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Jacques Weber « sur le divan » face à trois lecteurs... |
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Jacques Weber, entouré de trois de nos lecteurs, Malo Lemoine, Jean-Claude Béchu et Christelle Guerillot. © Vincent Michel / Ouest-France
La série avec « En thérapie », sur Arte, le théâtre, le cinéma… L’immense comédien a échangé à cœur ouvert avec trois de nos lecteurs, mercredi 20 avril, à Rennes.
Il crève l’écran sur le divan du psy d’ En thérapie , sur Arte , mais ne joue pas les divas. C’est un Jacques Weber généreux, drôle, attentif, qui a rencontré trois de nos lecteurs, mercredi 20 avril, au siège du journal. La crinière blanche, l’œil malicieux. Aussi imposant par la taille que par la carrière, pourtant.
Jean-Claude Béchu, retraité des Côtes-d’Armor, se souvient d’un premier échange avec lui à Plélan-le-Petit, après une représentation d’ Hugo au bistrot . Une « expérience théâtrale » consistant à lire des textes de l’écrivain dans des lieux parfois atypiques. « On avait bu la bolée après le spectacle. C’est marrant d’ailleurs, poursuit le lecteur, en vous découvrant de profil dans la série d’Arte, je vous ai trouvé une tête de Victor Hugo ! »
Weber s’esclaffe : « J’aimerais bien aussi avoir son cerveau ! » Trêve de plaisanterie, il trouve « extrêmement importants » ces moments de partage « simples, directs », avec le public. « Il n’y a aucune raison de « piédestaliser » les acteurs. Il y a quelque chose de l’ordre du sacré au théâtre, mais il commence quand le rideau se lève et se termine quand il se baisse ! »
Christelle Guerillot, directrice de l’École de maître crêpier et cuisinier de Rennes, se lance. Elle trouve la série En thérapie « remarquable » et les personnages de la saison 2 « particulièrement fouillés ». L’acteur, qui y incarne un chef d’entreprise secoué par le suicide d’une employée, s’intéresse-t-il à la psychothérapie dans la vraie vie ?
Réponse : « Oui. J’ai beaucoup pratiqué ce dialogue qui nous est montré à l’écran. J’ai même fait une psychanalyse, allongé sur le divan avec le psy qui est derrière. » Sans regard échangé, donc. « L’école freudienne dans toute sa splendeur… L’ami Pierrot (Frédéric Pierrot, qui joue le psy) est féru de littérature psychanalytique. Ce n’est pas mon cas. Ça me fatiguerait même un peu. »
Des dialogues « écrits au millimètre »
Effet de la pandémie, qui a réveillé chez beaucoup des fragilités, des angoisses ? En thérapie est en passe de devenir « culte », avec 54 millions de visionnages sur arte.tv pour la première saison et déjà 15 millions pour la seconde.
Il voit deux explications possibles à ce succès. « D’abord, la série vous condamne à être concentré en appliquant les règles d’Aristote : unité de lieu, de temps et d’action. Et à l’intérieur de ça, elle entre dans le cerveau humain, l’endroit le plus broussailleux, amazonien, inouï au monde ! »
Petit secret de tournage au passage : lui et d’autres acteurs ont travaillé à l’oreillette pour dire les dialogues « écrits au millimètre ». « Ce n’est plus un tabou. C’est une sécurité quand vous avez dix, quinze pages de texte à balancer. Et ma mémoire n’était plus aussi efficiente qu’il y a cinq, six ans », admet l’acteur de 72 ans.

Jacques Weber, à la rédaction de Ouest-France, mercredi 20 avril. Vincent Michel, Ouest-France
Là où il n’en a eu nul besoin, c’est pour jouer ce malaise qui saisit son personnage lors de son premier rendez-vous chez le psy. Jean-Claude salue ce travail « si réaliste ». « Plus vous faites une crise spectaculaire, plus on voit que vous interprétez » , commence à lui expliquer Jacques Weber avant de sembler chercher quelque chose, de poser une main sur sa poitrine. Silence interrogatif autour. Il se reprend. Les lecteurs avouent avoir eu peur un instant !
« Qu’est-ce qui vous semble le plus important dans le cinéma ? » glisse à son tour Malo Lemoine, lycéen, qui vient justement d’être pris dans une école… de cinéma, à Rennes. « Belle question », juge le comédien en avouant avoir craint d’être appelé une énième fois à comparer le 7e art au théâtre, où il a été inoubliable dans les rôles de Cyrano, du roi Lear ou de Krapp, dans La dernière bande, de Samuel Beckett.
« Le cinéma est un annonciateur »
« Ce que m’apporte le cinéma comme spectateur et parfois comme interprète, c’est tout simplement du même ordre que la très grande littérature. Les cours de français devraient parler à 50/50 de littérature et d’histoire du cinéma. » Et puis « le cinéma rend compte très directement du monde d’aujourd’hui », ajoute-t-il en confiant sa stupéfaction devant des films venus d’Ukraine, du Kamtchatka, de la Russie, présentés au festival du film policier de Reims. « Avant la guerre d’Ukraine, tout était déjà dit, en état de prémonition, de prémices. Le cinéma est un annonciateur comme Shakespeare était un annonciateur et donc un dénonciateur. »
Vite, vite, dans cette conversation très dense, une dernière question de Christelle, sur ses projets. « D’abord un livre de portraits de gens que j’ai aimés, comme Delphine Seyrig. À la rentrée, je rejoue Le Roi Lear. Et en janvier-février, je crée à Rennes, chez Arthur Nauzyciel, une pièce que Pascal Rambert, un auteur contemporain exceptionnel, a écrite pour moi. Vous n’en saurez pas plus ! » Rires. Et rideau !