|
Mondial 2014 : Dada, le buteur aux pieds carrés et à la langue pendue... |
1
Dada Maravilha, champion du monde en 1970. © Photo : AFP
Maravilha, le joueur aux 926 buts, suit le Mondial en tant que commentateur pour une TV brésilienne et dégaine les aphorismes avec la même facilité qu'il enfilait les buts.
« J'étais tellement occupé à mettre des buts que je n'ai jamais appris à jouer au football ! Il faut demander à Dieu comment un mec aussi mauvais que moi a pu marquer 926 buts. 926 c'est beaucoup pour un joueur qui ne sait ni dribbler, ni faire des passes, ni des une-deux... », rigole Dario José dos Santos qui répète à qui veut l'entendre sa phrase la plus célèbre : « Il n'y a pas de but moche, ce qui est moche c'est de ne pas marquer ».
« J'avais les pieds carrés mais j'étais un grand professionnel. Je faisais attention à mon corps, je ne fumais pas, je ne buvais pas, je me couchais tôt, je ne faisais pas la fête », précise le joueur dont la carrière s'étend de 1967 à 1987 avec des grands clubs comme Flamengo ou Atletico Mineiro mais aussi des destinations plus exotiques comme le Nacional de Manaus à presque 40 ans.
Bagout inimitable d'un VRP au commerce florissant, n'hésitant pas à parler de lui à la 3e personne, Dada, en pleine forme avec un physique encore affûté à 68 ans, mitraille façon Mohamed Ali : « J'adore Maradona, Messi, Cristiano Ronaldo... Mais, ils ne jouent pas dans mon équipe. Ce sont des cracks : moi je joue dans l'équipe des pieds carrés. Des champions comme Dada, il n'y en a pas. Je ne suis pas humble : dans la surface personne n'a été meilleur que Dada ».
« Un but c'est comme un enfant »
Membre de l'équipe championne du monde 1970, sans jouer, Dada a été meilleur buteur du championnat brésilien à trois reprises, tout en trustant 8 titres de meilleur buteur régional, notamment celui de Rio (les équipes jouent un championnat national et un par Etat). L'attaquant, qui récite sans hésiter la vingtaine de clubs par lesquels il est passé, jure ses grands dieux qu'il « se souvient de chacun de ses 926 buts! »
« Un but c'est comme un enfant et personne n'oublie ses enfants », assure Dada, auteur de « 499 buts de la tête ». Il était d'ailleurs surnommé le « Beija-Flor » (Colibri), parce qu'il semblait rester plus longtemps dans l'air que ses adversaires. « Ils ne voyaient que mes crampons quand je sautais », selon Dada qui ne doit son surnom... qu'à lui-même. « Je suis un sans-gêne : en arrivant à Rio, cité merveilleuse, j'ai dit : moi c'est Dada la merveille. Et ça a pris! ».
Figure du foot brésilien, Dada intervient à chaque conférence de presse des joueurs du Brésil, bravant même le protocole pour embrasser sur la tête Bernard et Fred... Un Fred que Dada apprécie particulièrement : « Tu peux dire du mal de Fred mais tu ne peux pas dire qu'il n'a pas le sens du but. Comme moi. Ce n'est pas le football joli de Neymar mais il fait trembler les filets », analyse Dada.
Belle action ou un but de raccroc ?
L'ancien attaquant, qui a eu une carrière d'entraîneur météorique, ne mâche pas ses mots sur la Seleçao : « le Brésil est favori non pas parce qu'il a la meilleure équipe, l'équipe est moyenne. Il est favori parce que toutes les équipes jouent à 11 et nous on joue à 12 avec les supporteurs. Aujourd'hui, si vous me demandez en quel joueur j'ai le plus confiance, je réponds : Scolari (l'entraîneur) ».
« J'ai vécu une Coupe du monde de l'intérieur, mais la différence avec aujourd'hui est très grande, affirme Dada, un tantinet passéiste. A mon époque, c'était quasi-amateur, romantique, avec l'amour du maillot. On considérait le supporteur presque comme un patron, l'argent venait des entrées. Aujourd'hui, il y a la télévision, internet, les sponsors, la publicité. Les salaires sont absurdes. Les intérêts sont tellement grands que le football passe au deuxième plan ».
Mais pour Dada une chose ne changera jamais: « celui qui met le ballon dedans, est un héros. Peu importe que ce soit beau comme Tostao ou Reinaldo, ou un but d'un pied carré comme Dada! Oui, le supporteur veut du spectacle mais en fin de compte, tout le monde échange une belle action contre un but de raccroc. C'est pour ca que Dada dit : Il n'y pas de but moche, ce qui est moche.... »