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REPORTAGE. « S’il faut reconstruire un pont… » : après les inondations, le Maine-et-Loire inspecte ses routes... |
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Depuis lundi 2 mars 2026, les agents du conseil départemental de Maine-et-Loire inspectent une à une les portions de route endommagées par les inondations, comme ici, à Cheffes. © Simon Torlotin / Ouest-France
Au plus fort des crues qui ont frappé le Maine-et-Loire entre mi-février et début mars 2026, 45 routes départementales ont été inondées et fermées à la circulation. Depuis lundi 2 mars, les agents du conseil départemental les inspectent une à une afin de constater et évaluer les dégâts pour en chiffrer les réparations. Sur un simple bout de 20 mètres de long, la facture peut grimper à 10 000 €.
Le chauffeur routier baisse sa vitre… Ah ouais quand même !
Ouais, quand même…
répond en écho Sylvain Geindreau. Ce mercredi 4 mars 2026, Un pied dans le talus, l’autre sur la chaussée de la route départementale 190, le chef du centre d’exploitation du Lion-d’Angers empoigne l’un de ces bouts de bitume que l’eau a tordus, soulevés, arrachés, en bord de chaussée. Le résultat, multiplié à l’envi, des inondations qui ont frappé le Maine-et-Loire entre mi-février et début mars.
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Sur cette petite route qui relie Cheffes à Champigné, ces 20 mètres de goudron sont représentatifs de ce que les agents du conseil départemental découvrent depuis que l’eau s’est retirée. Ici, la chaussée avait disparu sous une vingtaine de centimètres d’eau, décrit Loïc Fourreau, responsable de l’agence technique départementale Angers Segré. Même si elle était plutôt stagnante, sa circulation a dégradé le remblai qui soutient la couche de bitume. Et quand le remblai part, le bitume part avec…

Loïc Fourreau, chef de l’agence technique départementale Angers Segré. Simon Torlotin/Ouest-France
Se retournant sur la chaussée qu’il vient de mesurer avec sa roulette, Stéphane Danger soupire… Malgré le progrès technologique, on reste impuissant face à la force de la nature. On subit.
À quelques mètres de lui, au milieu de la voie de circulation cette fois, une fissure entaille le bitume. Elle ne se comblera pas, elle ne restera même pas en l’état, prévient le technicien. Il faudra décaisser la chaussée sur 80 centimètres, remonter le remblai et refaire les couches qui composent la route…
« Là-bas, il n’y a aucune bonne nouvelle »
C’est justement pour cela que d’Angers à Cheffes, de Montjean-sur-Loire aux Ponts-de-Cé, en passant par Savennières, depuis lundi 2 mars, le conseil départemental déploie ses agents partout où une route a été inondée. Pour constater les dégâts, sécuriser les zones concernées et entamer le chiffrage des réparations. Pour cette petite portion de 20 mètres sur la route départementale 190, la facture sera comprise entre 5 000 € et 10 000 € »,
estime ainsi Loïc Fourreau.

Sur la route départementale 190, entre Cheffes et Champigné, l’eau a arraché le remblai soutenant la route, entraînant le bitume fragilisé ensuite. Simon Torlotin/Ouest-France
Mais c’est plus au sud, sur la fameuse RD 132, que les dégâts sont les plus conséquents. « Là-bas, il n’y a aucune bonne nouvelle », soupire le responsable d’agence. Une portion complète de la chaussée a même tout simplement disparu avec la crue de la Loire. Symboliquement, c’est là que, vendredi 6 mars, Florence Dabin annoncera un premier chiffrage des réparations à engager sur le réseau routier. Confrontée à une situation comparable, la Gironde vient d’annoncer qu’il lui en coûterait 5 millions d’euros. Le Finistère, 3 millions.
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Et encore, en Maine-et-Loire, les ouvrages d’art semblent avoir plutôt bien résisté. C’était ma principale crainte,
confie Loïc Fourreau. Parce que s’il faut reconstruire un pont, ce n’est pas la même chose…
Le cas semblant écarté, deux ponts restent tout de même sous surveillance
. Celui sur le Louet, entre Mûrs-Érigné et Les Ponts-de-Cé, soumis à l’énorme pression de l’eau qui remplissait entièrement ses arches ; et celui de la boire du Chapeau, entre Chalonnes et Saint-Georges-sur-Loire, le seul dont le tablier a été entièrement recouvert d’eau.
Un camion vaut un million de voitures
Heureusement, quelques routes ont bien résisté. Notamment les plus passantes de toutes, les fameuses voies sur berges d’Angers. Inondées volontairement pour équilibrer les forces gigantesques leur pesant dessus, elles sortent quasiment indemnes de cet épisode climatique. L’éclairage a bien résisté à l’eau ; les caméras ont pu être réinstallées et fonctionnent ; le système incendie aussi, comme celui de pompage »,
liste Loïc Fourreau. Le bitume n’a pas bougé, pas plus que la structure. Mais dès le début, elles avaient été conçues pour résister à ce genre de phénomène…
À leur réouverture, plusieurs routes sont restées interdites à la circulation des camions de 7,5 tonnes et plus. Histoire de ne pas aggraver une situation déjà complexe. Parce que le passage d’un seul 38 tonnes impose autant de contraintes à une chaussée que celui d’un million de véhicules légers »,
insiste Loïc Fourreau. Comme dirait l’autre, ah ouais, quand même…