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Santé. L’apathie est-elle dangereuse pour les personnes qui en souffrent ?... |
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Qu’est-ce que l’apathie ? Photo d’illustration. © Getty Images/iStockphoto
L’indifférence, l’insensibilité, la perte d’émotions inhabituelle… Ces différents symptômes peuvent être causés par ce qu’on appelle l’apathie. Cet état est souvent confondu avec la dépression, car les symptômes restent assez proches. Alors, qu’est-ce que l’apathie ? En quoi est-ce dangereux ? Comment « soigner » cet état ? Mélanie Bouton, psychologue à Rennes (Ille-et-Vilaine), fait le point.
L’apathie serait le premier symptôme psychologique recherché sur Google en France, en 2025, selon une étude réalisée par le site Unobravo, spécialisée sur les sujets liés à la santé mentale. Qu’est-ce donc que l’apathie ? Est-ce dangereux pour les personnes dans cet état ? Comment la soigner ? Avec l’aide de Mélanie Bouton, psychologue spécialisée en neuropsychologie, Ouest-France vous répond.
Qu’est-ce que l’état apathique ?
D’après la Haute autorité de santé (Has), l’apathie est « un déficit persistant de la motivation rapporté par le sujet lui-même ou par l’entourage. […] Elle comporte des dimensions comportementales (diminution des comportements volontaires dirigés vers un but), cognitives et émotionnelles . » Les symptômes pouvant signaler une apathie sont « la perte de motivation du patient, la réduction de son activité sociale, du désintérêt sur ce qui se passe autour de lui, des troubles émotionnels… »
Pour la psychologue Mélanie Bouton, l’apathie peut être identifiée de deux manières : « Un changement de comportement va être un motif de consultation chez le médecin », qui va ensuite creuser parmi de nombreux facteurs (âge, antécédents médicaux et psychologiques, contexte de vie…) pour trouver la source de cette apathie. Toutefois, lorsqu’une personne va chez le médecin, « la première cause recherchée est une lésion cérébrale (comme un AVC), un changement de traitement ou une intoxication ». Puis si rien n’est trouvé, d’autres hypothèses sont formulées.
Mais généralement, l’apathie est identifiée « alors que le patient est atteint d’une autre pathologie dans laquelle on retrouve le symptôme d’apathie, comme certaines pathologies dégénératives type Alz heimer ou Parkinson par exemple, ou des troubles psychiatriques comme la dépression », déclare la spécialiste.
Le problème n’est pas l’émotion, mais le comportement pour y faire face
« Aucune émotion n’est mauvaise », explique Mélanie Bouton. « Si elles existent, c’est pour signaler que quelque chose ne va pas, elles sont vitales. Par exemple, sans peur face à un danger, on risque d’être blessé. » Mais lorsque l’on est confronté à une émotion désagréable, « ce qui peut être le cas de la majorité des émotions en dehors de la joie », nous adoptons un comportement qui supprime cet état, pour éviter d’y faire face.
Par exemple, si une personne est triste, elle peut se sentir lourde « ce qui est très désagréable » et elle va tenter d’enfouir ce ressentit en restant au lit. On va alors intégrer à court terme que c’est confortable d’éviter cette émotion. Dans une situation similaire, on répètera donc le même schéma. « Ce cercle vicieux, trop longtemps répété, risque d’amener la personne vers plus de dépression et donc moins de motivation. Ainsi, le problème n’est pas vraiment l’émotion, mais plutôt le comportement qui suit », détaille la psychologue, spécialisée en neuropsychologie.
Comment « soigner » l’apathie ?
Si l’apathie est liée à une pathologie, la piste d’intervention reste médicale, en traitant la cause principale par des médicaments ou une opération. Cela pourra jouer sur l’apathie. Si le problème est lié à une cause somatique (trouble moteur, AVC, déficit sensoriel), « alors le médecin traite cette cause afin de tenter de réduire l’apathie. »
Une autre intervention possible est le suivi psychologique, où le patient détermine ce qui peut être à l’origine de son apathie. Avec le professionnel de santé, il travaille sa motivation, tout en l’aidant à identifier les impacts négatifs de son état dans son quotidien. « Ça sera un levier pour susciter de la motivation au changement et réinstaurer des activités qui auront du sens pour la personne », conclut Mélanie Bouton.