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Juigné-sur-Loire. Il y a 50 ans, 19 enfants périssaient noyés dans la Loire... |
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La Une du Courrier de l’Ouest du samedi 19 juillet 1969 était évidemment consacrée au drame. © CO
C’était le 18 juillet 1969. Dix-neuf enfants du centre de loisirs Joseph-Bouëssé de Mûrs-Érigné avaient disparu dans la Loire, piégés par la force du courant, à Juigné-sur-Loire.
Les jeunes avaient l’habitude d’aller se baigner sur la plage surveillée des Ponts-de-Cé. Exceptionnellement, un groupe de 76 enfants de 8 à 13 ans était parti en promenade à l’ombre des arbres de Juigné-sur-Loire. Leurs moniteurs ne voulaient pas les priver du plaisir de la baignade. Ils avaient sondé une grève, s’avançant assez loin vers le milieu du fleuve. Une quarantaine d’enfants s’y sont aventurés.
« Soudain, quelques enfants ont semblé être emportés et les autres ont suivi »
, raconte, à l’époque, un des moniteurs. Il est environ 16 h 30 ce vendredi 18 juillet 1969. Avec ses collègues, il parvient à en sauver quelques-uns. Un pêcheur en sauve quatre. « J’ai vu des enfants qui criaient en se débattant dans le courant. J’ai fait ce que je pouvais, c’est tout »
, avait-il raconté aux journalistes.
Une véritable course contre la mort
L’alerte est donnée au bourg de Juigné, à deux kilomètres de là. Pompiers, gendarmes et Croix-Rouge commencent à affluer. La population aide les secours comme elle peut pour faire des barrages et empêcher les curieux d’approcher. Les ambulances sont escortées par les motards. Les carrefours sont bloqués pour laisser passer les véhicules de secours d’urgence. « Une véritable course contre la mort s’organisait sur une distance de 15 km environ »
, écrivait notre collègue en 1969.
Vers 19 heures, malgré l’intervention de nombreuses embarcations de pompiers, de vacanciers et de pêcheurs, on compte 19 jeunes disparus, âgés de 11 à 13 ans, domiciliés à Angers, aux Ponts-de-Cé et à Érigné. Seulement dix corps sont retrouvés dans les heures qui suivent le drame. Les témoins assistent à des scènes déchirantes au bord de l’eau, au fur et à mesure de l’arrivée des parents et de la découverte des petites victimes. Plusieurs mamans s’évanouissent.
Le préfet se déplace, suivi de parlementaires et de magistrats. Le directeur du centre de loisirs est placé en garde à vue, avant d’être inculpé pour homicide par imprudence, puis d’être incarcéré. Quatre corps sont retrouvés le lendemain. Puis trois autres le dimanche, jour où le pape Paul VI envoie un message à l’évêque d’Angers, Mgr Mazerat, disant qu’il recommande à Dieu les victimes. Il en manque toujours deux.
Le lundi, une jeune fille reste toujours disparue, alors que commence la série des inhumations de ses camarades. Elle est retrouvée le mardi 22 juillet à Saint-Jean-de-la-Croix, à 7 km de l’accident, et inhumée le jour même à Angers avec sa sœur.
La force du courant en cause
À la douleur des familles, le juge d’instruction ajoute une décision pour le moins mal comprise, en décidant de surseoir à l’inhumation de trois petites victimes, pour les besoins de son enquête, « afin d’étayer des conclusions médicales que nous sommes en train de vérifier »
. Il veut notamment savoir si les enfants ne sont pas allés se baigner trop tôt après le repas du midi. Il s’était passé 2 h 30 entre le pique-nique et la baignade.
L’enquête va d’abord s’orienter vers l’hypothèse de l’effondrement d’un cul de grève, cette partie fragilisée dans la partie aval d’un banc de sable. L’eau qui tourbillonne finit par y creuser un trou, parfois de plusieurs mètres de profondeur, où le baigneur peu expérimenté peut se retrouver piégé. Mais c’est finalement la vitesse du courant du fleuve qui est retenue comme cause unique de la catastrophe. Mercredi 23 juillet, le directeur du centre de loisirs est remis en liberté, le jour où le président de la République lui-même, Georges Pompidou, demande en conseil des ministres que l’enquête soit menée « avec diligence et tact »
.
Philippe RUBION