre Otto Pfister. C’était injuste, juste après une élimination en Coupe d’Afrique en Egypte contre le Congo que je dirigeais. Il est revenu, a été champion d’Afrique, a ainsi gagné du crédit. Cela n’a pas été facile pour lui. Il a su fédérer, mettre quelques joueurs locaux. Maintenant, il faut que l’on sente une patte tactique plus importante pour cette équipe du Nigeria que l’on n’arrive pas complètement à situer tactiquement. C’est à cause de cela qu’ils ont souffert face à l’Iran. Même si c’est aussi ce qui peut déstabiliser un adversaire. La France, par exemple, aime bien avoir ses repères, savoir comment chacun va évoluer.
"Je pense que l'équipe de France a une marge"
Vous imaginez quel type de rencontre ?
Sans manquer de respect au Nigeria, je pense que l’équipe de France a quand même une marge. Cela peut se terminer par un ou deux buts d’écart. Je ne vois pas de prolongation, par exemple. Bien évidemment, on n’aura pas la même réussite que face aux Suisses mais dans l’esprit, il faut commencer le match comme face aux Helvètes.
"La chaleur, c'est un faux problème"
Le facteur chaleur peut-il influencer la rencontre ?
C'est un faux problème. Il fera 25 à 26° à Brasilia, qui est à 1 000 m d'altitude. On en fait beaucoup mais il faudrait que les gens connaissent un peu mieux la réalité du Brésil et de la chaleur. Là, il va faire bon pour jouer mais il n'y aura pas de problème de chaleur.
Serez-vous dans les tribunes de l'Estádio nacional Mané Garrincha ?
Oui, et donc loin de la Bretagne, mon pays, à qui je passe le bonjour. Avec un clin d'oeil à ma maman Vonette, qui a 91 ans, et suit la Coupe du monde chez elle à Gouarec, dans les Côtes-d'Armor.