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Trump sur les Champs-Élysées le 11 novembre ?... |
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Michel Duthoit, président de l'Association pour le développement des relations sociales. © D.R.
Le 11 novembre, la présence du président américain Donald Trump est annoncée aux commémorations de la fin de la Grande Guerre, sur les Champs-Élysées à Paris. Comme celle des autres représentants des pays alliés de 14-18 qui ont fourni des centaines de milliers de soldats pour libérer le sol français et mettre fin à la guerre en Europe, la présence du chef d’État américain n’est pas déplacée
La date du 11 novembre est, pour plusieurs pays dont le nôtre, celle qui a été retenue pour commémorer les morts de tous les autres conflits mondiaux.
L’Amérique y a d’autant plus sa place qu’outre son entrée en guerre, décisive en 1917, avec ses 120 000 jeunes militaires tués et ses 200 000 blessés sur des fronts éloignés de leurs frontières, elle a payé en 1944-1945 le prix de 400 000 nouveaux morts et d’autant de blessés pour la libération du nazisme et la fin du cauchemar de l’Holocauste en Europe.
Certes le 6 juin 1944, la France était en Normandie avec sa poignée de héros du Commando Kieffer, qu’avaient précédé quelques jours auparavant les Français intégrés dans les forces spéciales britanniques parachutées auprès de la Résistance, notamment en Bretagne. Mais rien que ce jour-là, ce sont près de 10 000 jeunes Américains dans la fleur de l’âge qui sont tombés, pour nous, loin de chez eux.
Plus récemment encore, sans l’intervention américaine en ex-Yougoslavie, les crimes contre l’humanité et le calvaire des civils dans ces contrées auraient pu aller au-delà du chiffre de 200 000 victimes avancées pour un conflit que les Européens étaient dans l’incapacité, à eux seuls, de résoudre.
Bref, tout cela justifie la présence de l’Amérique à Paris. Mais Trump ? Certes il y pavoisait déjà lors du défilé du 14-Juillet de 2017. On pouvait cependant espérer là une ouverture susceptible de modifier le comportement et les mauvaises manières de l’ex-candidat nouvellement élu.
Mais maintenant, il n’y a plus de doute : on sait. On a vu, entendu, lu. La dénégation du réchauffement planétaire, la fermeture des frontières, la séparation des enfants d’immigrés d’avec leurs parents, on le sait. Ses comportements outrageants à l’égard des femmes, son soutien aux personnalités scabreuses - ou pire - pour assurer ses majorités répressives, ses contre-vérités, son rejet des médias libres, ses manipulations des institutions policières, judiciaires, politiques, continuent à s’étaler de jour en jour.
L’Amérique, oui. Trump, non
Alors il faut être clair : oui, trois fois oui à l’hommage commun au peuple américain, à sa jeunesse tombée, à la bataille pour la démocratie, les Droits de l’Homme et souvent même la paix, menée également par ce grand pays. Mais on ne peut accepter que cet hommage soit rendu par l’intermédiaire d’un tel personnage, dangereux pour son pays comme pour le monde entier.
On objectera que la donne peut changer si Poutine y est annoncé. Un sommet diplomatique, surtout organisé sous l’égide de la France, pays des Lumières, de Liberté et de Fraternité, pourquoi pas évidemment ?
Mais un autre jour, à un autre moment, avec une préparation sérieuse par des diplomates capables de mettre sur la table les problèmes brûlants de la planète.
Et pour l’hommage au peuple américain, au risque d’un froissement diplomatique, la France se grandirait en invitant une des figures américaines rassembleuses, humanistes dont ce grand pays ne manque pas. Est-ce encore possible ?