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Mondial 2014 : Chers amis allemands...... |
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France - Allemagne, l'heure de la revanche. © Photo : EPA.
J'ai décidé de prendre ma plus belle plume d'oie de Basse-Saxe pour vous faire un aveu : j'aime tout chez un Allemand. Enfin presque tout.
Notre meilleur ennemi d'hier est assurément notre meilleur compagnon aujourd'hui. Impression confirmée par un sondage Ifop pour l'édition du soir, début juin : 82 % des Français estiment que c'est notre allié le plus fiable.
Mémoire sélective
Enfant du couple franco-allemand (en passant par le Portugal), je clame donc mon amour pour mes frères d'Outre-Rhin avant un quart de finale de Coupe du monde qui n'éveille aucun souvenir douloureux... J'ai la mémoire sélective quand ça m'arrange.
Les défaites de 1982 à Séville et de 1986 à Guadalajara ? Oubliées et digérées. De la bière a coulé depuis ces échecs marquants. La caresse du coccyx de Schumacher sur la joue de Battiston : un geste rude mais purement amical de la part d'un gardien chargé comme un petit-déjeuner à base de charcuterie. Avec le temps, tout s'efface, même le cholestérol.
Sandales et chaussettes
C'est donc avec un bonheur non dissimulé que je vois la route des Bleus croiser de nouveau celle de la Nationalmannschaft. Comme l'été sur les aires d'autoroute, on aime retrouver ces gaillards aux sandales et chaussettes blanches.
C'est toujours un moment de choix lorsqu'il s'agit de comparer nos footballs. C'est beaucoup moins périlleux que de mesurer nos économies... Il est fini le temps où nos voisins nous prenaient pour des saucisses. Le Franc est fort et l'Allemand prudent.
Revanche
Il est surtout venu le temps de la revanche. Car on a beau être copains et pas rancuniers, on a tout de même quelques comptes sportifs à régler. « Ich bin ein Berliner » : OK mais, si ça ne vous dérage pas, on va tout de même dresser un mur devant notre défense.
Vous l'avez compris, entre l'Allemagne et moi, il y a comme un malaise qui remonte à l'enfance. Je me souviens de ces matins, sur le chemin du collège, où j'espérais que le prof d'allemand resterait cloué au lit.
Bourdonnement et dentiste
Comment dire... J'ai longtemps cherché à dompter la langue de Goethe, mais on ne s'est jamais trouvé. On avait beau me dire que, manié avec élégance, l'allemand pouvait être doux à l'oreille, je n'entendais qu'un bourdonnement. Il m'arrivait même de préférer le dentiste aux cours de... M. Boscher. Eh oui, ça ne s'invente pas : mon prof d'allemand s'appelait Boscher. Cela vous marque une existence.
Mark Twain écrivait : « Mes études philosophiques m'ont convaincu qu'une personne douée devrait être capable d'apprendre l'anglais en trente heures, le français en trente jours, et l'allemand en trente ans. » Il me faut donc m'armer de patience. Ou alors me résoudre à croire que cette langue invite à se taire lorsqu'on ne la maîtrise pas... Donc, auf Wiedersehen.
Ce billet est paru jeudi, dans l'édition du soir.