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EN IMAGES. Janvier 1995 : la crue du siècle inonde une partie de la ville d’Angers et ses alentours... |
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Les pompiers en action dans la Doutre, rue Beaurepaire. © Archives Ouest-France
Pire que celle de 1910, la crue de 1995 a noyé Angers (Maine-et-Loire) et les Basses vallées angevines, dans les derniers jours du mois de janvier. Retour en images sur cette semaine de janvier qui restera gravée dans les mémoires.
Au mois de janvier 1995, après des pluies diluviennes, les niveaux de la Maine, de la Sarthe et de la Mayenne débordent. Les abords des cours d’eau sont inondés à un niveau tel que le plus haut de 1910 – 6,63 mètres de haut – est pulvérisé.
Plus haut qu’en 1910
En se penchant sur les archives de l’année 1995, on lit que le plus fort de la crue est constaté les 29 et 30 janvier. Elle est considérée comme la référence. Cette année-là, le niveau de l’eau atteint les 6,66 mètres au niveau du pont de la Haute-Chaîne, à Angers (Maine-et-Loire).
Comme l’indique Météo France, celle qui est désormais considérée comme la « crue de référence » n’a pas fait de victime. Contrairement aux récentes et tragiques inondations survenues dans les Alpes-Maritimes en octobre 2020 ainsi qu’en Allemagne et en Belgique en juillet 2021, la crue de 1995 a été certes impressionnante, mais progressive et lente. Elle n’en a pas moins fortement marqué les mémoires.

À Angers, le parking du Carrefour Saint-Serge sous les eaux. Archives Ouest-France
Il y a vingt-sept ans, jour pour jour, des quartiers comme la Doutre et Saint-Serge étaient inondés. Dans le premier, les caves sont englouties et des passerelles en bois sont disposées pour permettre aux piétons de circuler au-dessus du niveau de l’eau. On se déplace même en canot à moteur dans les rues : ceux de la Société nationale des sauveteurs en mer (SNSM), réquisitionnés par la préfecture pour faire office de bateau-taxi.

La place Molière inondée, à Angers, en 1995. Archives Ouest-France
Certains se réjouissent de la situation, comme ces trois lycéens qui, heureux que les cours soient suspendus, se chahutent devant la caméra de France 2, avant de pousser l’un des leurs dans l’eau !
Une digue érigée à la Baumette
Une digue est construite en urgence dans le quartier de la Baumette pour éviter que le rond-point de l’échangeur de l’autoroute soit inondé.

Vu des remparts, la Maine déborde et inonde le quartier de la Doutre en ce mois de janvier 1995. Archives Ouest-France
À Cheffes-sur-Sarthe – rebaptisée « Cheffes-sous-Sarthe », la situation est catastrophique. En 2015, l’ancien maire, Bernard Perdreau, se souvient de ce vendredi 27 janvier 1995 : « À 13 h, je reçois un coup de fil du préfet. Il me dit : “Dans deux heures, Cheffes doit être évacué.” »
La solidarité s’organise entre habitants. Un hélicoptère survole même la commune. À l’aide d’un haut-parleur, la population est invitée à quitter les lieux. Face à la montée des eaux, les 450 habitants du village sont évacués en quelques heures, le 27 janvier 1995.

Cheffes-sur-Sarthe, rebaptisée « Cheffes-sous-Sarthe ». Archives Ouest-France
Sur la plateforme YouTube, des vidéos d’archives privées, filmées à Cantenay-Épinard et mises en ligne par la mairie, montrent la sidération et la mobilisation des habitants observant, impuissants, la montée de l’eau. Dans les salons et salles à manger inondés, des habitants qui ont pris soin de surélever tous leurs meubles, piano y compris. Ce journal de bord – ce terme maritime est ici particulièrement approprié – suit les événements inéluctables qui se sont déroulés entre le 24 et le 30 janvier 1995 :
Samedi 28 janvier 1995, au plus fort de la crue, plusieurs routes sont coupées : « Pour rejoindre Angers il faut passer par Chambellay, Daon, Segré », indique le commentaire. Briollay également est inondée. Au total, durant cette semaine de janvier, 800 familles sont évacuées. Mais finalement, aucune victime n’est à déplorer.

La commune de Briollay sous les eaux, en janvier 1995. Archives Ouest-France
À Cheffes-sur-Sarthe, une fois la décrue amorcée, les habitants regagnent leur foyer. « Il y a un grand soleil. Les habitants sont revenus. Ils sortent leurs affaires, les rincent au jet. Des grillades cuisent », nous racontait, en 2015, Alain Colin, qui était adjoint au maire en 1995. La crue laisse tout de même des traces dans les mémoires.
« Rien de catastrophique en vue »
Les habitants de la région angevine doivent-ils craindre une crue redoutable cet hiver ? Il faut se garder de tout pronostic.
« Nous sommes loin des crues de 1995 », explique, samedi 22 janvier 2022, Laurent Belsœur, météorologue-conseil, basé au SDIS (Service départemental d’incendie et de secours) 49 à Beaucouzé. Celui-ci constate que si l’année a été « un peu déficitaire » en termes de précipitations, « il a beaucoup plu entre le 23 novembre et le 28 décembre. Le 3 janvier, il est tombé 17 mm d’eau, 8 mm le 8 janvier et 9 mm le 9 janvier. »

Vus du ciel, les abords du CHU d’Angers inondés. Archives Ouest-France
D’où une « montée du niveau de la Maine jusqu’à une hauteur de 3,44 mètres le 6 janvier », mesure prise au pont de la Basse-Chaîne. Bien loin, effectivement, des 6,66 mètres relevés en janvier 1995.
Dans les semaines à venir, un anticyclone apportera un temps « froid et sec », ce qui explique qu’actuellement, le niveau de la Maine est à 1,23 mètre. « Rien de catastrophique en vue », indique Laurent Belsœur. Pour voir ressurgir une crue monstre, « il faudrait des épisodes pluvieux conséquents dans les semaines à venir, ce qui n’est pas le cas ».
Attention toutefois : si les crues surviennent généralement au cœur de l’hiver, des « crues de fin de printemps », courtes et soudaines, peuvent être constatées. Ça a été le cas notamment au mois de juin 2021.
Par rapport à 1995, les outils de prévisions en matière de précipitations ont grandement évolué. Il est possible de se tenir informé en permanence du niveau de l’eau en consultant le site www.vigicrues.fr.