|
Angers. La nouvelle vie du Nobel de la paix Denis Mukwege formé au CHU... |
2
Angers. La nouvelle vie du Nobel de la paix Denis Mukwege formé au CHU
Prix Nobel de la paix en décembre, le gynécologue congolais Denis Mukwege, formé à Angers, nous a raconté sa nouvelle vie lundi depuis l’Allemagne, entre deux conférences.
Le Prix Nobel a-t-il changé votre vie ?
Denis Mukwege : « Je suis très sollicité pour donner des conférences. Je voyage beaucoup. C’est un énorme changement dans ma vie. Je me suis donné comme discipline de répondre aux exigences de ce prix pendant un an. L’année prochaine, je serai beaucoup plus tranquille ».
Est-ce le signe que votre engagement contre les mutilations génitales pratiquées sur les femmes ne laisse pas insensible ?
« C’est un sujet qui n’a pourtant pas toujours attiré l’attention du public. Mais le Prix Nobel me donne l’opportunité de délivrer un maximum d’informations sur l’usage du viol comme arme de guerre, en République démocratique du Congo comme dans d’autres pays en proie à des nettoyages ethniques ».
Chacun de nous peut être un faiseur de #paix...
Chacun peut contribuer à l’édification d’une paix durable et être un catalyseur pour le changement et un monde meilleur.
Chacun doit être vigilant et ne jamais témoigner de complaisance face aux discours de haine et de rejet. https://t.co/lF6OY3F6tQ— Denis Mukwege (@DenisMukwege) 4 juin 2019
Cette campagne a-t-elle déjà eu un impact positif ?
« Le message passe mais les politiques, eux, craignent toujours de prendre les bonnes décisions pour faire de ce fléau une priorité. Les personnes qui commettent ces viols ne devraient jamais rester impunies. Une réponse judiciaire éviterait les récidives, préserverait les valeurs morales et le contrat social. Il y a aussi un volet diplomatique : lorsque les seigneurs de guerre qui utilisent le viol sont acceptés par la communauté internationale en siégeant auprès d’autres leaders, c’est une façon de les encourager à faire le mal ».
L’aspect financier peut-il aussi être un levier ?
« Au Congo, on sait très bien que des hommes et des femmes sont exploités dans les mines de coton et que ces textiles arrivent sur le marché international. Geler les avoirs de ceux qui commettent ces crimes contribuerait à les décourager. C’est la ligne rouge que tout le monde devrait refuser de franchir. Mais j’ai pu me rendre compte à quel point il est compliqué de convaincre les membres du conseil de sécurité de l’ONU de sanctionner les pays impliqués ».
Continuez vous-même à vous mettre en danger ?
« C’est très difficile de se passer d’une surveillance militaire. Ceux qui commettent les viols restent en liberté. Certains ont même été gradés après avoir commis des atrocités. Ils sont encore nocifs et je dois m’en protéger ».
Un mot sur Angers où deux de vos assistants sont encore en formation ?
« Cette ville fait partie de ma vie. Elle m’a armé pour faire le travail que j’accomplis aujourd’hui. Notamment grâce à mon maître, le Dr Bernard Crézé, qui m’a formé à la chirurgie vaginale. Pour le moment, je suis très occupé mais j’y reviendrai dès que possible car j’y suis comme chez moi ».
Recueilli par Anthony PASCO