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Le carburant flambe, les ménages font le gros dos... |
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Yohann et Brigitte Houssais ont besoin de deux voitures pour aller travailler. Et leur budget carburant ne cesse de grimper... © Marc Roger
L'envolée des prix pèse sur les budgets. Contraints de prendre deux voitures pour aller travailler à Nantes, à 35 km, Yohann et Brigitte Houssais, de Tillières (Maine-et-Loire), redoutent d'atteindre un point critique.
Un doux fumet envahit la maison. Il est 19 h 30. À Tillières, à la frontière de la Loire-Atlantique et du Maine-et-Loire, les Houssais s'apprêtent à dîner. Un intermède pour Brigitte. Son repas avalé, elle va aller briquer un cabinet médical tout proche. Quatre heures de boulot hebdomadaire supplémentaires décrochées récemment. « Avec toutes ces choses qui augmentent, on doit allonger notre temps de travail pour s'en tirer », se résigne cette femme de 40 ans, mère d'un garçon de 9 ans.
Vraie hantise, le prix des carburants - autour de 1,35 € le litre de gasoil (+ 18,6 % sur un an), 1,50 € le litre de SP98 (+ 10,2 %) - s'ajoute à la liste de tout ce qui plombe le porte-monnaie : l'alimentation (lire ci-dessous), l'électricité, les assurances... Une flambée depuis début janvier.
« Les salairesne suivent pas »
Brigitte est serveuse dans un restaurant de Carquefou, près de Nantes. Tous les jours, elle avale 76 km dans sa 206 diesel pour y bosser, de 11 h à 15 h 20. En guise de prélude, elle effectue des heures de ménage, de repassage et d'entretien chez des particuliers dans l'agglomération nantaise. Il en coûte une heure et demie de trajet quotidien en moyenne. « Il me faut un plein, autour de 65 € pour 50 litres, tous les dix jours. C'est 50 € de plus par mois depuis que cela a grimpé l'an dernier. » Elle s'approvisionne au plus près. « Il y a une station-service sur mon chemin, j'ai renoncé à faire de longs détours pour gratter quelques centimes. »
Yohann, est maître d'hôtel en restauration collective à Nantes. « Moi je n'ai que 66 km à faire, c'est grosso modo 40 € de plus par mois ». Ils ne bossent pas dans le même secteur et leurs horaires ne coïncident pas. Impossible de faire voiture commune. Chaque jour, Yohann démarre sa 407 à 6 h 45. « Il n'y a pas d'alternative transport en commun et le covoiturage n'est pas évident quand on termine à 15 h 15. J'ai juste pu le faire un temps, deux fois par semaine. »
Six ans que les Houssais sont installés à Tillières. Ils ont acheté un terrain et fait construire un pavillon dans un lotissement proche de la quatre voies. « Nous habitions dans un appartement à Nantes. Du locatif privé. Nous avons préféré investir avec l'équivalent des loyers », explique Yohann. Comme beaucoup d'ex-Nantais exilés, le couple a d'abord tenté sa chance dans la seconde et la troisième couronne. Sans succès. Là, le terrain et la maison de 106 m2 leur sont revenus à 140 000 €. « La vie est tranquille et très agréable, nous ne regrettons rien », dit Brigitte.
À eux deux, les Houssais gagnent 2 800 €. Avec les échéances et les charges, les fins de mois sont parfois justes. « La vie est de plus en plus chère. Les salaires ne suivent pas. Nous faisons le gros dos. Nous avons réduit le budget vacances et le budget cinéma, notre plaisir », explique Yohann. Eux qui s'offraient des restos tous les mois, n'y vont plus qu'une fois par an.
Le couple économise aussi sur la garde du fiston. « Nous avons supprimé le périscolaire et, le mercredi, il vient jouer avec les enfants de mon patron », raconte Brigitte. Le week-end, il leur arrive de faire du service en extra pour mettre du beurre dans les épinards. « On a beau grappiller au maximum, cela n'empêche pas qu'il faut parfois taper dans les économies. On se demande jusqu'où on pourra résister », s'interroge Yohann.
Thierry BALLU.