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Maine-et-Loire. Bellamy revigore la droite angevine... |
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Montreuil-Juigné, hier soir. La salle Jacques-Brel était pleine à craquer de militants agitant des drapeaux tricolores pour accueillir le candidat des Républicains aux élections européennes. © CO – Josselin CLAIR
Le candidat des Républicains aux élections européennes a fait étape à Montreuil-Juigné mardi 14 mai, au soir, dans une salle comble et rassérénée par la rhétorique conservatrice du philosophe.
« Il n’est pas trop tard pour déjouer les pronostics ! » François-Xavier Bellamy le martèle d’une voix douce et posée. Presque irréelle dans ce monde de tribuns où la voix tonne pour emporter la foule. Mais le professeur de philosophie versaillais a appris à tenir un public captif et les militants des Républicains, requinqués par ce candidat qui cite Kierkegaard, Peguy ou Saint-Exupéry, sont tout prêt à tendre l’oreille pour l’entendre porter leurs convictions.
Dans une salle Jacques-Brel bondée, ils sont venus, ils sont tous là les caciques de la droite ligérienne. Ou presque. Il y a là les sénateurs Bruno Retailleau, Catherine Deroche et Stéphane Piednoir (le local de l’étape), les vice-présidents du conseil régional Roch Brancour et Paul Jeanneteau et même le président du conseil départemental, Christian Gillet jadis centriste et pourtant sans étiquette.
En temps de crise, il n’y a pas de place pour le « en même temps »
Ne manquent que la présidente de région, Christelle Morançais, retenue en Sarthe, et surtout l’ex-espoir de la droite angevine, Christophe Béchu, qui a délaissé sa famille d’origine pour supporter Emmanuel Macron.
Bruno Retailleau boit du petit-lait : « Rien n’était gagné d’avance, il fallait convaincre. François-Xavier a réussi ce tour de force de convaincre et de susciter l’enthousiasme. Pourtant, i l concentrait toutes les tares : il est plus qu’intellectuel, il est philosophe. Deuxième défaut, il croit au ciel. Et il est de droite, mais alors de quelle droite ! Il est de la droite trocadéro, comme moi. Edouard Philippe pensait sans doute nous insulter en utilisant ces mots, mais finalement il nous honore. Car les convictions et les idées, c’est l’honneur de la vie politique ».
À sa suite, François-Xavier Bellamy savoure : « Nous désirons rétablir cette France que nous aimons ». Il fait partie « d’une génération qui a toujours connu la crise. Et en temps de crise, il faut faire des choix. Il n’y a pas de place, hélas, pour le « en même temps ».
« Le premier grand défi européen, c’est la maîtrise de nos frontières »
Le premier « défi gigantesque » qui attend l’Europe, dit-il, c’est « la démographie en Afrique et la crise migratoire qui est devant nous », déplorant « qu’a ujourd’hui, notre porte est enfoncée tous les jours ». Il assène : « Le premier grand défi européen, c’est la maîtrise de nos frontières ».
Il parle aussi de la guerre commerciale qui oppose USA et Chine et relève : « Nous sommes vraiment patriotes, contrairement à d’autres, car nous croyons à la force de nos entreprises. Mais il faut que les règles soient les mêmes pour tous ». Il parle de « préférence européenne » et pense « qu’il faut redonner de l’oxygène à ceux qui travaillent en Europe ».
Une Marseillaise pour le final
De patriotisme, il est longuement question aussi quand il évoque la mort des deux militaires français dans le Sahel. « Ils on t montré ce que signifie la grandeur d’une civilisation. Ils n’ont pas sauvé que quelques vies, comme Arnaud Beltrame avant eux, c’est notre pays tout entier qu’ils sauvent de ce qui le traverse aujourd’hui ». Il impose une minute de silence, paupières fermées, récite un poème patriotique. « C’est cela qui est menacé aujourd’hui ».
Mais le passage le plus applaudi reste celui sur « l’eugénisme et la gestation pour autrui ». Et quand il affirme : « qu’on n e loue pas le ventre qui porte un enfant », les « bravos ! » fusent. La « Marseillaise » finale, reprise en chœur par une salle vibrante, finit d’emporter des militants conquis.
« Si je l’avais eu comme professeur, je n’aurais pas eu 4 en philo au bac », conclut l’un d’entre eux en quittant la salle.
Yves TRECA-DURAND