|
La Pologne va-t-elle renoncer à 43 milliards d’euros de prêts européens à cause de son président nationaliste ?... |
1
Le président polonais Karol Nawrocki (deuxième en partant de la gauche) lors d’une visite sur la frontière avec la Biélorussie le 24 décembre 2025. © EPA
Karol Nawrocki a mis son veto à une proposition du gouvernement de Donald Tusk pour bénéficier d’un programme européen de prêts. Autant pour embêter le Premier ministre libéral que pour plaire à l’électorat d’extrême droite.
Des manœuvres de basse politique interne en Pologne risquent de faire perdre beaucoup d’argent au pays. Le président ultra-nationaliste, Karol Nawrocki, a mis son veto en mars à une loi nécessaire pour faire bénéficier à la Pologne du programme européen Safe. En l’occurrence, 43,7 milliards d’euros.
Ce fonds européen met à disposition 150 milliards d’euros sous forme de prêts préférentiels afin de financer des projets en commun dans le domaine de la défense, l’achat d’armes ou de munitions et le développement d’infrastructures critiques. La Pologne, frontalière de la Russie et de la Biélorussie et à ce titre chargée de bâtir une partie du « bouclier oriental » de l’UE et de l’Otan, en est le principal récipiendaire, devant la Roumanie (16,68 milliards d’euros). Pas moins de 12 000 entreprises polonaises doivent directement ou indirectement en bénéficier.
Mais ce programme est promu par le Premier ministre libéral Donald Tusk qui espère bien en récolter les dividendes politiques. Ce qui n’est pas du goût de son opposant présidentiel. « Ils proposent une Pologne sous la botte allemande, et nous rejetons cette botte allemande », s’est justifié Karol Nawrocki. La germanophobie est un sujet porteur dans la patrie de Chopin, tout comme la peur du voisin russe.
Le parti qui le soutient, Droit et Justice (PiS), espère ainsi siphonner les partisans du mouvement qui monte depuis plusieurs mois à l’extrême droite polonaise, Confédération. Mais en créant un tel débat, le président polonais valide surtout la thématique de « Polexit », la sortie de la Pologne de l’Union européenne.
Le gouvernement pro-européen de Donald Tusk tente de recourir à un instrument financier européen déjà existant - mais moins agile et avantageux que celui rejeté par le président - afin de sécuriser l’utilisation des près de 44 milliards d’euros fléchés pour la défense polonaise.
Ce mercredi 25 mars, la Commission européenne a approuvé deux plans nationaux Safe, dont la France (15 milliards d’euros). Les premiers paiements sont espérés dès avril 2026.