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Inondations. Les crues éviteront-elles une sécheresse l’été prochain : pourquoi ce n’est pas si simple…... |
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Des inondations l’hiver (ici quai des Carmes, à Angers) ne garantissent rien pour l’été. © LAURENT COMBET
Il existe différents types de nappes phréatiques et leur réaction diffère, expliquent des spécialistes.
Les intempéries et les crues actuelles permettent une recharge « très active » des nappes phréatiques françaises. Mais rien ne garantit pour autant que le pays échappera à la sécheresse cet été, soulignent les experts.
Des nappes qui se remplissent
La recharge des nappes phréatiques est très active avec 77 % des niveaux en hausse. La situation globale s’améliore et est satisfaisante avec 47 % des points d’observation au-dessus des normales mensuelles
, indique le Bureau de recherche géologique et minière (BRGM) dans un point de situation au 15 février. C’est plutôt une bonne chose, elles vont pouvoir stocker de l’eau
, souligne Florence Habets, docteure en hydroclimatologie.
Le pays, balayé par plusieurs tempêtes successives, enregistre sa plus longue série de jours de précipitations depuis le début des mesures en 1959. La France a ainsi connu jeudi son 36e jour consécutif de pluie, selon Météo-France, subissant des crues dans plusieurs régions du grand Ouest.
Des crues peu liées aux nappes
Il existe un phénomène dit d’inondation par remontée de nappes
lorsque l’eau souterraine remonte jusqu’à la surface du sol. Cela ne concerne que les nappes dites libres
, qui ne sont pas séparées du sol par une couche de terrain imperméable. On ne peut pas faire de lien immédiat entre une analyse globale du niveau des nappes sur tout le territoire national et les crues en cours
, indique Lucie Chadourne-Facon, directrice du service central Vigicrues.
Les crues actuelles sont principalement dues à des sols saturés engendrant un fort ruissellement de surface et des crues de cours d’eau
, souligne le BRGM. Selon lui, les nappes inertielles - qui réagissent très lentement aux pluies - ne sont pas impliquées dans les inondations actuelles
et le risque est jugé très faible sur les prochains mois
.
Ce faible risque est une bonne nouvelle car la décrue d’inondations par remontée des nappes inertielles se fait lentement : les terrains peuvent alors rester immergés plusieurs semaines
, notent les spécialistes. Certaines nappes plus réactives ont en revanche pu contribuer aux inondations de février, comme c’était déjà le cas en janvier ».
Incertitudes pour l’été
Le fait qu’on ait des crues actuellement ne signifie pas qu’on n’aura pas de sécheresse cet été
, rappelle Lucie Chadourne-Facon, rappelant qu’en 2022 des inondations de la Garonne en hiver avaient été suivies à l’été par une des sécheresses les plus importantes dans le sud-ouest.
Il existe d’ailleurs plusieurs types de sécheresse, que l’on parle du manque de pluie, de la sécheresse des sols ou de la sécheresse des cours d’eau et des nappes phréatiques (dite hydrologique). Le BRGM, qui évalue ces dernières, reste prudent dans ses prévisions malgré l’amélioration actuelle.
Pour les nappes inertielles, les prévisions en sortie d’hiver sont plutôt favorables
mais des incertitudes relatives à la fin de la période de recharge subsistent et les prévisions pour l’été 2026 sont plus incertaines ».
Concernant les nappes réactives affichant des niveaux excédentaires (Corse, moitié sud de l’Hexagone et Massif armoricain), les prévisions saisonnières sont optimistes. Mais elles demeurent incertaines à plus long terme car dépendantes des cumuls pluviométriques de la fin d’hiver et du printemps »,
ajoute le BRGM.
Dans ses tendances à trois mois (février-avril), Météo-France ne privilégie aucun scénario
pour les précipitations, dont le niveau sera crucial au printemps pour déterminer l’état de ces nappes les plus sensibles à la météo.
Les nappes réactives peuvent se vidanger en quelques semaines, en cas de sécheresse prolongée et intense
mais les situations devraient cependant être plus favorables sur le Roussillon et le Languedoc que les quatre étés précédents
, marqués par de graves sécheresses, conclut le BRGM.