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Bande dessinée. L'hommage pétillant de Marc-Antoine Mathieu... |
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Le Livre des Livres, la nouvelle création (très) originale de Marc-Antoine Mathieu © Delcourt / Laurent Beauvallet
Dans "Le Livre des Livres" (Delcourt), l’auteur angevin explose à nouveau les formes narratives et visuelles de la BD à travers une œuvre composée uniquement de couvertures de livres. Il en profite pour rendre grâce à ses maîtres.
Entretien
Marc-Antoine Mathieu, auteur (de BD)
Le Livre des Livres, est un recueil de couvertures d’ouvrages… qui n’existent pas. Comment a germé en vous cet étrange projet ?
Il n’y avait pas une idée, mais plusieurs, réunies dans des carnets. J’ai compris qu’il y avait trop d’idées pour qu’elles soient toutes réalisées. Et puis certaines ne sont pas suffisamment géniales pour en faire un livre… Alors, j’ai présenté chaque idée à travers une couverture qui est un point de départ. Au lecteur d’imaginer une histoire, de se projeter dedans, pour la faire vivre.

Votre principale difficulté n’a-t-elle pas été de résumer un livre, totalement imaginaire, à un titre, une couverture et un court texte d’introduction ?
L’exercice paraît ludique, et il l’est, mais c’est plus difficile qu’on peut le croire. Arriver à trouver un titre suffisamment suggestif, une image à la fois séduisante sans en dire trop, ce n’est pas si facile.

Vous multipliez les hommages aux auteurs de BD Schuiten, Peeters, Windsor Mc Cay, Fred, Hergé, Francis Masse ; mais aussi à Cocteau, Borges, Magritte, Ionesco, Perec… C’était votre objectif ?
Au départ, ce livre était un peu une récréation, un exercice ludique. Et puis il s’est effectivement transformé en hommages à tous les artistes qui m’ont nourri et enchanté. Cela transparaît dans 4 367 auteurs en quête de lisibilité ; dans le texte de présentation, il y a 110 noms, tous cités phonétiquement à la suite des uns des autres. C’est un livre à lecture multiple, même si les gens qui ne connaissent pas du tout la BD trouveront ça un peu hermétique.

Quelles sont les couvertures de BD qui vous ont le plus marqué ?
La première, c’est La Marque Jaune, d’Edgar P. Jacobs. C’est un objet qui frappe les esprits et devient un logo. Les deux héros sont estampillés par une lumière qui vient d’ailleurs. Il y a aussi Les cigares du pharaon, d’Hergé, qui parle de la mort, dans une sorte de tombeau métaphysique. Le prisonnier du Bouddha, de Franquin, offre aussi une couverture parfaite, complètement exotique.

Toutes les planches originales de votre nouvel album sont exposées dans une galerie parisienne ; que pensez-vous de la marchandisation de la BD ?
Quand l’art devient support de marchandise, c’est pour le meilleur et pour le pire. Il peut y avoir beaucoup d’intérêt à ce que les galeries se penchent sur la BD, et un côté purement mercantile. En ce qui me concerne, c’est bénéfique : mes bouquins ne sont pas destinés à devenir de gros succès commerciaux. Du coup, faire un livre et vendre les dessins, économiquement, c’est jouable. Et ça leur donne une autre vie. De plus en plus d’auteurs vont se dire que les galeristes peuvent leur permettre d’imaginer des livres plus osés.
Quel est votre prochain projet fou ?
Un nouvel épisode de Julius Corentin Acquefacques. Il faut être un peu fou pour oser en faire un septième !
Le Livre des Livres, par Marc-Antoine Mathieu. Éditions Delcourt, 50 p., 27,95 €.