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Le Foyer de l’Espérance versus l’Églantine de Trélazé : une histoire de religion et de travail... |
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Des fendeurs près de leur tue-vent. © CO
Au fil des siècles, la dimension ouvrière de la paroisse de Trélazé devient un marqueur fort, où la foi et le monde du travail se côtoient. L’opposition entre les cathos et les rouges façonne l’histoire de la ville.
Épisode 3 : suite de notre série consacrée à l’histoire de la paroisse de Trélazé.
Au fil des XIXe? et XXe? siècles, la paroisse de Trélazé joue un rôle essentiel dans la vie sociale. Elle accompagne les familles, soutient les mineurs blessés, organise des œuvres de solidarité et contribue à la cohésion d’un territoire profondément marqué par le travail de l’ardoise. Cette dimension ouvrière devient l’une de ses signatures les plus fortes, témoignant d’une histoire où la foi et le monde du travail avancent longtemps ensemble.
Entre 1860 et 1930, Trélazé se transforme profondément. Recrutés massivement par les ardoisières, les ouvriers bretons affluent par centaines. En 1908, ils représentent près de la moitié de la population. Leur culture, leur solidarité et leur sens revendicatif modifient durablement l’identité de la ville.
Contenir une population jeune et combative
Dans le même temps, les idées républicaines progressent et les tensions sociales s’accentuent. Pour accompagner, et parfois contenir, cette population jeune et combative, l’Église et les patrons des ardoisières font appel à des prêtres bretons. Parmi eux, l’abbé Jollec, figure charismatique, omniprésent dans les familles et les cabarets, devient l’un des moteurs du Foyer de l’Espérance. L’objectif est clair : éviter que les ouvriers ne basculent vers le camp républicain et socialiste, très influent dans les ardoisières. Le Foyer de l’Espérance devient le centre de la sociabilité catholique : théâtre, chorales, gymnastique, œuvres caritatives, activités pour la jeunesse et football.
Il est soutenu par les patrons, qui y voient un moyen de stabiliser la main-d’œuvre et de limiter les revendications. En réaction, les ouvriers républicains créent L’Églantine, fondée par des Bretons politisés, des instituteurs laïcs et des militants mutualistes. Le fondateur est Daniel Rouger. Le club devient un lieu d’éducation populaire, de débats politiques et de sport, notamment le football. Son nom, emprunté à la fleur des sans-culottes, affirme clairement son orientation républicaine.
Le Foyer et l’Églantine incarnent alors deux visions du monde : tradition chrétienne et encadrement moral d’un côté, émancipation ouvrière et culture républicaine de l’autre. On ne fréquente pas les mêmes salles, on ne chante pas les mêmes chansons, on ne lit pas les mêmes journaux. Les deux camps se côtoient, se défient et structurent la vie quotidienne.
Aujourd’hui, ces deux clubs de football ne sont plus des bastions idéologiques, mais elles demeurent les témoins d’une époque où la foi et la République ont façonné, ensemble et parfois malgré elles, l’identité trélazéenne.