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Rétractation de Ziad Takieddine : un procès requis contre Nicolas Sarkozy, Carla Bruni et Michèle Marchand... |
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Nicolas Sarkozy avec ses avocats au tribunal judiciaire de Paris en début d’année 2025, lors du procès du financement libyen présumé de sa campagne présidentielle de 2007. © Stéphane Geufroi / Ouest-France
Le parquet financier demande que l’ex-président soit jugé pour recel de subornation de témoin et participation à une association de malfaiteurs dans l’enquête sur des manœuvres frauduleuses pour le disculper des soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Nicolas Sarkozy a toujours contesté les faits qui lui sont reprochés. Au juge d’instruction désormais de statuer sur un éventuel renvoi devant le tribunal correctionnel.
Nicolas Sarkozy a été condamné pour association de malfaiteurs par le tribunal correctionnel de Paris dans l’affaire dite du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Plus de deux mois après ce jugement, dont il a interjeté appel, et son incarcération à la prison de la Santé, un nouveau procès vient d’être requis par le parquet national financier (PNF) contre l’ex-président, dans une procédure incidente au dossier central : celle sur la rétractation impromptue, possiblement monnayée, du sulfureux affairiste Ziad Takieddine, décédé le 23 septembre au Liban, concernant ses accusations de financement de la campagne du candidat de l’UMP par le régime du dictateur Mouammar Kadhafi.
Dans un communiqué, le PNF précise qu’il demande le renvoi devant le tribunal de l’ancien chef de l’État pour « recel de subornation de témoin » et « participation à une association de malfaiteurs en vue de commettre une escroquerie en bande organisée ». Ainsi que celui de dix autres mis en examen dans cette procédure, dont Carla Bruni-Sarkozy, l’épouse de l’ancien chef de l’État, uniquement pour association de malfaiteurs, Michèle Marchand (appelée « Mimi Marchand »), reine des paparazzis, pour subornation de témoin et association de malfaiteurs en vue de commettre une escroquerie en bande organisée et association de malfaiteurs en vue de corrompre des personnes exerçant des fonctions juridictionnelles au Liban. Le PNF réclame aussi un procès pour les mêmes infractions contre l’intermédiaire Noël Dubus. Et contre l’entrepreneur David Layani. Aux juges d’instruction désormais de statuer sur un renvoi, ou non, devant un tribunal correctionnel.
Nicolas Sarkozy dément toute implication
Toutes les personnes mises en cause sont soupçonnées d’avoir voulu tromper la justice française, notamment en obtenant, en échange d’une possible rémunération, la rétractation des accusations contre Nicolas Sarkozy du franco-libanais Ziad Takieddine, affirmant qu’il avait effectivement touché des fonds du dictateur libyen. Ce revirement spectaculaire avait donné lieu, en novembre 2020, à une retentissante interview sur BFMTV et un article dans Paris Match. Avant une autre volte-face, quelques mois après, quand l’affairiste est entendu par des magistrats français à Beyrouth où il était en fuite depuis sa condamnation, en juin 2020, dans l’affaire Karachi, portant sur des rétrocommissions occultes en marge de contrats d’armement dans les années 1990 : il assure alors que ses propos ont été déformés, recommençant à incriminer Nicolas Sarkozy.
Une information judiciaire est finalement ouverte en mai 2021. La justice se demande si Nicolas Sarkozy a avalisé des manœuvres présumées pour obtenir le revirement de Takieddine, qui restait l’un des principaux témoins à charge contre lui. Les enquêteurs ont un temps chiffré à plus de 600 000 € les sommes ayant pu être utilisées pour financer l’opération, appelée « Sauver Sarko » par certains protagonistes.
Requêtes en nullité de leur mise en examen
Les investigations ont par ailleurs fait apparaître une possible tentative de corruption de magistrats libanais au premier semestre 2021 visant à faire libérer l’un des fils Kadhafi, Hannibal, détenu au Liban. Ceci dans l’espoir d’obtenir, en échange, des éléments pour dédouaner encore Nicolas Sarkozy des accusations de financement libyen.
Dans cette enquête, principalement basée sur la téléphonie, le couple Sarkozy impute à Mimi Marchand, qualifiée de « manipulatrice », la responsabilité des manœuvres engagées et nie avoir joué un rôle. L’ex-chef de l’État a seulement reconnu avoir été tenu informé du revirement de Takieddine un mois environ avant sa diffusion.
Nicolas Sarkozy et Carla Bruni-Sarkozy ont tous deux saisi la cour d’appel de Paris pour demander la nullité de leur mise en examen. Requêtes pas encore examinées par la chambre de l’instruction.