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Perfectionnisme, charge de travail, mal du pays… Les raisons du sérieux mal-être des étudiants vétérinaires... |
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Un oiseau pris en charge par une vétérinaire. Parmi les pistes pour améliorer la formation des étudiants : enseigner la pratique plus tôt dans le cursus. © Franck Dubray / Ouest-France
Plus de 40 % des étudiants vétérinaires sont dans un état dépressif modéré à sévère. C’est la conclusion alarmante d’une étude menée au sein des quatre écoles publiques françaises, à leur demande.
« J’étais une personne très souriante, active, pleine d’énergie en arrivant en école vétérinaire, et je me sens de plus en plus souvent mal, triste, inquiète et vidée. » Voilà un des témoignages alarmants recueillis par Didier Truchot, professeur en psychologie sociale à Besançon (Doubs), pendant son étude sur la santé mentale des étudiants vétérinaires. Un parmi d’autres.
1 612 élèves ont été interrogés au cours du premier semestre 2024, soit 46 % de l’effectif total des quatre écoles publiques françaises. 43 % présentent un état dépressif modéré à sévère. « C’est plus que chez les jeunes de la même tranche d’âge, c’est clair, relève le chercheur. Et au moins autant sinon plus que chez les étudiants en médecine. »
34 % des élèves vétérinaires déclarent des troubles d’anxiété. 16 % ont pensé qu’il vaudrait mieux mourir ou envisager de se faire mal d’une manière ou d’une autre, au cours des quinze jours précédant l’enquête.
Des élèves perfectionnistes
Pourquoi ? Parmi les facteurs liés aux individus, une variable ressort « beaucoup » : le perfectionnisme. Ces élèves brillants ont souvent « des standards de réussite très élevés, note Didier Truchot. Le boulot ne se termine jamais parce qu’il n’est jamais assez bien fait ».
D’autres raisons expliquent aussi le mal-être de ces étudiants : notamment la charge de travail, les difficultés financières et encore le mal du pays. Des problématiques déjà identifiées par les écoles.
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Cette étude, réalisée à leur demande, a permis d’« objectiver une réalité ressentie », approuve Laurence Deflesselle, directrice générale d’Oniris VetAgroBio Nantes. De poser des chiffres, et d’établir des corrélations entre les différents facteurs et les maux des étudiants pour « agir efficacement ». Parmi les mesures fortes annoncées à Nantes, la baisse de 10 à 15 % du volume de formation dans un horizon de deux à trois ans.
L’objectif de cette étude était d’avoir « une photographie claire, globale et actualisée de la situation », reprend la directrice. Et les résultats sont « préoccupants », commente-t-elle. Le rapport de Didier Truchot a été remis en septembre, une réunion est programmée au ministère de l’Agriculture en décembre.