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RÉCIT. Comment le château de Serrant s’est transformé en demeure aristocratique au fil des siècles... |
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Le château de Serrant, un château de la Loire toujours préservé par ses différents propriétaires. © Sandrine Pelletier
Du Moyen Âge à nos jours, le château de Serrant à Saint-Georges-sur-Loire, a connu des transformations au gré des propriétaires successifs. Il témoigne d’époques architecturales et de modes de vie variés.
À l’origine, Serrant est une forteresse médiévale. Son histoire prend un tournant vers 1530, lorsque la famille de Brie décide de raser l’ancien bâti pour ériger une demeure plus moderne. Jean de Lépine, architecte local, conçoit les plans d’un bâtiment tout en longueur, avec deux tours rondes et, au centre, un escalier à l’italienne.
Train de vie des grands aristocrates
Mais faute de moyens, les travaux n’aboutissent pas et la famille se voit contrainte de revendre le château. Il sera inhabité jusqu’en 1636, année du rachat par Guillaume Bautru. Cet intellectuel angevin souhaite imiter le train de vie des grands aristocrates qui vivent à l’année dans un hôtel parisien et de manière saisonnière dans un château en province.
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Il installe à Serrant son épouse Marthe et leur fils Guillaume, à qui l’on doit la reprise des travaux selon les plans de Lépine. Le corps central est achevé, une seconde tour ajoutée ainsi que les ailes latérales.
De riches armateurs irlandais
Le château adopte alors une esthétique classique, avec des pavillons terminés en 1710, époque à laquelle le domaine atteint son apogée avec 1600 hectares de terres.

Le commanditaire du château de la Bonnière à Mouchamps avait fait fortune dans l’agriculture. Sandrine Pelletier
En 1749, Serrant est vendu aux Walsh, riches armateurs irlandais. Antoine-Vincent achète le château qu’il revend à son frère François-Jacques, qui devient le premier comte de Serrant. Les Walsh, dont les descendants sont toujours propriétaires, assurent une présence continue.
Le Duc de la Tremoïlle, un acteur majeur
À la fin du XIXe siècle, le domaine passe par héritage au duc de La Trémoïlle. Il va profondément moderniser le château. Les extérieurs sont embellis et la distribution des pièces intérieures repensée. Des couloirs sont créés afin d’assurer plus d’intimité aux chambres, auparavant traversantes. De même que des salons de réception. Le chauffage central, l’électricité puis l’eau courante sont installés. Le duc de La Trémoïlle redonne à Serrant un style renaissance, avec notamment des zones réservées aux domestiques.
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C’est ce visage, hérité du XIXe, que les visiteurs découvrent aujourd’hui, sous la gestion du prince et de la princesse de Mérode, les actuels propriétaires.
Les animations de l’été
En août, le château de Serrant propose plusieurs animations.
Les nocturnes, plonge en soirée, les visiteurs en 1862, dans les coulisses de la préparation du mariage du duc de La Trémoïlle. Les 1er, 6, 8 et 13 août avec un départ à 19 h 30 et un autre à 21 h (réservation fortement conseillée).
En journée, des visites costumées sont proposées aux familles les mardis et jeudis à 15 h 30, jusqu’au 21 août : les enfants y incarnent de jeunes nobles.
Enfin, les dimanches matin à 10 h 30, les visites insolites entraînent dans les coulisses du château, des sous-sols à la salle des archives, jusqu’aux anciennes chambres des domestiques avec des parties habituellement inaccessibles au public. Réservation fortement conseillée.
Château en scène : le parc, reflet du pouvoir

Passé la grille d’entrée, une longue allée bordée d’arbres mène au château de la Source de Rocheservière, en Vendée. DR
Les parcs paysagers ne sont jamais de simples décors. Conçus avec précision, ils participent à la mise en scène de la puissance, du goût et du statut social de leurs propriétaires.
Les parcs de châteaux s’étendent sur plusieurs hectares. Ce sont des lieux de promenade qu’il faut valoriser et enrichir des plus belles variétés d’arbres et de plantes. Mais ce sont aussi des terres agricoles qu’il faut soigneusement dissimuler dans le paysage.
Le parcours est pensé
Le tracé joue à effacer la frontière entre jardin paysager et terres agricoles, brouillant la perception du visiteur. Dès l’entrée, le parcours est pensé : grande grille en fer forgée, vue sur le château, puis disparition du bâtiment dans les bosquets. Les communs sont cachés, le potager, enfermé dans des murs.
L’ensemble crée un décor champêtre maîtrisé, où chaque bosquet masque la réalité laborieuse. On privilégie les vues ouvertes, les pelouses à pâture pour chevaux et l’on organise la « perspective animée » visible depuis le salon, où l’on contemple les animaux ou le clocher au loin. Le tout soigneusement encadré dans une composition digne d’un tableau.
Une mise en scène végétale
Chaque arbre, chaque couleur est choisi avec soin. Les feuillages dorés se placent à l’est, les rouges flamboyants à l’ouest, pour magnifier la lumière du jour.
Les essences exotiques comme les cèdres du Liban, séquoias, tulipiers ou encore ginkgos biloba, deviennent des symboles de richesse. Un séquoia, rarissime et cher, est planté en vue directe du salon assurant ainsi pour les visiteurs, la preuve du prestige du propriétaire. Sa droiture telle une tour, ou un donjon, signale sa présence dans le paysage et même si le château n’est pas visible au-delà des murs d’enceinte, la richesse des arbres choisis annonce la richesse du propriétaire.
Un espace codé
Grilles, enclos et murs de pierre renforcent cette dualité avec un domaine qui s’affiche mais reste inaccessible. Le parc et le château sont ainsi protégés des animaux sauvages, des voleurs ou des curieux. Le parc devient alors un espace codé où la nature est savamment orchestrée pour annoncer l’opulence, le goût et le prestige des propriétaires.
Pratique
Château de Serrant, RD 723, 49 170 Saint-Georges-sur-Loire en Maine-et-Loire. Ouvert tous les jours de 9 h 45 à 17 h 15. Tarifs adultes 10 €, enfants 7-15 ans 5,50 €, réduit 7,50 €.
Information et réservation : Tél. : 02 41 39 13 01. www.chateau-serrant.net