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Verrières-en-Anjou. « Éveiller des ressources enfouies »... |
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Hoëlle Corvest en exercice. « Quelques ouvrages pour enfants sont édités, une vingtaine existe pour les grands ados et adultes. Cette pénurie de représentations en relief correspondant aux critères de lisibilité tactile, nécessite que ces productions soient associées à un guide textuel de lecture précisant la construction graphique de l’image. » © CO
Le 18 octobre, la Maison-Rouge accueille Hoëlle Corvest, pour un atelier de lecture tactile autour d’« Amazonia Touch » de Sebastião Salgado.
Entretien
Hoëlle Corvest, historienne, a été chargée du développement de l’accessibilité inclusive pour le public handicapé visuel à la Cité des Sciences, à Paris. Elle sera à la bibliothèque de Verrières-en-Anjou pour un atelier de lecture tactile, samedi.
En quoi consiste un atelier de lecture tactile ?
Hoëlle Corvest : « Il s’agit d’exercer la perception de la pulpe des doigts pour discerner les formes et reconstruire mentalement l’image qui se dessine. Ces ateliers sont à la fois une initiation et une sensibilisation : ils rappellent que le toucher, sens premier, a été largement oublié dans nos sociétés dominées par l’image. Depuis le XIXe siècle, l’accélération technologique a placé la vision au sommet. Le toucher, souvent perçu comme tabou, s’est effacé derrière le règne du rétinien. Or, tout être humain possède des capteurs tactiles capables de percevoir le monde autrement. Ainsi, ces ateliers peuvent éveiller parfois ces ressources enfouies et permettre aux personnes sévèrement déficientes visuelles de découvrir ce mode de connaissance et d’émotion très peu répandu. »
Pourquoi avoir choisi ce livre ?
« « Amazonia Touch » est un projet magnifique, il offre une interprétation tactile : montagnes, rivières, nuages, forêts amazoniennes, peuples autochtones… Tout y est transposé en relief. Le toucher donne accès à une émotion intime, une rencontre différente avec l’œuvre. »
Quel est votre parcours ?
« J’ai perdu la vision depuis l’enfance ; grâce à la connaissance et la pratique incessante du Braille, je suis devenue historienne, enseignante puis chargée du développement de l’accessibilité inclusive pour le public handicapé visuel à la Cité des Sciences. Progressivement, nous avons développé une certaine idée du développement du design universel. Cette ouverture aux fonctionnements de déficiences a pu déclencher une grande créativité de médias de présentations thématiques sous forme de postures corporelles, gestes, manipulations, expérimentations actives. Mais, cette orientation est souvent mise à mal par la magie des solutions vidéos animées et à effets spéciaux. Les musées d’art et/ethnographiques demeurent essentiellement visuels ; La réflexion et la connaissance de l’élaboration d’outils de médiation tactile sont peu fréquentes. »