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REPORTAGE. Industrie et durabilité, pas si simple pour les petites entreprises

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photo  xavier moreau et serge deslandes, dirigeants associés de la société vendéenne deslandes moreau au salon de l’industrie du grand ouest.  ©  ouest-france 1

Xavier Moreau et Serge Deslandes, dirigeants associés de la société vendéenne Deslandes Moreau au salon de l’industrie du Grand Ouest. © Ouest-France

Mesurer son empreinte carbone, produire durablement… Les petites sociétés industrielles n’ont pas toutes passé le pas. Manque de temps, de moyens ou pas besoin. Reportage au salon de l’industrie du grand Ouest.

Durabilité, écoconception, mesurer l’empreinte carbone. Des démarches qui semblent devenues évidentes dans le monde de l’entreprise. Pour tout le monde ?

Les grands donneurs d’ordre, dans l’industrie, ont une obligation de CSRD, acronyme pour expliquer qu’ils doivent présenter une comptabilité extra-financière avec des mesures de durabilité sur les sujets d’environnementaux, sociétaux et de gouvernance.

Les entreprises de plus de 250 personnes devront y passer au 1er janvier 2025. Mais comment faire quand les sous-traitants de rang 2 ou 3 sont loin de présenter les critères requis ? Reportage dans les allées du Salon de l’industrie du Grand Ouest qui a fermé ses portes ce vendredi 4 octobre 2024.

« Pas eu le temps de voir cela »

Depuis Le Boupère, Deslandes Moreau, avec 45 salariés, est un sous-traitant dans la métallurgie avec un chiffre d’affaires de 6,7 millions d’euros.  Pas eu le temps de voir notre empreinte carbone, avoue le dirigeant Xavier Moreau. Économie d’énergies, oui pour ne pas payer davantage, recyclage des déchets par obligation mais les autres questions n’ont pas été dans nos priorités. 

Maintenant, il est vrai que des clients commencent à lui demander son empreinte carbone.  Comment on va faire ? 

L’entreprise risque d’avoir une belle occasion avec une extension de 2000 m² de son usine. La CCI de Vendée lui propose l’accompagnement « usine du futur » où ces questions de durabilité sont intégrées.  Une vraie opportunité. Ce n’était pas notre priorité mais nous n’avons plus le choix.  Le dirigeant envisage même d’embaucher à terme une personne pour suivre toutes ces questions.

Chez Abaque, à Puceul (Loire-Atlantique), pas de label RSE, peu de normes. Et pourtant cette société de 30 personnes fait dans l’emballage technique pour des grands groupes depuis plus de 20 ans. Sa dirigeante, Pascale Rochart, sent bien que depuis un an, les acheteurs demandent immédiatement le bilan carbone ou la démarche qui tend vers celui-ci.  Nous sommes fabricants de mousse polyéthylène, du pétrole au départ. Pas très vert ainsi. Et pourtant, j’explique à mes clients que ce produit va dans la poubelle jaune et se recycle à l’infini. 

Abaque n’a pas de démarche globale RSE,  et cela ne m’empêche pas de travailler avec des grands noms de l’industrie. Ils valident eux-mêmes mes process. J’essaye au maximum de proposer des solutions d’emballage monomatérieux pour rendre le recyclage plus simple. 

Elle propose depuis quelques mois de la mousse de bois,  mais forcément à un coût plus élevé. 

Pas de mesures d’empreinte carbone dans la société mais la dirigeante sait qu’elle va devoir y aller. Pas simple pour une petite PME.  Au salon j’ai trouvé un ERP qui propose aussi le calcul de l’empreinte carbone, je vais y réfléchir. 

Qui paye au final la durabilité ?

Socomo Labourier fait de l’usinage pour l’industrie à Saint-Herblain (Loire-Atlantique) avec 17 personnes et un chiffre d’affaires de 2,5 millions d’euros.  Nos grands donneurs d’ordre nous le demandent déjà. Nous sommes Iso 1400, la norme AFNOR de la RSE. Nous avons réussi à la faire car nous sommes dans un grand groupe, Armoric Holding. Autrement cela aurait été plus difficile,  avance Thomas Vallée, directeur commercial pour le groupe.

Mais même avec des labels, quand la société veut aller plus loin dans la durabilité, la question qui revient en permanence est : qui paye au final ?

L’autre PME du groupe, qui partage le stand au salon de l’Industrie, Prolitol, explique un cas concret.  Nous sommes à Romorantin, spécialisée dans transformation des matières premières. Pour transporter nos pièces nous avons besoin de palettes et de protection, explique le dirigeant Grégory Peschard. R écemment j’ai proposé à un client une solution durable : des supports métalliques avec un système de consignes, alternative aux palettes en bois. La question a été : mais qui va absorber ce coût supplémentaire ?  Paradoxe, utiliser moins de déchets, devient plus cher. Dans une période économique tendue, il faut davantage durer avant de penser durabilité.

Ainsi le bilan coût avantage est dans toutes les réflexions des dirigeants. À tel point qu’un dirigeant présent au salon, d’une belle PME de solutions industrielles en Mayenne, et qui veut rester anonyme, explique :  Je travaille avec des donneurs d’ordre dans les énergies nouvelles renouvelables. Ils ne me demandent pas de démarches dans ce sens. Ils me l’imposeraient, les prix augmenteraient aussi. Alors on reste ainsi. 

Quatrium, un réseau d’accélérateur de la transformation des PME industrielles, sait que de nombreuses sociétés sont encore loin de ces préoccupations de décarbonation. Manque de temps, d’argent…  Ou bien ils peuvent aussi trouver cela injuste : pourquoi c’est à moi de venir sauver la planète ? Cette stratégie peut tenir sur un court terme. Pas à moyen terme, explique Pascal Thoby au Cetim, membre du Quatrium avec Proxinnov, Wenetwork et Clarté. A ctuellement les fournisseurs de rang 1 se voient imposer une trace carbone par leurs donneurs d’ordre. Les sous-traitants de rang 2 et 3 vont devoir y passer.  Et d’y voir de nombreux avantages : protéger des marchés, être attractif pour les recrutements…

Quatrium propose, à leurs adhérents, des montées en compétences sur ces sujets, comme des accompagnements pour des éco-conception.

 
Élisabeth MONTAUFRAY-BUREAU.    Ouest-France  

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