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Super Ligue. Qui est Andrea Agnelli le controversé dirigeant à l’origine de la compétition ?... |
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Andrea Agnelli au côté d’Aleksander Ceferin, le président de l’UEFA. © EPA/MAXPPP
Le président de la Juventus Turin, Andrea Agnelli, figure parmi les dirigeants fondateurs de la Super Ligue. À 45 ans, l’homme n’a jamais fait l’unanimité, notamment pour sa vision du football accusée de tout mettre en œuvre pour favoriser les puissants.
Partisan d’une Ligue des champions remodelée avant de rejoindre par surprise le projet concurrent de Super Ligue privée, Andrea Agnelli, le dirigeant qui a révolutionné la Juventus en dix ans, incarne pour ses détracteurs un football d’abord formaté pour les puissants.
Pour le président de l’UEFA, dont il était proche et avec qui il avait travaillé sur une Ligue des champions plus élargie, Andrea Agnelli a été « la plus grande déception de tous ».
« Je n’ai jamais vu une personne mentir aussi fréquemment et avec une telle persistance. C’est incroyable », a affirmé lundi Aleksander Ceferin au sujet du patron de la Juve, avec qui il entretenait des rapports d’amitié.
La Ligue des champions remodelée est pourtant « très très proche d’une Ligue des champions idéale », avait affirmé en mars Andrea Agnelli, alors président de l’Association des clubs européens (ECA) et, à ce titre, porte-parole des plus grands clubs.
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Mais quelques semaines après, la Juventus a lancé, avec onze autres géants d’Europe, la fameuse Super Ligue conçue pour supplanter la C1. Agnelli a démissionné de la présidence de l’ECA dans la foulée de l’annonce, dans la nuit de dimanche à lundi, dans un sacré coup de théâtre.
Ce double jeu comporte encore de nombreuses zones d’ombre – Agnelli n’a pas justifié son revirement – mais ne va pas contribuer à redorer le blason de ce dirigeant assez mystérieux derrière sa barbe sombre et ses sourcils broussailleux. Lui qui était déjà accusé avant cet épisode de faire passer l’intérêt des plus riches avant celui du football.
Du « fordisme » à la » mondialisation »
Dans un éditorial cinglant, le quotidien sportif français L’Equipe avait qualifié en février Agnelli de « l’un des hommes qui fait le plus de mal à l’idée de l’universalité de ce jeu ». Le Guardian britannique avait aussi fustigé son combat pour « garantir davantage d’argent à ceux qui sont déjà riches, qu’importe s’ils sont bien ou mal gérés ».
« Développer la Ligue des champions : cela a toujours été son idée fixe, d’abord pour augmenter sa valeur économique », explique à l’AFP Marco Iaria, journaliste à la Gazzetta dello sport, pointant l’admiration d’Agnelli pour le football américain et son « Superbowl ».
Pour autant, jusqu’ici, Agnelli n’avait jamais défendu une ligue privée.
Né à Turin il y a 45 ans, il s’est formé au marketing à travers plusieurs expériences en Italie et à l’étranger avant de mettre en pratique sa vision d’un football « mondialisé » à la Juve depuis 2010.
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Nommé à la tête d’un club encore secoué par l’affaire du Calciopoli et la rétrogradation en deuxième division (en 2006), le fils d’Umberto Agnelli a totalement révolutionné la « Vieille dame » en diversifiant les activités (hôtel, musée), en développant le sponsoring, en toilettant le logo pour le rendre plus « universel » avec un simple « J », malgré le désaccord des supporters historiques. La valeur boursière du club a explosé.
« Opération Ronaldo »
« Giovanni Agnelli (son oncle, ancien patron de Fiat, NDLR) était l’incarnation du fordisme appliqué au football, Andrea Agnelli est l’incarnation de la mondialisation dans le sport, dans le sillage de Fiat qui est totalement mondialisée », observe pour l’AFP l’historien Giovanni De Luna, auteur d’un livre sur l’histoire du club.
« Que ce soit pour le bien ou non du football, je l’ignore, mais Agnelli est totalement dans ce néo-football », ajoute-t-il.
Sous sa présidence, la Juventus s’est envolée en Italie avec neuf titres consécutifs (2012 à 2020).
Le pic de cette stratégie a été atteint en 2018 avec le recrutement du quintuple Ballon d’Or Cristiano Ronaldo. Même si, aujourd’hui, les avis divergent sur le bilan, alors que la Juve s’est ratée en C1 et est en passe d’être détrônée en Italie.
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« L’opération Ronaldo, c’était une fusion entre deux marques. Cela a apporté des résultats significatifs avec des titres mais, selon moi, cela a un peu déséquilibré les équilibres internes au sein de la Juve », remarque Giovanni De Luna.
Économiquement, cette « opération reste bonne, car elle a couronné une stratégie qui vise à faire de la Juventus une marque globale, grâce à la notoriété de Ronaldo », estime toutefois Giovanni Palazzi, du cabinet de conseil en business du sport StageUp.
Une « marque globale » qu’Agnelli compte bien continuer à développer au moment où la Juve souffre économiquement, en raison de la crise du coronavirus, et sportivement.