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Angers. Bocquel, le quartier modèle ?1 |
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Angers, Parc Bocquel, 13 juin 2019. Une partie de cet espace vert (au fond) est réservée pour la construction d’une résidence. Aurélien Plissonneau et une partie des habitants demandent l’annulation du projet qui s’inscrit dans l’aménagement global du Plateau des Capucins. © Photo CO – Anthony PASCO
Ce lotissement du plateau des Capucins a été présenté par la majorité comme la vitrine de ses orientations en matière d’urbanisme. Trois ans après, les premiers habitants déchantent.
Premier arrivé, premier parti. André, qui n’est pas du genre à s’attacher aux pierres, a décidé à 64 ans de quitter l’Îlot Bocquel qu’il avait été, avec son épouse, l’un des tout premiers à investir, il y a deux ans à peine.
Déçu par la tournure que prend l’aménagement de ce microquartier, situé entre le boulevard Jean-Moulin et la rue des Capucins, le couple a déjà fait estimer sa maison d’architecte. Il espère la négocier sur la base de 350 000 €, pour 170 m2 de surface habitable et 260 m² de terrain. Le retraité n’est pas inquiet : « Je la revends tous les jours si je veux, en gagnant de l’argent. Il y a tellement de gens qui cherchent à se loger à tout prix
».
Pour autant, la perspective de cette plus-value n’occulte pas un petit sentiment d’inachevé. « Sur les images de synthèse, on nous montrait des constructions en bois, de la verdure, des tonnelles. Dans les faits, l’îlot est bien bétonné pour un écoquartier et vraiment trop étriqué
, regrette-t-il. On va plutôt aller voir du côté d’Avrillé ou Cantenay-Épinard pour trouver un terrain plus aéré
».
Des recours gracieux mais le spectre d’une procédure
Un projet a fini par le pousser à préparer ses cartons. De l’autre côté de la rue Jean-Claude-Brialy qui marque la limite ouest de ce lotissement, Arc Promotion Ouest doit en effet construire trois petits immeubles qui abriteront au total 42 logements. La parcelle concernée, qui sert actuellement de base de chantier derrière des palissades, est coincée entre la partie nouvellement habitée et le Parc Bocquel qui forme une des « lanières vertes » du Plateau des Capucins, le long du chemin des Chalets.
Plusieurs riverains opposés à ce programme promis pour 2021 ont créé une association et porté Aurélien Plissonneau à la présidence. « Si on construit trois immeubles à cet endroit, on n’aura plus la même qualité d’environnement. Il serait plus raisonnable de prévoir les jardins partagés ou des jeux pour enfants qu’on nous avait promis
», plaide-t-il.
Une dizaine de voisins selon lui, trois seulement selon le promoteur, ont déposé un recours gracieux contre le permis de construire validé le 12 avril par la mairie, en menaçant de porter l’affaire, s’il le faut, devant le tribunal administratif.
« On a présenté ce dossier lors d’une réunion spécifique le 16 octobre en présence de l’adjoint à l’urbanisme. J’ai rencontré depuis deux des pétitionnaires. On s’est entendu avec eux pour modifier des détails, au niveau notamment des balcons et des espaces verts
», rassure Matthieu D’Aubigny, directeur du développement du groupe Arc.
Pas suffisant pour Aurélien Plissonneau qui demande l’annulation pure et simple du permis. « Ce n’est pas parce qu’on est en ville qu’il faut sacrifier tous les parcs. Si des immeubles viennent cacher la vue, on ne laissera plus nos enfants y jouer sans surveillance
», craint-il.
Il voit un autre risque pour sa tranquillité : « Les résidents pourront se stationner au sous-sol
(qui comporte 53 places). Mais on sait très bien que la majorité d’entre eux préféreront se garer à l’extérieur où on manque déjà de places. Sans compter que beaucoup d’automobilistes passent déjà par notre lotissement quand ça bouchonne sur le boulevard. C’est un raccourci pour rejoindre le CHU
».
Aurélien Plissonneau demande donc au maire de revoir sa copie en le renvoyant à une de ses promesses de campagne : « Intégrer le végétal dans chaque opération d’urbanisme pour renforcer l’identité d’Angers et son rayonnement au plan national ». À ses yeux, sur l’îlot Bocquel, le compte n’y est pas.
Lorsque nous avons fait construire notre maison sur l’îlot Bocquel, le règlement concernant le lotissement nous a paru très contraignant sur les obligations faites aux habitants tant en matière de clôture des propriétés que des plantations d’arbustes et arbres.
Cependant il est à déplorer que s’il on a affiché une image de quartier à connotation écologique, rien n’a été prévu pour mettre en synergie l’intention et les obligations faites aux bâtisseurs, telle que l’obligation de positionner sur chaque parcelle des cuves de récupération d’eau, des ventilations intérieures couplées à des puits canadiens, etc. ; donc le fait de construire de nouveaux immeubles en mordant sur le tout petit parc Bocquel, ne pouvait bien entendu que fâché les riverains.
A voire une vue sur un immeuble plutôt que sur un parc ce n’est pas du tout l’image qui a été vendue à ses riverains. La mixité sociale en matière d’habitat n’est pas simple, même quand celui-ci est diffus, alors lorsqu’il déborde au point d’empiéter sur le parc lui-même, il sera vouer à très court terme à créer des nuisances au quotidien.
Aussi il est parfaitement compréhensible que les riverains les plus proches aient décidé de se défendre.