|
POINT DE VUE. L’énergie solaire concentrée au CNRS : le cap des 50 ans... |
1
Le grand Four Solaire d'Odeillo à Font Romeu. © Wikimedia Commons
Le CNRS a fêté en juillet les 50 ans de la création du grand Four Solaire d’Odeillo. Benoit Rousseau, directeur de recherche, défend les travaux du CNRS, en faveur d’une énergie propre.
Ce que Phaéton n’avait su faire quand il prit en main le char solaire de son père Hélios, le CNRS l’a fait en 1969 quand il mit en service le grand four solaire d’Odeillo dans la commune de Font-Romeu-Odeillo-Via en Cerdagne (Pyrénées-Orientales) afin de mener des recherches scientifiques de premier rang mondial.
La prouesse est digne des dieux grecs, car ce four dont le CNRS a célébré avec fierté ses 50 ans du 13 au 18 juillet, délivre une puissance d’un mégawatt ce qui revient à concentrer l’énergie de 10 000 soleils via la focalisation des rayons solaires par des miroirs réfléchissants orientables (des héliostats) vers une parabole.
Le flux de lumière concentrée irradie alors une cible située elle au cœur du four solaire permettant d’atteindre des températures de 3 500°C en quelques secondes : Hélios et Héphaïstos enfin unis pour sculpter la matière grâce à l’énergie solaire concentrée. On ne peut rêver mieux car l’énergie solaire est gratuite, infinie et respectueuse de l’environnement.
Les applications industrielles sont nombreuses telles que la production massive d’électricité au sein de centrales thermiques basées sur la concentration solaire. Sur le plan de la conversion de cette énergie en chaleur industrielle, le CNRS a été un pionnier dans le domaine depuis un programme interdisciplinaire de recherche lancé juste après le choc pétrolier de 1974. De là grandit toute une génération de scientifiques aujourd’hui devenus les leaders mondiaux de l’énergie solaire.
Un savoir-faire « ignoré » par le gouvernement
50 ans plus tard, nous sommes en droit de nous demander pourquoi, au plus haut sommet de l’État aujourd’hui, ce savoir-faire hors du commun demeure ignoré. C’est simple : la France a toujours préféré – et préfère toujours - soutenir une filière électronucléaire puissante mais contestée pour garantir son indépendance énergétique. Dès les années 80, les espoirs des chercheurs furent balayés par les chantres de l’énergie nucléaire qui ont toujours œuvré au plus haut sommet de l’appareil d’État.
Aujourd’hui, Édouard Philippe en est le digne successeur, lui qui a été, en tant que directeur des affaires publiques d’Areva de 2007 à 2010, un lobbyiste actif au service de l’énergie nucléaire. Comment pourrait-il soutenir aujourd’hui l’énergie solaire concentrée, une énergie propre, lui qui, en 2015, s’opposait déjà farouchement à la loi relative à transition énergétique pour la croissance verte portée par Ségolène Royal.
L’argument est de dire que la couverture solaire en France n’est pas suffisante pour installer des centrales solaires à concentration. Soit ! Mais la France, et c’est là tout son génie, dispose encore de toutes les entreprises mondiales de poids qui lui permettraient de sortir de terre une filière industrielle à l’export comme le font si bien nos amis allemands ou espagnols. Mais n’est pas le Général de Gaulle qui veut !
En attendant, les grandes nations comme la Chine et les États-Unis poussent toujours et encore les recherches dans le domaine avec le souci d’associer scientifiques et industriels : une vraie vision stratégique au service de l’avenir à un moment où les énergies fossiles (une autre énergie concentrée) vont se raréfier ! En attendant, remercions le CNRS pour entretenir – seul – les rayons de l’espoir !