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TÉMOIGNAGES. Quand l’alcool des parents empoisonne les enfants... |
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Les réunions des groupes Al-Anon et Alateen aident les parents et les proches de malades à faire face au fléau de l’alcool dans le cercle familial. © Archives Jean-Michel Niester Ouest-France
L’alcool est un poison qui contamine toute une famille. Pour aider les jeunes confrontés à cette situation, l’association Al-Anon/Alateen groupes familiaux leur propose des réunions.
Il faut bien sauver les apparences devant les autres membres de la famille ou les copains. Des adolescents exposés à l’alcoolisme d’un père ou d’une mère ne manquent pas d’imagination.
 Quand une maman n’est pas en état de venir à une réunion de parents d’élèves, un enfant va mentir. Il fait croire qu’elle est malade ou retardée à son travailÂ
, explique Annick, membre du groupe de Rennes (Ille-et-Vilaine) de l’association Al-Anon qui propose pour les adolescents un groupe Alateen. Ces groupes familiaux ont vu le jour dans le sillage des Alcooliques anonymes pour aider les proches des malades de l’alcool qui souffrent par ricochet.
« Avoir des marques d’affection, c’était très difficile »
Martine, une mère de famille des Côtes-d’Armor, a ainsi été confrontée dans sa jeunesse à un papa alcoolique et à une maman sans cesse angoissée par cette situation.  Sur le plan matériel, nous avions tout ce qu’il fallait mais c’était très compliqué pour elle de s’intéresser à ses enfants. Pour avoir des marques d’affection, c’était très difficileÂ
, se souvient-elle.
Elle en fait la cruelle expérience lorsqu’elle rend visite à des amis et voit leurs parents vraiment à l’écoute de leurs enfants. Elle n’a pas oublié, non plus, ce voyage en Italie et le coup de fil passé à sa maman qui lui demande juste la date de son retour, sans se montrer curieuse des monuments visités.  C’est lourdÂ
, lâche-t-elle.
La découverte de l’alcoolisme d’un parent, c’est aussi une véritable déflagration dans le cercle familial. Un jour, Anne-Françoise, une mère de famille qui vit à Valence (Drôme), dit clairement à ses filles que leur père est malade de l’alcool.  Je faisais entrer le mot « alcoolique » dans la maison. Ma plus jeune fille s’est cachée dans son lit. Elle m’a dit qu’elle pensait vivre dans une famille normaleÂ
, raconte Anne-Françoise, qui anime ce groupe Alateen.
Pour ces jeunes, pousser la porte du groupe Alateen n’est jamais simple. Surtout, c’est le fruit de leur seule décision, même si l’idée leur est suggérée par un parent ou un proche.  Cela leur permet de déculpabiliser. Des enfants peuvent penser qu’un parent est alcoolique parce qu’ils travaillent mal à l’écoleÂ
, disent ces mères de famille.
Et puis, ils se rendent compte qu’ils ne sont pas les seuls à vivre cela. Au sein du groupe Alateen, ils discutent entre eux. Il n’y a pas de jugement. On leur explique que l’alcoolisme, c’est une maladieÂ
, poursuivent-elles. Â Pour un enfant, il faut pouvoir se construire avec ce lourd fardeauÂ
, insiste Annick.
Pratique. Le site https://al-anon-alateen.fr recense les contacts de l’association qui tiendra son congrès national du 22 au 24 mars 2024, à Saint-Jacut-de-la-Mer, dans les Côtes-d’Armor (congresalanonbretagne@gmail.com). Pour les jeunes, il y a aussi ces relais : genevievealanon@yahoo.fr et Élisabeth au 06 62 24 45 83.
Grâce aux autres, on peut aller mieux
Depuis quatre années, Clémence, 18 ans, qui habite à Marseille, fréquente le groupe Alateen : « Ces réunions comptent pour moi. Je me sens comprise et écoutée. On y laisse les jeunes parler, même si c’est long. C’est un grand soutien. J’ai pu voir d’autres jeunes qui sont dans le même cas et qui vivent parfois des situations pires que la mienne. Cela m’a aidée à mieux comprendre la maladie de mon père. Quand il est alcoolisé, je sais que ce n’est pas vraiment lui. Mais pour un enfant, prendre conscience de l’alcoolisme d’un parent, c’est dur, c’est une déception. C’est bouleversant. Je suis toujours en train de guérir de cela car les proches sont aussi touchés par l’alcoolisme. La présence des animatrices aux réunions est importante car elles ont aussi vécu avec ces proches alcooliques. Elles nous écoutent avec patience. C’est avec les autres et grâce aux autres que l’on peut aller mieux. »