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Nucléaire : le site anglais de Sellafield, une menace pour toute l’Europe... |
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Le site de Sellafield, s’étend sur 6 km2 et abrite la plus vaste quantité de plutonium au monde. © Christopher Furlong/Getty Images via AFP
Le site nucléaire anglais Sellafield, considéré comme le plus toxique d’Europe, présente des failles inquiétantes. Une enquête du quotidien britannique Guardian pointe des fuites de liquide radioactif et des piratages informatiques passés sous silence.
Un accident sur le site nucléaire de Sellafield, lové en bord de mer d’Irlande, au nord-ouest de l’Angleterre, pourrait s’avérer pire que celui de la centrale ukrainienne de Tchernobyl, qui avait exposé des millions d’Européens aux radiations, en 1986. Depuis cette alerte, lancée dès 2001 par des experts de l’UE, on pouvait supposer que le site anglais de retraitement et de stockage de déchets nucléaires jouissait d’une sécurité à toutes épreuves… Une enquête menée depuis un an par le journal de gauche Guardian permet d’en douter.
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Fuites et fissures
Une fuite de liquide radioactif, décelée sur un silo contenant des déchets, présente un risque pour le public
et menace de polluer les nappes phréatiques, selon un document interne que s’est procuré le journal. Cet écoulement, difficile à colmater, pourrait perdurer jusqu’en 2050
.
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L’étanchéité de bassins artificiels dédiés au stockage de boues nucléaires inquiète aussi : béton et asphalte présentent des fissures. Dégradation des bâtiments, failles de sécurité, normes incendies peu respectées… Autant de risques cumulatifs
dont a été informé le conseil d’administration dès novembre 2022.
D’autant plus alarmant que ce complexe de 6 km2, qui emploie 11 000 personnes, abrite la plus vaste quantité de plutonium au monde. Ainsi que des milliers de tonnes de déchets radioactifs, issus des armes nucléaires fourbies par Londres dès 1947 et durant toute la Guerre froide.
Pas fini de polluer…
Déjà partiellement démantelée, cette méga-décharge n’a pas fini de polluer : sa fermeture n’est prévue qu’aux alentours de… 2130. Et d’ici là, de nouveaux déchets promettent de s’y amonceler. Comme Paris, Londres a redit, samedi dernier à la Cop28 de Dubaï, son intention d’augmenter ses capacités nucléaires pour compenser son (presque) renoncement au charbon. Sur la côte est, de nouveaux réacteurs sont en construction (Hinkley Point C, pour une mise en service en 2027) et en projet (Sizewell C, porté par EDF, d’ici à 2035).
La dégradation physique de Sellafield n’est pas tout. Plusieurs de ses services (surveillance de fuite, transport des déchets, etc.) auraient aussi essuyé des cyberattaques de groupes liés à la Chine et à la Russie. Des logiciels de piratage ont été repérés en 2015, mais tout porte à croire qu’ils sévissaient déjà depuis quelques années et pourraient être toujours actifs.
La grande muette
La direction ne brille en tout cas pas par sa transparence : durant des années, elle a omis
de signaler ces actes malveillants à l’autorité britannique de régulation du nucléaire.
Un conseiller scientifique du gouvernement confirme que les risques ont été mis sous le tapis
. Redoutant d’être exposés à des rejets radioactifs en cas d’accident, les voisins irlandais et norvégiens, rejoints par les États-Unis, pressent Londres de réagir.
Le site n’en est pas à ses premiers déboires. En 2005, il avait fallu huit mois pour qu’une fuite radioactive soit décelée, ou du moins signalée. En 1957, personne n’avait jugé bon d’alerter la population qu’un nuage de particules toxiques balayait le sud de l’Angleterre, après la fuite de produits de fission lors d’un incendie. Craignant pour la réputation de son complexe, alors connu sous le nom de Windscale, la direction avait vite réagi… en le rebaptisant Sellafield. Pas de quoi faire oublier le pire accident nucléaire qu’ait connu l’Angleterre.