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ENTRETIEN. Crues et inondations, communes vulnérables, culture du risque… « On peut apprendre à vivre avec l’eau »... |
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Élodie Gutierrez, chargée de mission prévention inondation au Syndicat mixte des Basses vallées angevines et de la Romme (SMBVAR). © CO – Anthony Pasco
Alors que la décrue se poursuit ce mercredi 4 mars, le Maine-et-Loire mesure l’ampleur des inondations de février. Chargée de mission au Syndicat mixte des Basses vallées angevines et de la Romme (SMBVAR), Élodie Gutierrez plaide pour une culture du risque renforcée et un habitat plus résilient.
Après un hiver qualifié d’« exceptionnel » ce mercredi 4 mars par Météo-France, une large partie du Maine-et-Loire, touchée par d’importantes crues, panse ses plaies. Chargée de mission au Syndicat mixte des Basses vallées angevines et de la Romme (SMBVAR), Élodie Gutierrez défend une conviction : anticiper pour mieux encaisser.
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Cet épisode météorologique est-il appelé à se reproduire ?
Élodie Gutierrez : « Je ne suis ni prévisionniste, ni climatologue. Mon métier, c’est la prévention des inondations. Je pars donc du principe que ce type d’événement peut se produire. Toute notre action consiste à préparer les communes et la population à cette éventualité, à anticiper l’organisation de crise. Et ça a servi : les municipalités ont globalement bien géré l’épisode, avec moins de stress pour certaines grâce à ces exercices. Ouvrir un poste de commandement, coordonner les équipes, alerter la population… ce n’est jamais simple à faire, surtout quand la crue s’inscrit dans la durée ! Je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve mais je sais que cela arrivera encore. Notre rôle est donc d’être prêts. »
Les aménagements du territoire aggravent-ils les effets des crues ?
« L’aménagement joue surtout sur l’exposition des personnes, davantage que sur l’aléa lui-même. On ne peut pas empêcher l’eau de venir mais on peut apprendre à vivre avec. Dans les basses vallées, les études montrent qu’il est très difficile, voire impossible, de réduire significativement la hauteur d’eau à l’aval, même avec des dispositifs de rétention en amont. Si l’on installe des habitations ou des activités là où l’eau peut monter, on place donc des personnes en situation de vulnérabilité. L’imperméabilisation des sols supprime aussi des zones tampons naturelles où l’eau pouvait s’infiltrer. À la place, elle ruisselle. Cela ne peut qu’aggraver les conséquences. On ne maîtrise pas l’aléa mais on peut donc agir sur l’exposition. »
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Quels territoires apparaissent comme les plus vulnérables ?
« La vulnérabilité s’apprécie d’abord au regard du nombre d’habitants et de logements situés en zone inondable. Angers compte un nombre important d’habitations exposées. Écouflant, Briollay, Cheffes ou encore Rives-de-Loire en Anjou sont également concernées, puisque cette dernière a vu 22 maisons touchées lors de la crue de février. Plus on se situe vers le bas de « l’entonnoir » formé par la Mayenne, la Sarthe et la Loire, plus les enjeux sont nombreux ! À l’inverse, en remontant vers Corzé, Durtal ou Seiches-sur-le-Loir, l’impact apparaît plus limité, cinq à dix maisons ayant été touchées dans ces communes. »
A-t-on tiré les leçons des précédentes crues ?
« Oui. Le territoire possède une culture du risque très ancrée, notamment depuis la grande crue de 1995, encore présente dans les mémoires. Les crues hivernales régulières font partie du paysage : voir l’eau gagner les jardins est perçu comme normal dans les basses vallées… Même une crue exceptionnelle reste, si je puis dire, comprise. Les habitants savent que l’eau peut entrer dans une maison ou un garage. Les élus maîtrisent les étapes : alerter, évacuer, fermer des routes. Comparé à d’autres territoires, le niveau de connaissance est donc élevé. Il faut toutefois accompagner les nouveaux arrivants : les informer, leur remettre des brochures, leur montrer les secteurs inondables, expliquer comment protéger leurs biens. Beaucoup de communes le font déjà ! Ceux que j’ai rencontrés, installés depuis peu, n’avaient pas peur puisqu’ils avaient été prévenus. Cette acculturation est essentielle. »
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Quelles autres solutions peuvent être apportées ?
« Sur ce territoire précis, les études montrent qu’il n’existe pas de solution miracle d’aménagement, capable de transformer radicalement la situation. Nous avançons vers un habitat plus résilient. Nous misons donc sur l’anticipation, la gestion de crise et la réduction de la vulnérabilité des logements. Certaines intercommunalités financent ainsi des diagnostics à domicile. Des prestataires analysent les points sensibles et recommandent, par exemple, de surélever les installations électriques afin d’éviter des dégâts majeurs et de permettre un retour plus rapide à la normale. L’essentiel reste la préparation et la culture du risque. Et il faut éviter de dramatiser ces épisodes, mêmes difficiles, pour les rendre le moins éprouvant possible. »