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Ce laboratoire d’Anjou est spécialisé dans l’analyse de graines : « Certaines sont petites comme une tête d’épingle »... |
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Dans ce laboratoire à l’est d’Angers, environ 30 000 analyses de semences sont réalisées chaque année. Certaines opérations se font même à la main. © Ouest-France.
Au cœur du bassin de production de semences de l’Ouest, le laboratoire Labosem permet aux agriculteurs et établissements semenciers de mieux connaître la qualité de leurs graines. Cela passe par un fin travail de tri et d’analyses.
Attablée à son bureau paillasse, Silvia Curnis, responsable du laboratoire, vérifie les graines de betterave une à une, ses gestes experts aidés par une grosse loupe. Dans cet échantillon grand comme une assiette, il y a des milliers de semences. Autour, d’autres expertes séparent, concentrées et méticuleuses, les bons grains de l’ivraie.
Pour être en mesure de trier ainsi les semences de plus de 700 espèces différentes (fourragères, potagères, céréalières…), ces employées ont été formées pendant cinq à sept ans. Entre leurs mains, « les plus petites graines (les semences de menthe) ne dépassent pas le volume d’une tête d’épingle, révèle Julie Denni, chef du service analyses chez Labosem. La pureté des lots demandée aux agriculteurs multiplicateurs de semences peut atteindre 99,9 %, voire 100 %. S’il y a le moindre grain cassé, par exemple, le lot ne pourra pas être vendu. »
30 000 analyses par an
Situé à Loire-Authion (Maine-et-Loire), ce laboratoire indépendant, né durant les années soixante à l’initiative de la Fédération nationale des agriculteurs multiplicateurs de semences (Fnams), réalise 30 000 analyses par an. Avec 23 permanents et autant de saisonniers, son chiffre d’affaires avoisine les deux millions d’euros.
« Nous sommes un outil impartial et confidentiel qui permet notamment d’éviter des litiges, explique Alan Walton, le directeur. On agit comme un entonnoir, en enlevant des semences les matières inertes (insectes, graviers, pailles…), les graines vides ou celles d’autres plantes ou adventices qui se mêlent aux semences cultivées. »
Un passage au(x) crible(s) qui permet aux agriculteurs de connaître la qualité de leurs productions avant de les livrer à l’établissement semencier avec lequel ils sont en contrat. Afin, aussi, de se mettre d’accord sur la valeur des lots, grâce à des opérations de triage, d’agréage, de nettoyage… et, du même coup, sur le paiement versé à la fin.
Un trieur magnétique
Au-delà du tri à la main ou de celui qui s’opère sur des machines grâce à des grilles perforées (à la manière de tamis), d’autres procédés s’avèrent plus sophistiqués. Comme ce trieur à base de liquide chargé de fer. En recouvrant les semences et en s’immisçant dans les fissures, il permet de repérer des mauvaises graines, poreuses, quand elles se blottissent contre un aimant.
Dans cet atelier peuplé de machines et de techniciens expérimentés, d’autres engins soufflent de l’air, brossent les graines pour enlever leurs poils, ou, plus innovant encore, enlèvent les dernières impuretés grâce à des caméras. Couplée à l’IA, cette dernière machine peut d’ailleurs aussi prédire la faculté de germination des graines, un autre critère déterminant dans la qualité des semences.
Avec le retrait de nombreuses molécules autorisées pour les agriculteurs dans les productions végétales, ces opérations prennent aujourd’hui tout leur sens. Pas question en effet d’avoir une graine de chiendent dans le sachet de ray-grass ! « Les normes peuvent être très strictes, mais si on ne peut pas retirer les adventices ensuite dans le champ, on a tout autant intérêt à ne pas en semer en amont », résume Alan Walton.