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Angers. L’incroyable saga de la famille Clénet et de ses voitures... |
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Alain Clénet à l’époque de la création des premières voitures Clénet à Santa Barbara. © Archives CO
Parce qu’il veut remettre la main sur une voiture de collection fabriquée en Californie par son oncle Alain, Richard Clénet a engagé une action en justice. Une procédure qui s’inscrit dans l’histoire d’une famille qui a marqué le monde de l’automobile à Angers… et aux États-Unis.
L’incroyable histoire de la voiture Clénet série 3 Ascha aujourd’hui portée disparue est intimement liée à l’histoire tout aussi incroyable d’une famille angevine dont le destin, de génération en génération, s’est mêlé au secteur automobile.
Cette saga commence au début du XXe siècle. Comme ses frères, Firmin Clénet est un mécanicien dans l’âme. En 1919, il ouvre le garage du Ronceray dans La Doutre. D’autres suivront, de déménagement en déménagement. Son fils Gérard le rejoint en 1936 puis un autre fils, Jean, enfin libéré du STO (Service du travail obligatoire) après la guerre. En 1956, Firmin Clénet, qui s’est depuis spécialisé dans la marque Ford, leur passe le relais. À Gérard, le garage automobile. À Jean, le matériel agricole dont l’activité se développera depuis une annexe ouverte en 1940 à Avrillé.
À Angers, Gérard Clénet diversifie sa gamme : les marques Panhard, Simca ou Jaguar viennent s’ajouter à Ford. Sur ses six enfants, quatre perpétuent la tradition automobile. L’un ouvre un garage en région parisienne ; un autre reprend le garage Ford de son père ; un troisième, Philippe, se lance à Angers avec la marque Fiat ; un quatrième, Alain, part aux États-Unis.
À la conquête des États-Unis
C’est lui qui, installé à Santa Barbara, va créer la Clénet. Cette voiture unique déclinée en trois versions au fil du temps devient illico un véhicule de collection fabriqué à moins de 500 exemplaires. Né à Angers en 1944, Alain Clénet émigre après des études aux Beaux-Arts dont il ressort avec un premier prix d’esthétique industrielle. Il travaille pendant quelques années chez General Motors puis, enfin, il lance son propre atelier. En 1976, le jour de l’anniversaire de son épouse Sharon, il présente sa première Clénet série 1 ; une voiture de rêve dans un style qui évoque les années folles et Gatsby le magnifique.
« Le Rodin de la route »
L’aventure est lancée et, dans les années 1980, il devient une célébrité ; le Français qui a séduit les Américains avec ses voitures de rêve
. Le magazine Time le baptise le Rodin de la route
.
Aujourd’hui, il a 76 ans. Je l’ai eu au téléphone la semaine dernière ; il a toujours des projets plein la tête
, raconte Richard Clénet, fils de Philippe aujourd’hui décédé. C’est un autre frère de mon père qui avait fait venir en France la Clénet Ascha du nom de la fille d’Alain. Mon père l’avait rachetée quelque temps plus tard
.
Richard Clénet travaille dans une maison de retraite. Loin du monde des garages. Mais il cultive, comme ses aïeuls, le goût des belles voitures et rêve de retrouver la Clénet série 3 Ascha disparue.