Accueil Info En France et dans le Monde Municipales en Nouvelle-Calédonie : une élection comme un référendum pour ou contre l’accord de Bougival ?

Municipales en Nouvelle-Calédonie : une élection comme un référendum pour ou contre l’accord de Bougival ?

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photo  sortie en tête à dumbéa, deuxième commune calédonienne par sa population, cynthia jan (au centre avec les épais colliers de fleurs), soutenue par le mouvement pro-français les loyalistes, a évoqué l’avenir institutionnel pendant la campagne.  ©  yann mainguet ouest-france 1

Sortie en tête à Dumbéa, deuxième commune calédonienne par sa population, Cynthia Jan (au centre avec les épais colliers de fleurs), soutenue par le mouvement pro-français Les Loyalistes, a évoqué l’avenir institutionnel pendant la campagne. © Yann Mainguet Ouest-France

Pour le mouvement politique Les Loyalistes, aux résolutions pro-françaises très fermes, les victoires de leurs candidats à Nouméa et dans sa périphérie aux élections municipales légitiment l’accord sur l’avenir institutionnel. Le parti indépendantiste Union calédonienne, opposé au texte, présente un bilan mitigé. Des enjeux locaux ont aussi pu jouer. Décryptage.

Les élections municipales étaient un référendum en Nouvelle-Calédonie, à entendre ce lundi le mouvement pro-français Les Loyalistes, à la ligne très ferme. Les électeurs ont massivement plébiscité le camp pro-Bougival »,estime l’organisation politique animée par la présidente de la province Sud Sonia Backès et le député Ensemble pour la République Nicolas Metzdorf. Ce scrutin acte la fin de l’ambiguïté et impose un mandat impératif à l’État : la mise en œuvre immédiate et intégrale de l’accord de Bougival.

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Complété en janvier par le texte baptisé Elysée-Oudinot, le document signé en juillet 2025 à Bougival par des forces politiques locales et les hautes autorités parisiennes, prévoit la création d’un État de la Nouvelle-Calédonie au sein de l’ensemble national, le renforcement du pouvoir des provinces ou encore une ouverture du corps électoral provincial. Mais la frange indépendantiste la plus dure, avec l’Union calédonienne et le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), a rejeté la proposition. Formation modérée, l’Union nationale pour l’indépendance (UNI), signataire de Bougival, connaît une opposition interne.

Lire aussi : Municipales en Nouvelle-Calédonie : le clivage autour de l’avenir institutionnel occulte les enjeux locaux

« Il fallait être clair »

L’enthousiasme des Loyalistes s’appuie sur les résultats aux élections municipales obtenus à Nouméa et dans ses trois communes périphériques, qui rassemblent près de 66 % de la population calédonienne : leurs candidats sont sortis en tête du deuxième tour, et Sonia Lagarde qui a bénéficié du soutien du mouvement politique a été réélue facilement (61,99 %) dans la « capitale ».

Il me semble que les électeurs ont parfaitement fait le lien avec l’avenir institutionnel et la stabilité politique qui entraîne le développement économique, donc est source de revenus, d’emplois, pour les communes et le quotidien des habitants a avancé Cynthia Jan à Dumbéa, qui a obtenu 45,33 % des suffrages et très probable future maire. Durant la campagne, la candidate affirme avoir insisté sur les projets communaux et l’accord de Bougival.

À Païta, une de ces quatre collectivités frappées par les émeutes de mai 2024, le sujet de cet accord institutionnel est une question qui a été régulièrement abordée mentionne Antoine Romain, porté à la première place avec 43,17 % des voix. Il fallait être clair.

Pour le mouvement Les Loyalistes, au niveau de la Nouvelle-Calédonie, plus de 2 électeurs sur 3 se sont exprimés en faveur de listes municipales soutenant l’accord de Bougival. Sauf que le taux de participation de ce dimanche, légèrement plus élevé qu’au premier tour, n’atteint que 58,86 %. Le ratio est même inférieur en moyenne dans le Grand Nouméa, la « capitale » plongeant à une fréquentation évaluée à 47,53 %.

« Ce n’est pas le moment de parler de Bougival »

Ce lien entre scrutin de mars et accord a fait grincer des dents. Ce matin, je découvre que j’ai voté pour Bougival à l’insu de mon plein gré aux municipales note ce lundi avec amusement Philippe Blaise, élu provincial pro-français présent sur la liste de Sonia Lagarde, mais fermement opposé au document signé dans les Yvelines, la notion d’État calédonien étant une ligne rouge à ne pas franchir selon lui. Des électeurs ont invité à ne pas mélanger d’ailleurs les deux enjeux.

L’UNI, qui a finalement bien résisté en s’octroyant 5 communes sur 33, avait donné comme consigne à ses équipes en campagne de se baser sur un programme visant à améliorer le quotidien des populations », se souvient Jean-Pierre Djaïwe, signataire en région parisienne en juillet 2025. Ce n’était pas le moment de parler de Bougival. La période viendra. Il ne faut pas se tromper d’élections.

Actuel président de la province Nord, et figure historique de ce mouvement indépendantiste, Paul Néaoutyine, qui s’est opposé au texte, a réussi à conserver la mairie de Poindimié, sur la côte Est.

« Mascarade »

Le message offensif de l’organisation Les Loyalistes, publié au lendemain du second tour, peut être lu comme une réponse du berger à la bergère. Puisque ses ennemis, l’Union calédonienne (UC) et le FLNKS, avaient fait des municipales un tremplin contre la mascarade du projet dit de Bougival – Élysée – Oudinot, qui ne constitue en aucun cas un chemin crédible vers l’indépendance.

L’UC qui compte s’exprimer dans les prochains jours, présente un bilan mitigé au sortir du scrutin. Avec la perte conséquente de Koné, « chef-lieu » de la province Nord, entre les mains désormais d’une liste sans étiquette, de la commune minière de Canala, ou de Maré, île des Loyauté. Des enjeux purement locaux ont bien sûr joué. En revanche, le parti du député Emmanuel Tjibaou conquiert Kouaoua, jusqu’alors dirigée par le président pro-français du gouvernement local, Alcide Ponga, défenseur de l’accord de Bougival.

Validé par le Sénat, le projet de loi constitutionnelle, porteur de ces éléments sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, doit être étudié demain mardi par la commission des lois de l’Assemblée nationale. L’examen en séance publique pourrait démarrer à la fin du mois. Avec des chances d’adoption assez réduites à ce stade.

 
En Nouvelle-Calédonie, Yann Mainguet    Ouest-France  

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