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Angers. Le cinéaste Alain Cavalier est vivant et le filme dans « Être vivant et le savoir »... |
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Angers. Le cinéaste Alain Cavalier est vivant et le filme dans « Être vivant et le savoir »
Le réalisateur de « Thérèse » ou « Pater » était aux 400 coups pour parler de son dernier long-métrage en ce moment dans les salles. « Être vivant et le savoir » est une réflexion sur la vie, la mort et le droit de décider du moment de partir.
Au départ, Alain Cavalier voulait adapter le livre de son amie d’Emmanuèle Bernheim évoquant la mort choisie de son père en Suisse, « Tout s’est bien passé ». Au final, c’est sur la maladie de l’écrivaine et scénariste que glisse lentement mais sûrement le thème de ce récit d’un bout de la vie du réalisateur. Comme un journal intime, Alain Cavalier raconte le projet avorté et ce qui en ressort : « C’est le journal d’un cinéaste qui prépare un film avec une autre personne (Emmanuèle Bernheim) mais elle meurt avant le tournage. Le projet tombe dans le vide
», résume Alain Cavalier.
« J’aurais fait le mort »
Dans ce journal, Alain Cavalier dialogue au téléphone avec son amie Anne qui vit en Suisse et a décidé de préparer son départ vers l’au-delà. Lui prépare son film sur une autre personne qui choisit sa mort : « Je voulais faire un film particulier où Emmanuèle aurait joué son rôle de fille et moi j’aurais fait le mor
t ».
Mais la vie – ou la mort – en a décidé autrement. Emmanuèle tombe malade. Cancer du sein. Le mauvais coup que lui fait la vie, Alain Cavalier s’en sert pour raconter une autre histoire : « C’est 1 h 22 de spectacle, pas de vérité
».
Il promène son regard apaisant et rassurant sur son quotidien : des légumes qui vieillissent, le Jésus qui était accroché au-dessus du lit de son père… « La citrouille devient une sculpture primitive
», explicite-t-il. « J’adore les légumes (très présents à l’image) et regarde leurs métamorphoses pendant des mois en me disant : pourvu qu’ils pourrissent bien !
».
La question du libre choix de sa mort imprègne tout « Être vivant et le savoir » : « C’est bien, une répétition générale
», lance Alain Cavalier dans le film. « Vivre en sachant qu’on est maître de sa mort enlève de l’angoisse
» assure le filmeur de 87 ans. « Tout le monde devrait pouvoir avoir accès à ce choix.
»
« Mon outil quotidien, c’est ma caméra »
Comment le film qui n’est pas son projet de départ s’est-il construit ? « Je tourne à 100 % pour moi, sans savoir si je ferai un film de ces images. De temps en temps, de petits récits émergent, des plans mieux conçus que d’autres peuvent constituer un film que je pense pouvoir montrer à d’autres. Mon outil quotidien, c’est ma caméra. J’en prélève quelques bouts pour partager et montrer que, malgré tout, la vie est formidable !
».
La poésie surgit à chaque image. Ici, un oiseau blessé qui se balade sur sa table de travail, là des voyageurs qui attendent leur train ou le café serré que l’on prend pour tenir la nuit en attendant des nouvelles : « Le grotesque, le moche ne m’intéressent pas. Jamais je ne vole des images ou je ne mets les gens dans des situations difficiles
».
Toujours aussi attentif au monde qui l’entoure, Alain Cavalier parle d’arrêter le cinéma : « Si je ne devais retenir qu’un dernier projet, ce serait un film qui met le spectateur dans un état de bonheur pendant 90 minutes. Je voudrais qu’il s’asseye et qu’il ressorte avec des petites ailes dans le dos
». On a hâte !
« Être vivant et le savoir » d’Alain Cavalier en ce moment au cinéma Les 400 coups.
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