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Maine-et-Loire. Les patrons de discothèques vous préparent les cotillons pour le 31 décembre... |
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Maine-et-Loire. Les patrons de discothèques vous préparent les cotillons pour le 31 décembre
Pour beaucoup, le compte à rebours jusqu’à l’an 2020 s’égrènera en discothèque. Dans un contexte où ces établissements sont à la peine, trois gérants se confient avant cette nuit du Réveillon.
Avec sa carrure de déménageur ou de rugbyman, comme son frère jumeau et son neveu, Emerick (six sélections en équipe de France), Fapiano Setiano inspire le respect à l’entrée du Dupleix, anciennement « Le Pacha ».
Ce Wallisien de 125 kg pour 1,75 mètre a repris seul, mi-novembre, le flambeau de cette discothèque située à Juigné-sur-Loire route de Brissac, tout en continuant à travailler la semaine dans une entreprise de travaux publics.
Pour lui et son équipe, la soirée du réveillon se présente comme une occasion en or de fidéliser une nouvelle clientèle, à grand renfort de confettis, de canon à CO2 et de vin mousseux, avec petit-déjeuner offert avant de regagner le vestiaire.
Pour que les noctambules de la ville et des champs puissent rentrer chez eux sans encombre au petit matin du Jour de l’an, le Dupleix leur proposera une navette, contre une somme modique, au départ et à l’arrivée de la place Lorraine à Angers.
Ceux qui reprendront le volant devront croiser l’agent de sécurité sur le parking et lui montrer, les yeux dans les yeux, qu’ils ont bu avec sobriété au cours de la soirée, quitte à souffler dans l’éthylotest. « Parfois, c
ertains préfèrent dormir sur le parking
», explique Steven Da Silva, le bras droit du chef chargé d’assurer l’ambiance, au son des années quatre-vingt au sous-sol, au rythme des musiques actuelles au rez-de-chaussée.
« On ne peut pas mélanger les générations »
À la même distance du centre-ville, mais en direction de Nantes, la patronne du Saint-Martin espère elle aussi remplir son parking le soir du 31.
Contrairement à ses confrères du Club 3000 à Beaufort-en-Vallée ou du Choc’late (ex Le Quartz et Le Métro) à Beaulieu-sur-Layon qui ont jeté l’éponge en 2018, Carla Krismann perpétue cette autre institution du monde de la nuit qui a changé huit fois de nom depuis les années cinquante. En triant sur le volet une clientèle peu considérée par ailleurs : les 30-40 ans. « On ne peut pas mélanger les générations, justifie-t-elle. Ça crée des tensions
».
Dans l’ambiance cosy de sa boîte de nuit, avec parquet au sol, tabourets vintage autour du bar et fauteuils en velours violet, la nuit de mardi à mercredi jouera la prolongation jusqu’à 7 heures.
L’entrée à 25 €, une boisson comprise, offrira quelques incontournables de circonstance, comme les cotillons, mais aussi la spécialité maison : les séries de slow. « C’est trop beau à voir. Ça replonge les gens dans leur jeunesse. J’ai formé plein de couples ici
», sourit Carla, soucieuse de détendre l’atmosphère dans un climat devenu un brin moralisateur avec la campagne Metoo. « On s’acharne bien trop sur les hommes. Ils sont perdus, ils ne savent plus comment s’y prendre pour aborder les femmes. Ce sont elles qui ont pris le pouvoir. Moi, je conseille à tout le monde d’être soi-même, de ne pas se cacher derrière une image, de ne pas être en permanence dans la retenue
».
Un ravitaillement sucré salé
Les plus jeunes ont pris d’autres habitudes pour se désinhiber. Représentant départemental de l’AFEDD*, Daniel Merheb, qui en a vu d’autres, déplore la banalisation des stupéfiants : « Les jeunes font de plus en plus attention avec l’alcool. Il y a souvent un conducteur Sam désigné dans leur bande. L’État a eu raison de multiplier les contrôles pour éviter l’hécatombe sur les routes. Mais beaucoup sont passés à autre chose, comme la beuh (cannabis, ndlr) ou les amphétamines. Ils continuent de vivre leur vie à fond, parfois jusqu’à l’extrême
».
Pour que cette dernière sortie de l’année reste festive et mémorable, le gérant du Mid’Star, capable d’accueillir 700 fêtards au bord de la voie des berges à Angers, a invité une pointure aux platines, Richard K, pour chauffer la piste et les coursives. « Il y aura les fidèles mais aussi des gens qui ne vont en boîte que ce soir-là, pour ne pas perdre l’habitude
», anticipe Daniel Merheb, plus sensible aux tubes de Santana et Deep Purple qu’aux titres diffusés en club.
Il a prévu lui aussi un ravitaillement sucré salé à volonté pour accompagner ses hôtes jusqu’à l’aube, en s’adaptant à leurs goûts sommaires qui le laissent tout aussi perplexe : chips, cacahuètes et bonbons Haribo. C’est beau la vie...
*Association française des exploitants de discothèque et dancing
« Internet a fait du mal »
Selon la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem), le nombre de discothèques a été divisé par deux en France depuis les années 1980. La crise économique, la répression sur les routes et, parfois aussi, le manque de professionnalisme ont précipité le déclin de cette activité qui n’a pas épargné le Maine-et-Loire. Il ne reste plus qu’une quinzaine d’établissements sur ce territoire, dont une bonne moitié dans la seule région d’Angers.
Disc-jockey au Studio 49, Eddine Belkhiri, Ed’in de son nom de scène, y voit une cause supplémentaire : « Internet a fait du mal. Les gens préfèrent rester derrière leur écran, faire des rencontres sur les réseaux sociaux, écouter la musique sur leur smartphone. C’est devenu beaucoup plus compliqué de les faire sortir de chez eux
».
La nuit n’a pas perdu toute sa magie, se rassure toutefois cet habitant de Belle-Beille. Mais il faut déployer tous moyens pour qu’elle opère : « Les clubbers ne sont plus aussi passionnés qu’avant. Pour les attirer, il faut développer sa propre identité, faire du relationnel, être inventif et vivre avec son temps
». C’est pour soutenir les organisateurs de soirée qu’il a créé il y a quatre ans sur Facebook une page intitulée « Les soirées d’Angers 49 ». Ce groupe privé rassemble près de 1900 membres.