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La question du jour. Lisez-vous moins qu’avant ?... |
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La lecture est très présente en France, à travers de nombreux concours prestigieux. © Illustration ML - Denis LAMBERT
Lire est un « besoin vital, comme manger, boire ou dormir » : à travers les milliers de lettres de candidats pour intégrer le jury du prix du livre Inter, qui sera composé mardi 24 mars 2026, c’est tout un rapport des Français à la lecture qui transparaît.
C’est un incontournable de la saison littéraire : le prix du livre inter fait son grand retour ce mardi 24 mars 2026. Pour cette 52e édition, dont le jury sera présidé par Laurent Mauvignier, prix Goncourt pour « La maison vide » en 2025, la radio publique a reçu 2 661 lettres.
Le prix du livre Inter, parmi les plus influents de ceux décernés par des lecteurs avec celui remis par RTL et le magazine Lire, a notamment été attribué à Alice Zeniter (« Sombre dimanche », 2013), Mathias Enard (« Zone », 2009) et… Laurent Mauvignier (« Apprendre à finir », 2001).
Depuis 1975, année de la création de ce prix qui récompense un livre francophone encore non-primé, le rituel est immuable. Les auditeurs candidatent, puis chacun des 24 « lecteurs de lettres », choisis parmi les salariés de Radio France, fait sa sélection, explique à l’AFP la responsable du prix, Eva Bettan. Ce mardi soir, à l’issue d’une réunion « qui ressemble à une foire d’empoigne » décrit-elle, ils composeront un jury de 24 membres, à la parité parfaite, qui sera annoncé à l’antenne début avril.
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Des candidats au jury écrivent pour « la 30e ou 40e fois »
Parmi les lettres retenues l’an dernier figurait celle de Florence Guillermet, une bergère en alpage de 54 ans, qui vit en Isère et écrivait : les livres sont pour moi un besoin vital, comme manger, boire, dormir
. Un livre, déjà, c’est rassurant, en tant qu’objet, j’adore les chiner, j’en ai des piles chez moi et il faut toujours que j’en aie un d’avance
, raconte à l’AFP depuis ses montagnes la quinquagénaire, qui n’a jamais passé le bac de français
.
J’ai un rapport compulsif à la lecture - comme avec le chocolat -, je ne peux pas m’endormir sans lire, surtout que je ne regarde pas la télévision
, confie la bergère, qui dit s’être ouverte à d’autres auteurs
depuis son expérience de jurée.
Pour Capucine Aubert, programmatrice à la matinale de France Inter et lectrice de lettres
, l’aventure est assez folle humainement car on en vient à avoir un rapport d’intimité avec les candidats, dont certains nous écrivent pour la 30e ou 40e fois
.
Ce qui la touche notamment, souligne-t-elle auprès de l’AFP, c’est que beaucoup de parents disent que leur plus grande fierté est d’avoir donné le goût de la lecture à leurs enfants
. Selon Antoine Giniaux, grand reporter à France Inter, il y a presque autant de rapports à la lecture que de lecteurs
.
D’abord, il y a le rapport charnel à l’objet livre à l’ère du numérique
, explique-t-il à l’AFP, puis des histoires de reconstruction, de guérison, d’évasion
liées aux livres, ça dit beaucoup sur les gens, c’est assez constitutif de leurs personnalités
.
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« Une bulle, un refuge »
Ce rapport à la lecture est, de plus en plus, une bulle de références, de valeurs et de refuges d’identité, une manière de se rassurer dans un monde très changeant et très flippant
, estime-t-il. Pour Laetitia Gayet, chroniqueuse à France Inter, ce que lui confient certains candidats est d’une richesse incroyable
, au point que certaines lettres la fassent pleurer. Ils sont très pointus et ils’’bouffent’’ du livre, en bibliothèques, via les boîtes à livres, des clubs de lecture
, souligne-t-elle.
Une constatation a contrario des chiffres 2025 du Centre national du Livre (CNL), qui ont révélé que la part des sondés déclarant lire moyennement
ou beaucoup
, tombée à 56 %, n’avait jamais été aussi faible depuis la première enquête de ce type en 2015.
Ce qu’on voit dans ces lettres va à l’encontre de tout ce discours décliniste
, confirme Eva Bettan. Au contraire, elles illustrent un rapport joyeux à la lecture
.
L’an passé, le prix du livre Inter a été attribué à Un perdant magnifique
de Florence Seyvos.