|
À Angers, les inondations rappellent le rôle de cette tour, qui veille sur la Maine depuis six siècles... |
3
À l’occasion de la première grande crue de ce siècle, la Maine étreint à nouveau la Tour des Anglais. À la base de cette dernière, on distingue encore l’orifice de sortie d’une chaîne qui barrait la rivière. © Ouest-France
On peine à croire aujourd’hui que lors de sa construction, au XVe siècle, la Tour des Anglais, à Angers, avait les pieds dans l’eau. Le retour de la Maine à son chevet, à l’occasion des inondations de février 2026, nous rappelle que sa fonction première était la surveillance et la défense de la rivière en amont.
En passant devant cette tour emblématique à proximité du CHU d’Angers (Maine-et-Loire), vous vous êtes peut-être déjà interrogés sur son histoire et sa destination. La présence de machicoulis à son sommet fournit pourtant un élément de réponse : il s’agit d’une tour de garde édifiée en 1415, pendant la guerre de Cent Ans. C’est certainement ce qui lui valut beaucoup plus tard la dénomination de Tour des Anglais.

Sur ce dessin du XVIe siècle d’Adam Vandelant, on distingue la chaîne qui donna son autre nom à la Tour des Anglais. Ouest-France
Une tour voisine aujourd’hui disparue
Elle est aussi connue sous le nom de Tour de la Haute-Chaîne, par référence à sa fonction défensive en amont de la rivière. On l’appelle plus rarement Tour Salvert, du nom d’un prisonnier qui s’en serait échappé. Mais c’est sans doute par confusion avec une tour voisine aujourd’hui disparue, tout comme l’enceinte du XIIIe siècle à laquelle elle était reliée par un mur enjambant la Maine.
Lire aussi : Angers. Des chaînes pour protéger l’enceinte fortifiée et piéger les contrebandiers
Si vous en faites le tour, vous pourrez distinguer des détails révélant son rôle militaire : sur sa base côté Maine, un orifice en pierre calcaire surmonté d’une petite ouverture à demi murée. C’est de là qu’était tendue la chaîne barrant la Maine en amont. Elle y a d’ailleurs laissé les traces de son passage, et la garde pouvait d’ici en contrôler l’état et la tension.
Meilleur témoin du lien entre la Maine et la ville
Plus haut, une deuxième fenêtre de contrôle a, elle, été complètement murée. Sur la face opposée, vers les boulevards Mirault et Daviers, on perçoit les traces d’arrachement laissées par la destruction au XIXe siècle du mur d’enceinte et du corps de garde qui lui étaient accolés. La porte qui desservait le chemin de ronde s’en trouve ainsi ouverte sur le vide.

Sur ce dessin de Delusse, en 1820, la tour est dépourvue de toit. Elle était encore flanquée d’un corps de garde et du mur d’enceinte qui entourait la ville. Ouest-France
Sur le côté, faisant face au club d’aviron, celui à défendre car regardant vers l’extérieur de la ville, on distingue encore la présence des archères et des canonnières, marquant la transition entre l’arbalète et l’artillerie en cette fin de Moyen-Âge.
Sous la toiture, qui n’existait pas à l’origine, des machicoulis forment un encorbellement permettant d’agrandir la surface de la plate-forme sommitale destinée au guet.
Aujourd’hui isolée au milieu d’un petit espace arboré, cette tour reste, parmi les rares vestiges de l’enceinte médiévale d’Angers, le meilleur témoin du lien étroit entre la Maine et la ville.