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RENCONTRE. La cinquième semaine de congés payés, c’est lui : Jean Auroux se confie

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photo  jean auroux fut ministre du travail du gouvernement mauroy, lors de la première présidence de françois mitterrand.  ©  ouest-france 1

Jean Auroux fut ministre du Travail du gouvernement Mauroy, lors de la première présidence de François Mitterrand. © Ouest-France

Ministre du Travail de François Mitterrand, il est l’auteur des lois Auroux qui ont modifié en profondeur le Code du Travail. 40 ans après, il porte un regard lucide et acerbe sur ce qu’elles sont devenues.

Il a l’œil gourmand de celui qui a tant d’anecdotes à raconter. Assis confortablement dans un fauteuil de l’université d’Angers, en cet après-midi de fin janvier, écharpe rouge autour du cou, l’ancien élu socialiste Jean Auroux, prend le temps de répondre à quelques questions.

Quelques heures plus tôt, il s’est adressé aux étudiants de la faculté de droit. Avec un objectif : leur raconter la genèse des lois portant son nom, les lois Auroux, quatre lois et deux ordonnances votées en quelques mois, en 1982, sous la présidence de François Mitterrand, et qui réformèrent très profondément le Code du Travail.

« J’avais 38 ans, un âge macronien »

Pourtant, rien ne prédestinait ce maître auxiliaire dans un lycée technique de Roanne (Loire) à embrasser une telle carrière politique. « J’ai d’abord été élu aux cantonales de 1976, puis aux municipales en 1977 et enfin, aux législatives de 1978. » De là à s’imaginer ministre trois ans plus tard… « J’avais 38 ans, un âge macronien », lance-t-il, pince sans rire. Le député, membre du groupe socialiste, est repéré pour sa rigueur, son sérieux et son pragmatisme.

Lors de la campagne présidentielle, il intègre l’équipe du candidat du Parti socialiste. Il sera en charge du logement et de l’urbanisme. Quelques jours après, le 10 mai 1981, François Mitterrand l’invite pour le café : « Et là, il me dit : J’ai pensé à vous pour le Travail. Je ne veux pas d’un juriste. Vous êtes maire d’une ville ouvrière : mécanique, textile, tissage, bonneterie… Vous connaissez le monde du travail, je vous ai vu fonctionner. Je vous aiderai. » C’est lui, Jean Auroux, qui est chargé de mettre en musique les propositions 22 et 23 du programme de François Mitterrand, plus connu sous le nom des 110 propositions pour la France .

« Je t’apporte 23 ans de revendication. »

Jean Auroux s’installe rue de Grenelle. Prend langue avec les syndicats « très puissants à l’époque. Le plus spectaculaire, c’était Krasucki (secrétaire général de la CGT de 1982 à 1992). Il est arrivé avec un dossier de cinq kilos, bien sanglé et m’a dit : Je t’apporte vingt-trois ans de revendication. » Le tout dans un contexte difficile : « La pression sociale était terrible, il y avait des conflits sociaux un peu partout. »

S’ensuivent des mois de négociations. Et l’aboutissement en 1982 : « Il y a eu d’abord des ordonnances, dont une que j’aime bien sur la réduction du temps de travail, 39 heures payées 40, puis la généralisation de la cinquième semaine de congés payés, feue la retraite à 60 ans, mais aussi une ordonnance sur l’intérim. » Les lois Auroux, ce sont aussi les créations des comités d’entreprise (CE) et des Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT).

« J’ai fait ma part »

Autant d’avancées sociales dont l’ancien ministre ne tire aucune gloriole. Pas vraiment le genre de la maison. « Disons que j’ai fait ma part », confie-t-il. Et que reste-t-il de ces textes, quarante ans plus tard ? Le visage de Jean Auroux se crispe un peu, les mots sont choisis : « Il y a eu une espèce d’érosion politique, un grignotage permanent. Le plus costaud, le plus douloureux, ça a été les ordonnances Macron-Pénicaud en 2017. Je trouve scandaleux qu’on ait remis en cause les CHSCT. S’il y avait une institution à sauvegarder, c’était celle-là. Elle aurait tellement apporté en cette période de crise sanitaire. Certains me disent : C’est la revanche de 1982. Comme si j’avais poussé le balancier trop à gauche. »

« Une politique, pas des mesurettes »

Entre deux gorgées de café et un œil sur la montre, celui qui fut maire de Roanne presque vingt-quatre ans dit chercher « parmi les candidats actuels à une fonction présidentielle celui ou celle qui propose les nouveaux droits pour les travailleurs. Je n’ai pas l’impression d’être gavé d’information, ni de perspective. De tous les côtés, on reste dans les généralités, dans les petites mesures. Moi, c’était une politique, pas des mesurettes. »

La pratique syndicale, elle, trouve grâce à ses yeux. « Elle est exemplaire : lorsque les syndicats obtiennent quelque chose par la négociation, toute l’entreprise en profite, y compris ceux qui ne sont pas syndiqués. C’est une forme de solidarité partagée. Dans les pays scandinaves, lorsqu’une avancée est obtenue, seuls les syndiqués en profitent. Et ça, je ne l’entends jamais dire ! »

Les trois quarts d’heure impartis sont écoulés. Jean Auroux a un train à prendre pour Paris. Courtois, il se prête au jeu de quelques photos en extérieur avant de disparaître dans le tramway qui le mène vers la gare, chapeau noir sur la tête, écharpe rouge au cou. Très mitterrandien en somme.

 
Vincent COTINAT.    Ouest-France  

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