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Mondial 2014 : France - Honduras : Deschamps, le cultivateur de la gagne... |
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Didier Deschamps porté en héros après la victoire en barrages face à l'Ukraine. © Photo : Reuters
Meneur d'hommes, travailleur infatigable, fin tacticien, voilà plus de 20 ans que Didier Deschamps incarne la fameuse "culture de la gagne".
Et ce avec ce truc en plus, cette « bonne étoile » qui ne cesse de le protéger alors qu'il préside aux destinées des Bleus. En novembre, il s'en est fallu pourtant de très peu pour que l'épithète de « père la victoire », qu'on lui accole depuis 20 ans, s'efface après la déconvenue en Ukraine (2-0) en barrage aller des qualifications.
Mais le Bayonnais de 45 ans, dont la haine de la défaite est infiniment proportionnelle au poids de celles qu'il lui arrive de concéder et notamment la défaite éliminatoire contre la Bulgarie en 1993, a su faire en sorte de renverser la situation désespérée. Il a eu foi en l'exploit, les ressources mentales et tactiques pour remobiliser ses troupes, et, donc, en ce facteur chance matérialisé par l'incroyable doublé de Sakho au retour (3-0).
Un doublé tout aussi improbable que celui de Thuram contre la Croatie (2-1) au Mondial-1998, qui envoya la France en finale où elle ne fit qu'une bouchée du Brésil (3-0), offrant à Deschamps le privilège d'être seul capitaine des Bleus à ce jour à avoir soulevé la Coupe du monde.Quinze ans entre les deux matches et toujours cette même bonne étoile au-dessus de la tête...
"Tombé dans un bénitier"
Même Michel Platini a plaisanté sur la veine du sélectionneur, après le nul (1-1) miraculeux ramené d'Espagne en octobre 2012, avec un but à la dernière seconde de Giroud. « Napoléon disait que pour gagner des batailles, il faut de bons soldats et de la chance. Didier en a toujours eu. Je me demande d'ailleurs si quand il est né, il n'est pas tombé dans un bénitier. »Impossible pour autant d'attribuer à la seule chance les mérites de l'exceptionnel palmarès que l'ancien milieu de terrain s'est forgé depuis ses débuts pros à Nantes, à 17 ans en 1985.
Car DD joueur a quasiment tout gagné. Outre le Mondial-1998, l'Euro-2000 avec la France, deux Ligues des champions avec Marseille (1993) -la seule remportée par un club français- et la Juventus (1996), les championnats de France (OM, 1990, 1992) et d'Italie (Juventus, 1995, 1996, 1998), les coupes d'Italie (1995) et d'Angleterre (Chelsea, 2000).Ces succès, jusqu'aux apothéoses en Bleu, Deschamps les a surtout accumulés en Italie (1994-1999) où se sont développés, outre ses aptitudes physiques, son leadership naturel, sa science tactique et son tempérament de compétiteur-né. Autant de qualités qui le prédestinaient à devenir entraîneur.
Une seconde carrière qui force le respect: six titres avec Marseille, dont celui de champion de France (2010) après 18 ans de disette pour l'OM, une Serie B avec la Juventus synonyme de remontée en élite et, à son actif enfin, la dernière finale disputée par un club français en C1 (Monaco 2004).
Bilan pas encore convaincant
Moins fréquents, les échecs n'ont pas été rares pour autant. Trois autres finales de C1 perdues (1997, 1998 avec la Juventus, 2001 avec Valence), une de l'UEFA (en 1995, Juventus) et surtout donc le traumatisme, avec les Bleus, de la non qualification pour le Mondial-1994.Un traumatisme, dont le spectre s'est fait jour entre les deux matches de barrages contre l'Ukraine et que Deschamps a su chasser. Pourtant, s'il a le temps d'un soir euphorisant réconcilié la France avec son équipe nationale, Deschamps-sélectionneur n'a pas encore forcément convaincu son monde.
Car depuis sa prise de fonctions en 2012, il présente un bilan plutôt moyen de 9 succès, 4 nuls et 6 défaites, sans qu'un véritable projet de jeu ne se soit dessiné.Mais Deschamps, nommé par Noël Le Graët pour remettre de l'ordre dans la maison bleue depuis le séisme de Knysna au Mondial-2010 et ses répliques à l'Euro-2012, semble avoir trouvé depuis quelques mois, sinon une formule gagnante, tout du moins un groupe « avec le bon état d'esprit » et dont le « savoir-vivre-ensemble » aura été fatal à Samir Nasri, non sélectionné.
Avec ce geste fort, Deschamps, qui conduira les Bleus jusqu'à l'Euro-2016, sait qu'il s'est privé d'un joueur de talent et n'en a cure. Car lui mieux que quiconque sait que les succès peuvent se construire avec d'autres vertus.« Je ne m'amuse pas par le jeu, je ne m'amuse que par la victoire », disait-il en 2000, au quotidien Libération. La France, justement, n'attend que de pouvoir s'amuser à nouveau. Et ce dès ce soir face au Honduras, coup d'envoi 21 h.