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REPORTAGE. Aux États-Unis, une usine à bitcoins mine le quotidien d’un village paisible

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photo  abi buddington (à gauche) et phil bracht (au centre) dénoncent l’aberration écologique que représente la « ferme à bitcoins » installée dans leur ville de dresden, dans l’état de new york.  ©  elie courboulay 3

Abi Buddington (à gauche) et Phil Bracht (au centre) dénoncent l’aberration écologique que représente la « ferme à bitcoins » installée dans leur ville de Dresden, dans l’État de New York. © Elie COURBOULAY

Une ferme de minage de bitcoins installée dans une petite ville du nord de l’État de New York suscite la grogne de résidents, qui dénoncent un désastre écologique. Pour refroidir ses ordinateurs qui produisent la cryptomonnaie, la société Greenidge pompe dans le lac voisin et y rejette une eau à 42 °C.

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L’ordinaire des Finger Lakes, ces grandes étendues d’eau en forme de doigts à 350 km au nord de New York, c’est une vie tranquille, au rythme des vendanges et de la pêche à la truite. Mais depuis 2017, le petit village de Dresden et ses 300 habitants vivent au son d’un étrange bourdonnement. Sept jours sur sept, 24 heures sur 24, il émerge du 500, rue de la Centrale, en bordure du lac Seneca. « Il faut bien qu’ils refroidissent leurs 10 000 ordinateurs qui tournent en continu pour miner des bitcoins », explique Abi Buddington, résidente de Dresden.

« Ils », c’est l’entreprise Greenidge Generation LLC. En 2017, elle a redonné vie à une ancienne centrale à charbon, fermée en 2011, pour produire la fameuse cryptomonnaie, en fait des successions de codes informatiques qui demandent beaucoup d’ordinateurs et d’énergie. Vu de l’extérieur, le bâtiment des années 1950, orné de trois grandes cheminées de briques rouges, tient plus de la filature que d’une entreprise dédiée à la « tech ».

photo le village de dresden, qui compte 300 habitants, est situé à 350 km au nord de new york.  ©  infographie ouest-france

Le village de Dresden, qui compte 300 habitants, est situé à 350 km au nord de New York. INFOGRAPHIE OUEST-FRANCE

Accolé à la centrale, un étrange tuyau rouillé long d’une centaine de mètres plonge dans le lac pour y prélever jusqu’à 500 000 mètres cubes d’eau par jour, afin d’alimenter le système de refroidissement de 11 700 ordinateurs. De l’eau renvoyée dans le lac à une température qui peut atteindre 42 °C. C’est conforme à la réglementation, mais bien loin de la température moyenne du lac, environ 20 °C en juillet.

« C’est le problème, souffle Abi Buddington. Le Département de protection de l’environnement a renouvelé les mêmes permis que du temps de la centrale à charbon, sans faire de nouvelle étude d’impact environnemental. »

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L’eau chaude est rejetée dans une petite rivière qui coule à proximité de l’usine, une zone privilégiée pour la reproduction des truites, peu habituées à pareil jacuzzi. « Aux beaux jours, les gens se baignent à la sortie du courant pour profiter de l’eau plus chaude », ajoute Phil Bracht, un sexagénaire à la retraite, qui habite Dresden depuis 2008.

photo l’usine de minage de bitcoins, en bordure du lac seneca.  ©  elie courboulay

L’usine de minage de bitcoins, en bordure du lac Seneca. Elie COURBOULAY

Greenidge a remis en route la centrale pour produire l’électricité nécessaire à ses ordinateurs. Le charbon a été remplacé par du gaz, de quoi mettre en avant un modèle « respectueux de l’environnement ». L’entreprise, qui a émis plus de 220 000 tonnes de CO2 en 2020, autant que 13 750 Américains, se vante même d’avoir une empreinte carbone neutre. « C’est une blague, ricane Yvonne Taylor, présidente de l’association Seneca Lake Guardian. Ils achètent juste des droits à polluer sur le marché du carbone. »

Contactée, la direction de Greenidge se contente de répéter que « tout est fait selon les règles et les permis » accordés par l’État de New York. L’entreprise assure « miner » entre sept et huit bitcoins par jour pour un coût inférieur à 3 000 dollars par bitcoin. Très volatil, le cours de la cryptomonnaie s’affichait à 33 620 dollars le 29 juillet.

Greenidge prévoit d’augmenter sa production, ce qui signifie de nouveaux ordinateurs en plus des 11 700 déjà en marche. Actuellement, ces ordinateurs utilisent 19 mégawatts d’électricité, mais la société prévoit de doubler ce chiffre d’ici à fin septembre, puis d’atteindre les 85 mégawatts l’année prochaine. Plus d’électricité pour toujours plus d’ordinateurs, dont certains seront stockés dans des préfabriqués installés sur le terrain de la centrale.

Depuis septembre, la production américaine de bitcoins a plus que doublé pour atteindre 17 % du total mondial, juste derrière la Chine. Quant à la régulation de l’activité au niveau fédéral, les défenseurs de l’environnement attendent toujours…

 
De notre correspondant à Dresden (État de New York), Elie COURBOULAY.    Ouest-France  

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