Accueil Info En France et dans le Monde Reprise des papeteries Condat en Dordogne : 90 % des salariés vont être licenciés, l’activité de l’entreprise va changer

Reprise des papeteries Condat en Dordogne : 90 % des salariés vont être licenciés, l’activité de l’entreprise va changer

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photo  l’usine des papeteries condat à lardin-saint-lazare, en dordogne, photographiée le 13 octobre 2025.  ©  pascal lachenaud / archives afp 1

L’usine des papeteries Condat à Lardin-Saint-Lazare, en Dordogne, photographiée le 13 octobre 2025. © PASCAL LACHENAUD / Archives AFP

Lundi 2 mars, le tribunal de commerce de Bordeaux a accepté l’offre de reprise de Condat Solutions pour les papeteries Condat, situées en Dordogne. Cette offre prévoit une reconversion de l’activité de l’entreprise et le licenciement de 90 % des salariés. Une situation qui met en lumière les difficultés de ce secteur.

La reprise, annoncée lundi 2 mars 2026, des papeteries Condat en Dordogne par un spécialiste de la reconversion industrielle, avec le licenciement de 90 % des quelque 200 salariés et la promesse d’un nouvel avenir pour cette usine historique, illustre les difficultés du secteur en France, rapporte l’Agence France-Presse (AFP).

Le tribunal de commerce de Bordeaux a retenu l’offre de Condat Solutions, filiale de la Société de participation de la Braye (SPB), pour acquérir le site plus que centenaire du Lardin-Saint-Lazare, propriété du groupe espagnol Lecta depuis 1998, moyennant un million d’euros.

Seuls 21 salariés actuels sont repris, les 175 autres sont licenciés, alors que l’effectif avait déjà été réduit de moitié lors d’un plan social en 2023.

« Un énorme gâchis», selon la CGT

Philippe Delord, délégué CGT, dénonce « un énorme gâchis » annoncé « en visio » aux salariés. En incluant les sous-traitants, « 210-215 » emplois sont concernés selon lui. « Beaucoup sont dans mon cas. Je suis rentré à 18 ans, j’en ai bientôt 54, c’est très difficile de se reconvertir à mon âge », redoute le syndicaliste.

SPB, qui a déjà orchestré la reconversion d’une ancienne papeterie Arjowiggins dans la Sarthe, où sont produits désormais des gants médicaux, veut créer 300 postes sur le site périgourdin à travers un « projet de réindustrialisation multi-sectoriel » destiné à « l’adapter aux mutations du marché ».

Lire aussi : « C’est un bébé qu’on porte depuis six ans » : reprise très incertaine de la papeterie Chapelle Darblay, près de Rouen

« Ça peut devenir une aubaine pour le territoire », espère la maire

Le groupe cite notamment la production d’alumine décarbonée – matière première destinée notamment à l’industrie automobile –, d’un substitut bas carbone aux composants issus de la pétrochimie pour les cosmétiques, ou encore le déploiement d’un cluster de supercalculateurs pour l’Intelligence artificielle.

« Si l’embauche de 300 salariés et les 700 millions d’investissements promis se concrétisent, ça peut devenir une aubaine pour le territoire », espère Francine Bourra, maire du Lardin-Saint-Lazare, commune de 2 000 habitants.

Une usine plus que centenaire

L’usine, créée en 1907 entre Périgueux et Brive-la-Gaillarde, pour fabriquer des produits tannants destinés à l’industrie du cuir avant de se réorienter vers la pâte à papier, a employé jusqu’à 1 200 personnes. Avant le plan social de 2023, c’était encore le plus gros employeur privé de Dordogne, avec environ 400 salariés.

La fabrication de papier couché pour l’édition de livres, de magazines ou d’affiches publicitaires avait alors été stoppée, le site se recentrant sur la glassine, du papier siliconé destiné notamment aux étiquettes. La région Nouvelle-Aquitaine avait prêté 19 millions d’euros, à taux zéro, pour investir dans cette ligne.

Parallèlement, l’Agence de la transition écologique avait cofinancé à hauteur de 14 millions d’euros l’achat d’une chaudière biomasse pour réduire la facture énergétique, via une filiale liquidée lundi.

Mais ces aides publiques n’ont pas empêché les comptes de plonger dans le rouge et en octobre dernier, Condat était placé en redressement judiciaire à la demande de Lecta, qui possède plusieurs usines en Espagne et en Italie.

Recul de la production de papier et de carton

Secoué par le développement des supports numériques, concurrencé au premier chef en Europe par l’Allemagne, dans le monde par la Chine et les États-Unis, souffrant de l’envolée des prix de l’électricité, le secteur est en grande difficulté.

Depuis deux décennies, la production des papiers et cartons en France a reculé de 10 à 6,5 millions de tonnes, et la consommation de 11 à 7,2 millions de tonnes, d’après la Confédération française de l’industrie des papiers, cartons et cellulose. En 2024, un léger rebond de l’activité n’a pas compensé la chute enregistrée l’année précédente.

De 2014 à 2023, la filière a perdu 10 % de ses sites de production et un quart de ses effectifs, selon l’interprofession. Et la tendance se poursuit : en 2024, la Papeterie Saint-Michel (65 salariés) a fermé en Charente et l’usine centenaire Stenpa (130) a été liquidée dans la Meuse.

Lire aussi : Investissement et embauches : le gros pari de la papeterie Le Bourray

Fin juin 2025, Lecas Industries près d’Angoulême – propriété du groupe Hamelin, l’un des leaders européens du secteur basé à Caen – a baissé le rideau avec 69 salariés licenciés.

Les usines de pâte à papier du groupe Fibre Excellence, qui emploient 275 personnes à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et 270 à Tarascon (Bouches-du-Rhône), sont également en grande difficulté.

Le mois dernier, l’État s’est dit prêt à les soutenir financièrement, à la condition d’un « engagement » des actionnaires sur la pérennité de l’activité.

 
Ouest-France  

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