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À Angers Nantes Opéra, Alain Surrans conclut sa carrière : « J’ai lutté contre l’idée que c’était réservé à une élite »... |
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Alain Surrans, directeur d’Angers Nantes Opéra depuis 2018 : « J’ai lutté contre l’idée que l’opéra est réservé à une élite ». © Ouest-France
Alain Surrans a signé sa dernière saison à la direction d’Angers Nantes Opéra et partira à la retraite au 31 décembre 2025. L’occasion de passer en revue une carrière consacrée à faire de l’opéra « un lieu vivant, ouvert à tous ».
Alain Surrans, directeur d’Angers Nantes Opéra (ANO), aime partager sa passion pour les compositeurs et les artistes. Il l’a encore montré à Graslin, le 11 décembre, en présentant un épisode de « Ça va mieux en le chantant », consacré à Giuseppe Verdi avec des airs de Nabucco et de la Traviata, repris en chœur par le public. Le spectacle a été ovationné. Il faut dire que c’était sa dernière prestation puisqu’il part à la retraite le 31 décembre. Alexandra Lacroix lui succédera. Dans cet entretien, il dresse son bilan.
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C’est votre dernière saison à la direction d’Angers Nantes Opéra ?
Oui, je boucle ainsi ma 21e saison de directeur d’opéra. À l’origine, je suis chanteur et j’ai fait des études de musique. J’ai débuté à l’opéra de Paris. De 2005 à 2017, j’ai dirigé l’opéra de Rennes, puis, de 2018 à 2025, ceux d’Angers et Nantes. Pour moi, c’est un rêve accompli.
Qu’est-ce qui caractérise votre travail ?
L’envie d’aller chercher des publics éloignés a toujours été mon obsession. J’ai lutté contre l’idée que l’opéra est réservé à une élite. L’opéra est un lieu vivant, ouvert à tous et à tous les genres, y compris le hip-hop et le jazz. Moi, j’ai pu découvrir l’opéra grâce à l’école et ça a changé ma vie. Je pense à faire naître cette passion auprès des jeunes. Toute notre action culturelle est là, on développe les pratiques amateurs. On travaille sur ce média particulier qu’est la voix, qui a un pouvoir universel, ce que j’appelle « l’effet whaouh ». Si vous demandez à un ado quel est son artiste préféré, il citera un chanteur. Ma successeure [N.D.L.R, Alexandra Lacroix] va aussi développer la pratique amateur et la chorale.
Avez-vous des exemples de cette vulgarisation ?
La série Ça va bien en le chantant, où l’on invite les spectateurs à chanter, c’est ma signature. Elle est une grande réussite. La série Voix du monde permet une autre approche. On a aussi développé Les opéras sur écran, qui placent des œuvres lyriques à la portée de tous. On collabore avec les structures culturelles (Soufflerie, Lieu unique, musée d’arts, le château, centre chorégraphique) et l’Orchestre national des Pays de la Loire, bien sûr, parce que l’on ne peut pas faire d’opéra sans un grand orchestre.

La somptueuse salle Graslin de Nantes, où sont programmés des spectacles d’Angers Nantes Opéra. OUEST FRANCE archives
Comment se passe cette dernière saison ?
Elle est marquée par l’aspect financier. Avec les coupes budgétaires, on a dû réduire le nombre de spectacles. Mais j’ai tenu à garder une offre diversifiée, qui balaie quatre siècles d’histoire de l’opéra. On proposera une création, « Solaris » , d’Othman Louati.
Quel bilan faites-vous de vos années à Nantes et Angers ?
Il y a eu des zones d’ombre, avec deux saisons marquées par le Covid, puis des problèmes financiers. Ça pourrait être un bilan en demi-teinte, mais en regardant de près, on voit une maison d’opéra internationale avec de belles réalisations. On a montré notre capacité d’imagination et de réaction face aux difficultés, grâce à une équipe dynamique, d’une centaine de salariés.
Je suis fier d’avoir soutenu des créations comme celle de Guillaume Hazebrouck, avec un joli nombre qui sont des chefs-d’œuvre. D’ailleurs, en février, le théâtre du Châtelet, à Paris, reprendra notre production « L’annonce faite à Marie ».
Comment se présente votre retraite ?
Active, je rentre dans le conseil d’administration de l’Orchestre français des jeunes, de l’orchestre de chambre de Paris, la bibliothèque musicale Lagrange-Fleuret, à Paris. J’ai des projets d’écriture. Mais je reste vivre à Nantes, je suis bien dans cette ville.