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César 2026. Un an après son César pour « L’histoire de Souleymane », Abou Sangaré a toujours le cinéma dans le viseur

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photo  abou sangaré devant la gare d’amiens. chaque jour, le jeune homme prend son train pour aller travailler à paris dans un tout autre domaine que le cinéma.  ©  nicolas montard / ouest-france 1

Abou Sangaré devant la gare d’Amiens. Chaque jour, le jeune homme prend son train pour aller travailler à Paris dans un tout autre domaine que le cinéma. © Nicolas Montard / Ouest-France

Un an après son César du meilleur espoir masculin pour « L’histoire de Souleymane », Abou Sangaré, travaille… pour une société de location de matériel professionnel, même s’il ne se tient pas très loin du monde du cinéma. Mais il espère toujours un titre de séjour de longue durée.

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Pour croiser Abou Sangaré dans la vie de tous les jours, il faut se lever tôt. Très tôt. Le jeune homme, qui se réveille à 4 h, prend l’un des premiers trains pour Paris, à plus d’une heure d’Amiens (Somme). Quand il pose de nouveau le pied dans la capitale picarde, il est 19 h 30. Quelques pas le séparent de son studio où, immanquablement, il allume la télévision pour regarder les informations, avant de visionner des films et séries.

La vie d’un jeune « navetteur » comme les autres. Sauf qu’Abou Sangaré n’est plus tout à fait comme les autres depuis qu’il a crevé l’écran dans « L’histoire de Souleymane ». Pour ce long-métrage de Boris Lojkine, il a été récompensé d’un prix d’interprétation à Cannes (section Un Certain Regard) en mai 2024, puis d’un César de la meilleure révélation en février 2025. Les 48 heures de la vie d’un jeune Guinéen, travaillant comme livreur à vélo, faisaient en partie écho à sa vie, lui qui est arrivé clandestinement en France à 16 ans, en 2017. Après avoir appris la mécanique à Amiens, il a longtemps vécu sous la menace d’une expulsion. En janvier 2025, devant une promesse d’embauche dans un garage, la préfecture de la Somme lui a délivré un titre de séjour salarié d’un an. Titre depuis prolongé d’une nouvelle année, peut-être bientôt de quatre, confie-t-il dans un café où il a ses habitudes, près de la gare d’Amiens : J’ai déposé le dossier. Je ne vais pas dire que j’ai confiance, je ne suis pas dans le bureau du préfet. Mais j’ai l’espoir que ça se concrétise.

Toujours sollicité, mais le travail avant tout

Si le cinéma a contribué à changer le regard sur son dossier, le quotidien d’Abou Sangaré n’est pas vraiment constitué de strass et de paillettes. Après avoir travaillé quelques mois dans un garage poids lourds picard, il s’occupe désormais du parc d’une société de location de matériel professionnel à Paris. Car, pour envisager une vie durable dans le territoire hexagonal avec des papiers, il doit travailler à plein temps. Et sacrifier une prometteuse carrière d’acteur ? Le cinéma n’a jamais été mon rêve, rappelle celui qui s’était présenté au casting de « L’histoire de Souleymane » presque par hasard. Avant d’être acteur, il me faut un titre de séjour de longue durée, donc, je travaille. Mais je suis sollicité, je reçois des scénarios, je passe des castings, j’en ai réussi. Des films devraient être tournés prochainement, mais envisager une réelle carrière cinématographique est une échéance plus lointaine, d’autant que le jeune homme souhaiterait se former dans une école de théâtre ou de cinéma, pour devenir un acteur complet. Ce que son titre de séjour lui interdit aujourd’hui.

Un an après sa formidable mise en lumière, il ne s’estime pas oublié. Il y a trois semaines, il dînait encore avec une partie de l’équipe de « L’histoire de Souleymane ». Il est régulièrement sollicité pour des rencontres, des projections auxquelles il ne peut pas toujours donner suite. Le travail encore, mais aussi sa volonté de privilégier Amiens à un déménagement dans la capitale. Ici, pour les démarches administratives, c’est différent de Paris, on nous regarde. C’est une ville plus humaine où les bénévoles font en sorte que personne ne passe la nuit dehors.

Une ville où il a pu obtenir un premier appartement à son nom, un bonheur quotidien quand on a vécu la vie d’un sans-papiers. Une ville où il est toujours suivi par les associations d’aide aux exilés, où il a ses amis aussi, même si, regrette-t-il devant son thé, le regard de certains a changé. Ils imaginent que j’ai des milliards, que je dois tout payer. C’est parfois un peu plus compliqué. Plus réfléchi et apaisé depuis un an, Abou Sangaré réfute cette idée d’être un porte-parole de la cause des sans-papiers : Je ne connais pas les parcours de tout le monde et je ne veux pas faire de politique. En revanche, si je peux faire passer des valeurs humaines par les films, je le ferai. Car le cinéma est une belle voie pour transmettre ces messages.

 
Nicolas Montard    Ouest-France  

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