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Masque africain revendu 4,2 millions : le tribunal brocarde la « négligence » des retraités... |
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Le tribunal estime que le brocanteur a agi « de bonne foi », sans chercher à tromper les retraités © Ouest-France, Henri Frasque
Deux retraités avaient vendu 150 € un masque africain, revendu 4,2 millions € par un brocanteur à Montpellier. Dans une décision rendue ce mardi 19 décembre, la justice refuse d’annuler la vente, faute de « vice de consentement ». Les retraités comptent faire appel.
Non, Alexandre V., brocanteur au Vigan, dans le Gard, n’a pas roulé dans la farine les époux F. en leur achetant 150 € un masque africain, qu’il a pu revendre six mois plus tard pour 4,2 millions d’euros. Ainsi en a décodé le tribunal correctionnel d’Alès, ce mardi 19 décembre 2023.
Dans son jugement, le tribunal fustige la « légèreté » et la « négligence » des deux retraités, qui possédaient dans un recoin du grenier de leur résidence secondaire ce masque inestimable, dont ils connaissaient la provenance : il avait été rapporté du Gabon au début du XXe siècle par un aïeul. Or, fustige le tribunal, ils « n’ont fait preuve d’aucune diligence pour apprécier la juste valeur historique et artistique du bien ».
Ce masque Fang, de la confrérie Ngil, était en réalité un masque très rare, dont il n’existe qu’une dizaine d’exemplaires au monde, et qui ont inspiré Picasso et Braque. Une « négligence » que le tribunal met en regard avec l’attitude du brocanteur, qui « n’avait aucune connaissance spécifique en matière d’art africain », mais a sollicité rapidement plusieurs estimations du masque, avant de faire procéder à des analyses plus poussées – carbone 14 et spectrométrie – avant sa mise en vente, dans une salle d’enchères à Montpellier. Acquis en septembre 2021 auprès des époux F., le masque était le clou d’une vente aux enchères dédiée à l’art africain, le 26 mars 2022.
Le tribunal estime également que le brocanteur a agi « de bonne foi », sans chercher à tromper les retraités. Faute de « vice de consentement », il déboute les époux F. de leur demande.
L’avocat des retraités : « je suis estomaqué »
« Je suis estomaqué que le tribunal crée une nouvelle jurisprudence, avec une obligation de renseignement renforcée », réagit leur avocat, Frédéric Mansat Jaffré, qui annonce que ses clients, « surpris » par la décision du tribunal, ont l’intention de faire appel devant la cour d’appel de Nîmes.
Le tribunal d’Alès a par ailleurs déclaré irrecevable une demande de la République du Gabon, qui réclamait l’annulation de la vente initiale entre les retraités et le brocanteur. Une plainte de l’État du Gabon contre les retraités, le brocanteur, l’hôtel des ventes de Montpellier et son actuel propriétaire – anonyme -, est toujours sur le bureau du Procureur de la République de Montpellier.