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Exposition : à la Bourse de commerce à Paris, le clair-obscur dans l’art contemporain... |
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Avec « Titiriteros », Victor Man s’est inspiré d’un tableau du Greco. © 11H45/FLORENT MICHEL/PINALT COLLECTION
C’est un parcours allant de la lumière à l’ombre que propose la nouvelle exposition de la Collection Pinault, en s’appuyant sur la fameuse technique du clair-obscur. Prenant.
C’est l’héritage de cette tonalité picturale qu’est le clair-obscur – apparue à la Renaissance – que vient sonder l’exposition printanière de la Bourse de commerce. Comment cette sensibilité, souvent séduisante, a-t-elle pu résonner dans l’art contemporain ?
Une nouvelle fois, les commissaires de l’exposition ont pu puiser dans le vaste fonds de la Collection Pinault pour bâtir un itinéraire d’une centaine d’œuvres (vingt-six artistes). Il s’ouvre magistralement par « Axial Age » de l’Allemand Sigmar Polke (1941-2010) : neuf panneaux monumentaux aux effets de transparence et de lumière assez bluffants, parfois complétés de personnages intrigants, pour des compositions d’acrylique, résine, argile, malachite, feuilles d’or…
Rien d’aussi étincelant, cependant, que l’installation de James Lee Byars (1932-1997). Boule de roses rouges séchés, nœud gigantesque en poils de chameau et tissus dorés inventent un mausolée de lumière, comme une référence au tombeau des pharaons, l’artiste américain signant là son ultime œuvre, au Caire (Égypte).
Rien à voir avec « Camata », installation de Pierre Huyghe. Obsédé par la mémoire, l’artiste français a assemblé, en 2024, un robot aux bras articulés autour d’un squelette découvert sur le sol du brûlant désert d’Atacama, au Chili. Dans ce paysage lunaire, comme un rituel, la machine dépose des sphères de verre et des amulettes. Un ballet filmé projeté sur grand écran dans la rotonde. « Une méditation sur la place de l’humain au sein d’un monde en mutation régi par la technologie », précise le catalogue. Hypnotique.
Clair-obscur mais surtout obscur
La transition de cette grande exposition s’articule autour des petits formats de Victor Man, artiste roumain né en 1974. Cet amateur de peinture classique, figurative, revisite la notion de clair-obscur en s’appuyant sur des maîtres du XVIIe. Avec « Titiriteros », il représente trois femmes d’aujourd’hui dans les postures de trois personnages du Greco sur son tableau de 1580, « La fable ». Dans cette salle plongée dans l’obscurité, Victor Man joue à la fois de séduction et de répulsion, avec des thèmes surprenants et une palette de couleurs étrangement verdâtres.
Les peintures rêveuses et surréalistes d’Yves Tanguy (1900-1955), inspirées des paysages marins bretons, donnent encore un peu de lumière. Avant que Jean Dubuffet (1901-1985) n’ouvre la section « Ombres » avec un « Monsieur Macadam » presque enfantin, qui pourrait être accueillant s’il n’était d’oxyde de plomb, de goudron et gravier sur toile.
« Ombres » encore avec Giacometti, Germaine Richier, Alina Szapocznikow, qui ont tous connu la Seconde Guerre mondiale. Ce n’est pas sans influer sur leurs personnages au mieux grotesques. L’ex boat-people Danh Vô, recueilli par un bateau danois, illustre lui le caractère hétéroclite de l’identité par des corps morcelés, cisaillés… Visions d’artistes traumatisés par la guerre, l’angoisse, la maladie.
Il nous faut une immense vidéo de feu, signée Bill Viola, pour revoir la lumière, même si la scène ressemble à un bûcher. Clair-obscur, certes, mais surtout obscur.
Jusqu’au 24 août (sauf mardi). 15/10 €. Catalogue, 256 p. 49 €. À lire aussi : « Chefs-d’œuvre de la collection Pinault », ed. Dilecta. 352 p. 59 €.