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Désabusée, elle a rebondi grâce au dispositif J’nova : « Maintenant, je sais ce que je veux faire »... |
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La référente rencontre les jeunes en dehors des bureaux, souvent dans la nature, en privilégiant les échanges côte à côte. © Ouest-France
Créé en janvier 2023 au sein de l’Union départementale des associations familiales de Maine-et-Loire, en lien avec l’Afodil et Habitat jeunes David-d’Angers, ce dispositif est destiné aux 16-25 ans en rupture de parcours. Il vise à les accompagner dans leurs divers projets : logement, santé, mobilité, emploi… Le tout en partenariat avec les missions locales. Lisa, 20 ans et originaire de l’Anjou Bleu, en bénéfice depuis novembre 2023, elle témoigne.
« C’est une team d’Avengers. » C’est ainsi que Lisa (prénom d’emprunt), 20 ans et originaire de l’Anjou Bleu (Maine-et-Loire), aime surnommer les professionnels qui, au sein du dispositif J’nova, l’épaulent depuis novembre 2023. Ses super-héros à elle. Avec, au premier rang, Maël Buron, référente de parcours au sein de l’Union départementale des associations familiales de Maine-et-Loire.
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Leur rencontre remonte donc à un an. Le début d’un rebond pour la jeune femme dont la scolarité s’était arrêtée en mars 2020 avec le début du confinement. « J’ai connu une cassure au lycée. Je voulais me diriger dans quelque chose de très artistique, mais je n’ai pas trouvé ce qui me correspondait. »
S’ensuit une longue période de flou, où elle se « démène pour réussir à prendre soin de (sa) santé mentale, car c’est ce qui péchait beaucoup. J’ai rencontré des spécialistes, mais c’est très dur, c’est un long combat. »
Une première rencontre dans un café, la suivante au musée des Beaux-Arts
Mise au fait de la situation de Lisa par une professionnelle, Maël Buron la contacte, avec son accord. Une première rencontre est fixée dans un petit café. « Ça nous a permis d’échanger dans un endroit neutre, souligne la référente. Elle m’a expliqué ses difficultés. Je lui ai demandé quelles sont ses passions, ses rêves. » L’art revient inévitablement dans la conversation.
D’où l’idée d’effectuer le deuxième rendez-vous au musée des Beaux-Arts à Angers (Maine-et-Loire). « C’est là que ça s’est déclenché, raconte Lisa. Pour moi, parler avec des gens que je ne connais pas, c’est très dur. Dans ce contexte, j’étais beaucoup plus à l’aise. » De rencontre en rencontre, le lien de confiance se tisse.
« Prendre soin de soi avant de retourner vers l’insertion »
« On a réfléchi à ce sur quoi on pouvait avancer ensemble, poursuit Maël Buron. Tout en sachant que l’idée, avec Lisa, était de prendre le temps, de faire les choses en douceur. Quand on est en rupture scolaire, que l’on a des soucis au niveau de la santé, l’idée est de prendre soin de soi avant de retourner vers l’insertion. »
La jeune femme rencontre tour à tour les professionnels engagés du consortium J’nova : un conseiller mobilité, une conseillère logement, une conseillère santé… En parallèle, Maël Buron l’accompagne à la Mission locale de Segré. « Vu que Lisa se mobilisait aussi de son côté, on a décidé de signer un CEJ (contrat d’engagement jeune) volet JR (jeune en rupture). C’est tripartite, on définit les objectifs ensemble lors des rendez-vous à trois. » La jeune femme s’engage à faire des démarches et en contrepartie, perçoit une allocation de 550 € par mois.
Cours de conduite, déménagement, stages
Depuis, sa vie a considérablement évolué. Elle a passé son Code, a commencé les cours de conduite et a déménagé à Angers. « C’est une vraie chance, glisse Lisa, qui a grandi en milieu rural. J’ai accès à tout très facilement, à pied, avec le tramway. Même si ce n’est pas forcément évident pour moi, c’est quand même possible, ce qui ne l’était pas avant. »
Elle a aussi décroché plusieurs stages. Un premier d’une semaine en clinique vétérinaire. Cette amoureuse des animaux s’y plaît beaucoup, et les retours sont positifs. Mais elle constate que « le côté chirurgical » qui lui tient à cœur nécessite « de faire beaucoup d’études ».
Elle a également effectué une journée dans une agence de communication et espère pouvoir accompagner deux graffeurs. « Lisa est une grande artiste, elle dessine énormément, glisse dans un sourire Maël Buron. Elle a du talent, il est bien qu’elle puisse explorer différentes pistes, de se tourner vers des métiers qu’elle ne connaît pas. Il ne faut pas se donner de limites, prendre le temps de choisir ce que l’on veut faire. »
Un retour à l’école envisagé
L’idée de reprendre les études a aussi fait son chemin. En décembre, elle se rendra ainsi aux portes ouvertes d’une école d’audiovisuel et de design. « Mentalement, je suis plus stable que je l’ai été. Maintenant, je sais ce que je veux faire. Quand j’étais en bac pro, je n’avais aucune perspective d’avenir, c’était ultra-démoralisant. Là , je sais que dans cette école, il y aurait un chemin possible. Je sais vers quoi je pourrai aller après le bac pro, ça motive. »
Passionnée de dessins, qu’elle réalise désormais en digital, elle s’imagine peut-être un avenir dans les jeux vidéo. « Lisa a fait une progression fabuleuse en un an, souffle Maël Buron. Je suis persuadée qu’il y a un bel avenir pour elle… »