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« On lâche tout » : le Noël particulier de l’organiste de la cathédrale d’Angers... |
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Thomas Pellerin, dos à l’hôtel, fait vivre l’univers mystique de l’orgue à la cathédrale d’Angers. © Ouest-France
À la cathédrale d’Angers, Thomas Pellerin prépare Noël au clavier. Il officiera les messes du 24 décembre à 19 h et celle du jour suivant à 18 h 30. Premier volet de notre série « Les visages de Noël ».
Dans la pénombre de la nef, seuls quelques tuyaux d’étain brillent encore. En haut, dans la tribune, Thomas Pellerin ajuste ses partitions. Pour lui, Noël ne commence pas dans la chaleur du salon, mais ici, au clavier, pour le moment le plus intense de l’année.
C’est une fête très importante pour les catholiques. Un moment joyeux. À Noël, on lâche tout
, s’impatiente l’homme d’une trentaine d’années, chargé d’enseigner l’orgue au Conservatoire d’Angers (Maine-et-Loire). Le regard passionné, il reconnaît la singularité de cet instant annuel, magique pour certains, mystique pour d’autres : La messe de Noël est toujours très spéciale pour nous. Mais, il faut reconnaître que nous ne sommes pas la seule profession à être à l’œuvre ce soir-là. C’est notre devoir.
Cette année, l’organiste accompagnera les messes le 24 décembre à 19 h et celle du jour suivant à 18 h 30. On a la chance d’être deux [avec Régis Prudhomme]. Ça nous permet d’être plus libres
, souligne-t-il. Quand on lui demande si la pression l’inquiète, l’homme affiche une sérénité déconcertante : J’ai l’habitude. Ici, on n’a pas l’impression d’être dans une cathédrale. L’espace est clos entre les deux buffets de l’orgue.

Pour le trentenaire, officier à la cathédrale d’Angers « est une chance ». Ouest-France
« J’aime me dire être un passeur d’histoire »
Depuis 2018, Thomas Pellerin officie à la cathédrale d’Angers. Une des plus belles de France. On joue sur un stradivarius [instrument prestigieux] tous les jours
, sourit-il. Conçu à l’horizon du quinzième siècle, l’objet est réputé pour son équilibre précis, sa finesse clinique. Chaque orgue est différent
, observe l’organiste. L’histoire, c’est aussi toute la liturgie des fêtes. Des connaissances qui se transmettent depuis le quatorzième siècle et l’avènement des premières partitions écrites. Le répertoire de Noël est unique. On ne peut le jouer qu’à ce moment-là. Alors on en profite
, explique le passionné.
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Les yeux rivés sur ses quatre claviers, Thomas Pellerin apprécie les moments d’improvisation. Ouest-France.
Un instrument vivant
Pendant les messes, Thomas Pellerin vivra l’instant dos à l’autel. La majorité du temps, on joue seul. Aussi, on accompagne les chants, on réagit au texte
, insiste-t-il. Pourtant, il ne ressent pas une solitude particulière. L’instrument est vivant. L’air est vivant. L’air se diffuse. C’est de l’ordre du souffle, de l’inspiration
, songe, pensif, l’instrumentaliste de minuit.